Haïti : 13 ans, 1,4 milliard, zéro mémoire

Treize années. Plus d’1,4 milliard de dollars dépensés par l’ONU pour stabiliser Haïti. Et aujourd’hui ? L’État n’a toujours rien.

Actualité

Publié le 14-Décembre-2025

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Le 15 octobre 2017, la MINUSTAH a fermé les grilles et quitté le pays. Les conteneurs ont été chargés, les blindés rangés, les uniformes emportés. Mais le plus précieux ? Le savoir accumulé sur les gangs, les territoires, les flux financiers tout ce capital stratégique est parti avec eux. L’État haïtien n’a rien reçu. Pas un protocole, pas une cellule nationale, pas une mémoire transmissible.

Ce n’est pas un oubli. C’est de l’inaction volontairement mortelle.

L’État spectateur, les gangs maîtres
Pendant que la MINUSTAH cartographiait le chaos, l’État haïtien regardait ailleurs. Le Joint Mission Analysis Centre (JMAC) observait, analysait, anticipait. Mais quand la mission est partie, tout ce savoir a disparu, laissant un État nu, impuissant et aveugle.

Pendant ce temps, les gangs ont évolué. Ils ne se contentent plus de machettes et de pistolets artisanaux. Aujourd’hui, ils possèdent un véritable arsenal de guerre : des fusils d’assaut AK‑47, M14, M16,AR‑15,AR30 Galil, FN FAL et H&K G3 capables de neutraliser plusieurs personnes à 300 mètres et de perforer portes et protections légères ; des mitraillettes Uzi, compactes et rapides pour les combats urbains ; des fusils de précision calibre .50, comme le Barrett M82, capables de viser véhicules ou positions à plus d’un kilomètre, capables de percer des blindages légers ; des pistolets Glock et Beretta pour exécutions rapides et intimidation ; des fusils à pompe et carabines militarisées comme le Remington 870 modifié ou Mossberg pour frapper fort à courte distance ; et des stocks massifs de munitions, incluant calibres .50 et 7,62 mm, avec des saisies dépassant parfois 36 000 cartouches par conteneur. Cette puissance de feu dépasse largement celle de la police nationale et transforme ces groupes en forces armées capables de gouverner et de contrôler des quartiers entiers, comme si la rue était devenue un véritable champ de bataille.



Le mensonge de la solution internationale
Chaque nouvelle mission promise. Chaque plan de sécurité annoncé. Chaque déclaration de force : des répétitions sur une scène vide. Les Casques bleus partiront encore, les véhicules rouilleront, les rapports dormiront dans des serveurs étrangers. Et le pays recommencera l’éternel cycle de la défaite.

Treize ans. 1,4 milliard de dollars.
Et Haïti n’a pas une seule institution capable de transformer le renseignement en pouvoir réel. Un État qui ne garde pas sa mémoire est condamné à échouer, encore et encore.

Garder la mémoire ou disparaître
La question n’est plus de savoir qui remplacera la mission internationale actuelle. Elle est simple, crue et historique : Haïti décidera-t-elle enfin de garder ce qu’elle apprend, ou continuera-t-elle à laisser filer sa mémoire dans les serveurs étrangers et l’oubli de ses institutions ?

Parce qu’un pays qui oublie n’est pas seulement vulnérable : il meurt dans le silence de ses propres échecs.

Et cette fois, on ne parle pas seulement d’échec sécuritaire : on parle de milliards gaspillés, d’avenir sacrifié et de souveraineté trahie

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Maxime Daniel ETIENNE

Journaliste

maximedanieletienne@gmail.com

+509 4133-8168


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