Quand le chaos fait mieux que l’État : le constat glaçant de Bilolo Kongo

Se bagay sa k ap sakaje lespri m depi yè. Gang yo demantle yon gang san blindé, san dwòn, san ELIKOPTE /100% pye sòl.

Actualité

Publié le 12-Décembre-2025

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Dans un pays où la loi semble s’être retirée, les gangs accomplissent en 24 heures ce que la police n’a jamais su faire en 4 ans. À Delmas comme dans l’Ouest, la peur a pris possession des rues et les habitants regardent impuissants. Bilolo Kongo Ougan, témoin lucide, dénonce un État absent face à l’efficacité du chaos.

Bilolo Kongo Ougan, entrepreneur et figure publique respectée, a partagé sur sa page Facebook un constat qui déchire le silence habituel :

« Sa ki dwòl nan koze a, se ke yon lòt baz gang rive demantle baz yon lòt gang nan mwens ke 24 èdtan, sa LAPOLIS pa janm rive fè nan 4 an. »

Il n’a pas crié.
Il n’a pas supplié.
Il a simplement observé.

Et ce simple constat vaut plus que toutes les réunions ou les notes officielles. Il raconte un pays où le désordre peut parfois être plus efficace que l’ordre.


Quand l’ordre criminel dépasse l’État
Dans un pays qui se dit républicain, certains gangs réussissent en un jour ce que l’État n’a jamais su accomplir en plusieurs années.
Pas de réunions.
Pas de communiqués.
Pas de stratégies ambitieuses restées lettres mortes.

Juste une action directe, rapide, précise.
Comme si le temps de l’État s’était arrêté et que la loi de la rue avait repris sa marche. 24 heures contre 4 ans. Une simple comparaison qui révèle la fragilité des institutions.


Les posts de Bilolo : un témoignage vivant et humain
Bilolo raconte avec ses mots ce qu’il observe : « Se bagay sa k ap sakaje lespri m depi yè. Gang yo demantle yon gang san blindé, san dwòn, san ELIKOPTE /100% pye sòl. »
Cette phrase transmet frustration et choc. Un territoire conquis à pied, sans véhicule blindé ni drone, souligne que l’efficacité existe, mais dans le mauvais camp.

Puis il ajoute : « VIV ANSAMB GEN 25 JENERAL YO PA GEN CHA, YO PA GEN LOJISTIK LAME AK PNH MEN YO KONTROLE 70% DEPATMAN LWEST. »


25 “généraux” de l’ombre, sans moyens officiels, mais qui tiennent 70 % du département de l’Ouest.
Ces messages ne sont pas que des chiffres : ils racontent des vies, des habitants, des familles, pris dans un territoire où la peur et la violence dictent le quotidien.


Delmas : un théâtre vivant de l’impuissance
Il suffit de prononcer « Delmas » pour ressentir la tension.Pas besoin de statistiques, pas besoin de graphiques : les rues parlent. C’est une zone où la peur est palpable, où les portes se ferment avant que le soleil ne se couche. Les habitants marchent vite, les yeux rivés au sol, les oreilles aux aguets.

Dans ces ruelles, les disparitions ne se comptent plus : elles se pressent, se devinent, se subissent.
La police y passe parfois, mais les gangs s’y installent et prospèrent.
L’État existe, mais seulement comme une ombre.
La loi n’est plus une protection : elle est un souvenir.



Les institutions sous la loupe
CSPN : la réunionnite
Le Conseil Supérieur de la Police Nationale se réunit et discute, pendant que les rues restent aux mains de la violence.

CPT : un pouvoir fragile
Le Conseil Présidentiel de Transition multiplie les annonces, mais un gouvernement sans contrôle sur son territoire n’est qu’un siège vide.

PNH : des héros isolés
Le courage des agents est réel, mais l’institution est fragile, comme un bateau percé que l’on tente de maintenir à flot.

Et Bilolo conclut, avec une phrase simple mais lourde de sens : « Yo fè’l an 24 èdtan. Lapolis poko janm fè’l an 4 an. » Une phrase. Un constat. Une réalité que l’État doit entendre. Une poésie noire pour un pays sans capitaine

Haïti semble être un livre dont certaines pages ont disparu.
Personne ne sait vraiment qui dirige, qui protège, qui décide. La République ressemble à une maison dont on aurait perdu la clé : les habitants vivent avec l’inquiétude au cœur, marchant sur un fil invisible entre la peur et la survie.

Les messages de Bilolo deviennent des boussoles douloureuses : « Se bagay sa k ap sakaje lespri m depi yè. Gang yo demantle yon gang san blindé, san dwòn, san elikoptè — 100% pye sòl. »
« VIV ANSAMB GEN 25 JENERAL YO PA GEN CHA, YO PA GEN LOJISTIK LAME AK PNH MEN YO KONTROLE 70% DEPATMAN LWEST. »

Chaque phrase révèle un déséquilibre du pouvoir, une fragilité de l’État, et surtout la vulnérabilité du peuple.
Le constat de Bilolo n’est pas un simple cri de colère, c’est un appel à la réalité : quand le chaos contrôle 70 % du territoire à pied et que l’État reste spectateur, la République elle-même vacille.

Delmas et l’Ouest sont le miroir d’un État absent, d’institutions paralysées et d’un peuple obligé de naviguer entre peur et survie. Dans ce pays, l’urgence n’est plus seulement la sécurité : c’est le réveil de l’État et la protection de ses citoyens, avant que le vide du pouvoir ne devienne définitif.

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Maxime Daniel ETIENNE

Journaliste

maximedanieletienne@gmail.com

+509 4133-8168


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