Petion-Ville - Perquisition chez Youry Chevry : quand la DCPJ frappe fort… puis repart les mains légères
À l’aube, la DCPJ a défoncé la barrière de la résidence de Youry Chevry comme on éventre un secret trop longtemps laissé au soleil. Trois heures de tension, un chien abattu, trois armes saisies… et pourtant, le scandale annoncé s’est dissous comme une rumeur mal levée. Une opération menée tambour battant, qui s’achève en souffle court encore un moment où la Police joue fortissimo, pendant que la vérité, elle, murmure à peine.
Publié le 12-Décembre-2025
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Perquisition chez Youry Chevry : un spectacle policier qui peine à convaincre
Sur les hauteurs de Canapé-Vert, ce 12 décembre avait tout de la dramaturgie sécuritaire : grosses équipes, véhicules alignés, ordres hurlés dans des radios saturées, comme si la capitale allait retenir son souffle devant un tournant décisif.
Au centre du dispositif : Youry Chevry, agent exécutif intérimaire de Port-au-Prince, dont le passé immédiat plane encore comme un nuage d’encre. Mis un jour sous avis de recherche par la DCPJ avis ensuite retiré avant sa réintégration il est devenu malgré lui un personnage que la Police semble incapable d’oublier, sans pour autant savoir quoi en faire.
À Canapé-Vert, les uniformes sont revenus, mais les certitudes, elles, ne sont jamais arrivées. Trois armes saisies, un chien abattu, une barrière défoncée… mais aucune arrestation
Après plus de trois heures de fouilles intenses :
– trois armes à feu saisies, appartenant aux agents de sécurité présents,
– une barrière défoncée sans la moindre hésitation,
– un chien abattu, seul véritable corps tombé dans l’opération,
– aucune interpellation, aucune mesure coercitive, aucun signal fort.
Un dispositif lourd pour un résultat presque symbolique.
Dans un pays où les opérations policières s’annoncent souvent en fanfare et se terminent en soupir, celle-ci s’inscrit dans une longue tradition : beaucoup de muscles, peu de conclusions. Chevry, lui, a tout observé, sans éclat, sans colère visible juste ce silence d’homme habitué aux allers-retours incomplets d’un système qui avance comme une lanterne soufflée par le vent.
Sympathisants mobilisés, autorités silencieuses : le théâtre à deux voix
En quelques minutes, des sympathisants se sont pressés devant la propriété. Des visages tendus, des mots de solidarité, des accusations d’acharnement. Dans un pays las d’être spectateur, chacun y voit une pièce de plus dans la même tragédie nationale.
Pendant ce temps, les autorités se taisent.
Aucun communiqué substantiel, aucune justification, aucune lecture claire de l’opération.
Un silence si dense qu’il finit par peser plus lourd que la perquisition elle-même.
Ce mutisme institutionnel devient une forme d’écriture invisible : c’est par ce qui n’est pas dit que l’État s’exprime le mieux.
Une opération qui ressemble à une fable trop souvent répétée
Cette perquisition avait la structure d’un moment fort : rampe cassée, cris, tension, poussière.
Mais son dénouement rappelle ces fables haïtiennes qu’on connaît par cœur : On casse ce qu’on peut quand on n’attrape pas ce qu’on cherche. On abat le chien quand la vérité refuse de se montrer. On frappe fort quand on n’est pas sûr de frapper juste.
Le pays, lui, regarde, fatigué mais lucide.
Encore une scène où la forme domine le fond, où le spectacle efface l’action, où l’on devine que la justice attend toujours qu’on lui donne enfin un rôle digne de son nom.
Et pendant que le théâtre continue, la vérité, elle, patiente en coulisses toujours appelée, jamais montée sur scène.
Maxime Daniel ETIENNE
Journaliste
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