Haïti : Mer livrée, Nation en Péril
Sous l’œil impuissant de l’État, les eaux haïtiennes sont pillées par des flottes étrangères
Publié le 08-Décembre-2025
34
Alors que les côtes d’Haïti devraient nourrir et faire vivre des milliers de familles, elles sont devenues une zone de prédation internationale. Chaque année, des dizaines de bateaux venus d’Équateur, de Chine et de République dominicaine exploitent les eaux haïtiennes sans autorisation. Pendant ce temps, les pêcheurs de Thiotte, Fort-Liberté, Dérac et Faéton reviennent avec des filets presque vides. Un pillage silencieux, devenu routine, qui menace la sécurité alimentaire et l’avenir des communautés côtières.
Haïti face à une armada étrangère : un pillage qui ne dit pas son nom
Selon des études locales, plus de 50 navires étrangers sont repérés chaque année dans les eaux haïtiennes. Certains exploitent les fonds profonds avec des technologies industrielles, d’autres opèrent près des côtes, souvent la nuit, vers minuit, rendant toute intervention quasi impossible.
Communes les plus touchées
Thiotte
Fort-Liberté
Dérac
Faéton
Les pêcheurs rapportent tous la même chose : le poisson disparaît, tandis que les intrusions étrangères augmentent, laissant les communautés sans protection et sans ressources.
Déclarations de citoyens et experts
Jean-Mary, pêcheur à Dérac « Chaque nuit, vers minuit, des bateaux étrangers envahissent nos eaux. Parfois, nous ne pouvons même pas identifier leur nationalité. Les Garde-Côtes et le BSAP sont dépassés. Nous sommes laissés pour compte. Chaque sortie en mer devient un risque pour notre vie et nos filets. »
Marie-Claire, mère de famille à Faéton, « Mon mari et mes fils pêchent pour nourrir nos enfants. Quand les intrusions se produisent, nous n’avons plus rien à manger. Les jeunes pensent à quitter le village pour survivre ailleurs. »
Analyste maritime haïtien (nom fictif), « Haïti n’a pas de capacité réelle de surveillance maritime. Les Garde-Côtes font ce qu’ils peuvent, mais leurs moyens sont insuffisants. Ces flottes savent qu’elles ne risquent rien et agissent en toute impunité. »
ONG environnementale locale, « Si cette tendance continue, Haïti va perdre ses ressources marines. Certaines espèces côtières sont déjà en danger. La pêche illégale internationale menace directement la sécurité alimentaire du pays. »
Et le BSAP dans tout cela ? Une présence… mais aucune formation maritime. Le BSAP pourrait bien déployer près des côtes, mais la brigade n’a ni formation maritime adaptée, ni équipements pour contrôler la mer.
Aucune formation en navigation
Incapacité à identifier correctement les navires suspects
Absence de bateaux adaptés ou d’instruments modernes
Manque de coordination avec les Garde-Côtes
Un expert en sécurité environnementale explique :
« Le BSAP fait ce qu’il peut, mais il n’a pas été créé pour surveiller la mer. On ne peut pas envoyer des agents non formés face à des flottes industrielles étrangères. » Résultat : un maillon faible dans la chaîne maritime. Les agents restent souvent des observateurs impuissants, incapables d’empêcher les incursions.
Une crise enracinée dans l’histoire : comment Haïti a perdu le contrôle de sa mer
Dans les années 1980 et 1990 : les eaux haïtiennes étaient encore abondantes,la pêche artisanale fonctionnait,les ressources marines étaient diversifiées
Mais l’absence d’investissements et la montée de flottes étrangères technologiquement avancées ont progressivement rendu Haïti spectateur de son propre déclin maritime.
Les communautés côtières continuent de pêcher avec :
des pirogues vétustes, peu de moteurs, aucun système de surveillance maritime efficace. Quand les flottes étrangères assaillent les eaux haïtiennes
Les pêcheurs observent régulièrement :
des navires dominicains opérant très près des côtes, des bateaux chinois illuminant la mer avec leurs projecteurs nocturnes, des embarcations équatoriennes jetant des filets profonds. Parfois, il est impossible d’identifier la nationalité de ces navires, ce qui augmente le sentiment d’insécurité et de vulnérabilité.
Un officier des Garde-Côtes confie sous anonymat :
« Nous savons où les intrusions se passent. Mais suivre un navire moderne avec nos bateaux, c’est comme vouloir rattraper une voiture avec une bicyclette. »
Un État absent, une population abandonnée
Les pêcheurs sont laissés pour compte, confrontés aux incursions nocturnes et aux pertes économiques. Le risque ne concerne pas seulement les filets : il s’agit de la vie des pêcheurs et de l’avenir de leurs enfants.
Conséquences : une mer pillée, un peuple affamé
Baisse dramatique des captures (jusqu’à 40 % de pertes annuelles dans certaines zones). Prix du poisson en hausse, affectant la sécurité alimentaire. Jeunes pêcheurs découragés et poussés à l’exode. Écosystème marin en danger la mer, jadis source d’espoir, devient un territoire abandonné.
L’appel d’Haïti à reprendre sa mer
Haïti ne peut plus continuer à regarder ses ressources marines se faire piller. Sa souveraineté, son économie et l’avenir de milliers de familles en dépendent.
Appel à l’action
Haïti doit : moderniser les Garde-Côtes, renforcer la formation et les moyens du BSAP pour la surveillance maritime, installer une surveillance technologique efficace, former les pêcheurs, établir des partenariats internationaux, sanctionner toute intrusion
La souveraineté d’un pays se mesure à sa capacité de défendre sa mer. Il est temps qu’Haïti reprenne ce qui lui appartient.
Maxime Daniel ETIENNE
Journaliste
maximedanieletienne@gmail.com
+509 4133-8168
