Patrimoine Truqué, Comptes Fantômes et Vérité Carbonisée : l’ULCC met le système Martelly à nu

Le rapport de l’ULCC est un miroir tendu à la République.

Actualité

Publié le 09-Décembre-2025

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Le pouvoir a ses secrets. Certains les cachent sous les tapis. D’autres dans des coffres. Et puis il y a ceux qui les distribuent dans vingt comptes bancaires comme on disperse des cailloux dans une rivière, espérant que personne ne remontera le courant. L’ULCC, elle, a remonté le courant jusqu’au bout. Et ce qu’elle a retrouvé n’est pas un patrimoine : c’est un champ de ruines financières, un carnaval de contradictions, un opéra où les notes fausses sont devenues la partition officielle d’un ancien président.

Haïti ne manque peut-être pas de lumière.
Ce sont ses dirigeants qui préfèrent vivre dans l’ombre.


La mécanique des chiffres truqués
En 2011, Michel Martelly affirme détenir trois comptes bancaires.
Après vérification, l’ULCC en retrouve vingt (20), dont des comptes non déclarés, actifs au moment de la prise de fonction, liés à la campagne électorale et à la Fondation Rose et Blanc, ainsi qu’à Sophia Martelly et à des entités qui gravitent autour du couple. Certains comptes déclarés n’ont même pas été retrouvés par les banques : des comptes fantômes. Et les comptes bien réels n’ont jamais été déclarés.


À la fin du mandat, Martelly déclare six comptes.
Les banques attestent de l’existence de 17 comptes actifs et trois cartes de crédit rattachées au couple. Plusieurs comptes “officiels” n’ont pas pu être retracés et d’autres, bien réels, ont été passés sous silence. L’ULCC parle d’“écarts significatifs” et de “violation grave et répétée des obligations légales”.



Revenus contradictoires : les millions qui apparaissent et disparaissent
Michel Martelly déclare d’abord 100 000 dollars/an de revenus artistiques. Quelques années plus tard : 181 000 dollars/an. Le revenu consolidé du couple grimpe à 529 000 dollars/an, dont 348 000 dollars attribués à Sophia Martelly, alors qu’elle n’en avait déclaré que 60 000. L’ULCC relève un écart inexpliqué de 81 000 dollars sur les revenus artistiques de Michel Martelly et l’omission de 10 763 588,64 gourdes de revenus publics de Sophia Martelly.

La hausse vertigineuse des revenus privés (+270 %) et des revenus locatifs, sans aucune traçabilité bancaire ou fiscale, suggère selon l’ULCC l’existence de flux financiers non déclarés et potentiellement illicites.


Prêts opaques et dettes réarrangées
Le prêt hypothécaire de 108 millions G et les lignes de crédit déclarées ont des montants divergents selon les documents transmis par les banques.
Pour l’ULCC, tout ce qui devrait éclairer le patrimoine réel est flou ou contradictoire, tandis que ce qui devrait être déclaré reste dans l’ombre.


Architecture de la dissimulation
Le rapport révèle un schéma constant :minimisation volontaire des biens, multiplication des comptes, absence de traçabilité, mélange des fonds personnels, politiques et associatifs, informations bancaires introuvables, déclarations incompatibles avec la réalité.


L’ULCC affirme qu’il ne s’agit pas d’erreurs administratives mais d’un système structuré et organisé de dissimulation, impliquant plusieurs entités proches du couple Martelly.


La loi haïtienne les règles ignorées
Selon l’article 15 de la loi du 16 février 2008 sur la déclaration de patrimoine :
Toute omission volontaire constitue un délit pénal
Toute fausse déclaration peut entraîner 3 mois à 3 ans de prison, confiscation des biens non justifiés, interdiction d’exercer une fonction publique pendant 5 ans, et poursuites pour enrichissement illicite


L’ULCC conclut que Michel Martelly a violé plusieurs de ces dispositions à répétition.
Les chiffres ne parlent pas. Ils crient. Ils griffent. Ils témoignent.

Le rapport de l’ULCC est un miroir tendu à la République.
Et le reflet qu’il renvoie n’a rien d’un portrait d’État : c’est une fresque de mensonges, une chorégraphie de chiffres maquillés, une satire financière où l’argent circule mieux que la vérité.

La loi existe. Elle a des dents. Mais en Haïti, les dents ne mordent que ceux qui ne portent pas de cravate. Si la justice agit, Martelly deviendra le premier ex-président poursuivi pour fausse déclaration de patrimoine. Si elle n’agit pas, Haïti n’aura plus besoin de dire qu’elle souffre : il suffira de regarder qui la bâillonne.

La vérité n’est pas morte. Elle attend.Mais elle attend de moins en moins patiemment. Un murmure circule dans les rues: “Si nous mentons à l’État, on nous arrête. Mais si eux mentent, on appelle ça ‘erreur’. Nou bouke.”


L’ULCC a lancé une pierre dans l’eau stagnante.
Maintenant, tout dépend de la justice. Si elle avance, le pays respire. Si elle recule, la boue remonte, et dans cette boue, on distingue déjà vingt comptes et un peuple qui attend sa vérité.

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Maxime Daniel ETIENNE

Journaliste

maximedanieletienne@gmail.com

+509 4133-8168


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