Élection ou imposture nationale ?

Le peuple haïtien mérite mieux. Il mérite le choix. Le vrai.

Actualité

Publié le 14-Décembre-2025

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Chaque fois qu’on parle d’élections en Haïti, on nous sert la même mélodie : “une élection crédible, on y travaille”. Mais le peuple, lui, sait que voter ici, ce n’est pas choisir. C’est avaliser. C’est applaudir un spectacle dont le scénario est écrit ailleurs, par d’autres mains, loin des marchés, loin des écoles, loin de nous.

Pour qu’une élection soit véritablement crédible, il faudrait d’abord la sécurité. La vraie, pas celle annoncée derrière des micros ou des communiqués. Des rues où l’on peut marcher sans trembler, des quartiers où l’on peut voter sans que la peur dicte nos choix. Aujourd’hui, trop de voix sont étouffées, trop de vies déplacées. Voter sous menace ? Ce n’est pas un droit. C’est une ironie cruelle.

Il faudrait aussi des institutions honnêtes, un Conseil électoral indépendant, une justice qui protège au lieu d’intimider, une administration neutre. Mais ici, ces mots semblent écrits sur du sable : ils s’effacent au premier souffle du vent politique. Et puis, un cadre légal stable, l’inclusion de tous, une transparence réelle… Sans ça, la démocratie n’est plus qu’une scène vide, un théâtre pour spectateurs muets.

Une mauvaise élection ne produit pas seulement un mauvais gouvernement. Elle creuse un abîme : perte de confiance, montée du cynisme, normalisation de l’illégalité, ouverture à l’ingérence. Une élection ratée ne se limite pas à un jour de vote ; elle transforme tout un pays en décors de fiction.

Avec l’insécurité qui paralyse nos villes et la peur qui dicte les déplacements, une élection crédible est un rêve de poète. Ce qui se profile, si l’on s’entête : un simulacre, un écran de fumée pour légitimer l’existant, pas pour offrir une voix au peuple.

Haïti n’a pas besoin d’une élection de plus. Haïti a besoin d’une rupture, d’un souffle nouveau, d’un vote qui rende au citoyen sa dignité et à l’État sa responsabilité. Sinon, appeler à voter devient une insulte, un paradoxe cruel, un sourire amer sur une plaie ouverte.

Alors posons la question sans fard : voulons-nous une élection pour légitimer la crise, ou une élection pour refonder le pays ? Tant que cette réponse restera évasive, le mot crédible restera un slogan vide, et l’élection, une imposture nationale.

Le peuple haïtien mérite mieux. Il mérite le choix. Le vrai.

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Maxime Daniel ETIENNE

Journaliste

maximedanieletienne@gmail.com

+509 4133-8168


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