États-Unis : Les propos de Donald Trump sur les « pays de merde » relancent un débat identitaire national

La réutilisation par Donald Trump de l’expression « pays de merde » lors d’un discours en Pennsylvanie a ravivé une controverse que l’on croyait close. Cette déclaration, qui cible une nouvelle fois certains pays d’Afrique et des Caraïbes, relance le débat sur l’évolution du discours présidentiel en matière d’immigration. Alors que l’administration multiplie les mesures restrictives, les réactions politiques et académiques s’intensifient face à ce vocabulaire inhabituel venant du chef de l’État.

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Publié le 14-Décembre-2025

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Les États-Unis sont à nouveau confrontés à une polémique autour du discours présidentiel. Le 10 décembre, lors d’une intervention en Pennsylvanie, Donald Trump a réutilisé l’expression « pays de merde », une formule déjà attribuée à l’ancien président en 2018 et qu’il avait alors contestée. La reprise publique de cette expression a ravivé les discussions sur la manière dont l’administration traite les questions d’immigration et de diversité culturelle.

Un discours qui cible certains pays
Au cours de son intervention, Donald Trump a évoqué des pays qu’il a qualifiés de « calamiteux » ou « gangrénés par la criminalité », citant notamment la Somalie. Il a également suggéré que les États-Unis devraient accueillir davantage de migrants venant de pays européens comme la Suède ou la Norvège. Ces propos interviennent quelques semaines après que le président avait décrit les migrants somaliens comme des « déchets », une formulation qui avait déjà suscité de nombreuses réactions.

Réactions politiques immédiates
La classe politique américaine a réagi rapidement. Le sénateur démocrate Ed Markey a dénoncé des déclarations qu’il considère comme « racistes » et contraires aux valeurs américaines. À l’inverse, le républicain Randy Fine, interviewé sur CNN, a jugé ces propos « directs » et reflétant selon lui les préoccupations d’une partie de la population.


Un tournant dans la communication présidentielle
Pour plusieurs spécialistes, ces déclarations s’inscrivent dans une évolution progressive du discours présidentiel. Selon Carl Bon Tempo, professeur d’histoire à l’Université d’Albany, ce type de langage était auparavant plutôt associé à des mouvements situés en marge de la droite américaine. Le fait qu’il soit désormais employé au plus haut niveau de l’État constitue « un changement significatif dans la manière dont l’exécutif aborde l’immigration ».

Un contexte de politique migratoire plus restrictive
Depuis son retour au pouvoir, l’administration Trump a mis en œuvre plusieurs mesures visant à réduire l’immigration :
Suspension temporaire des demandes provenant de 19 pays classés parmi les plus pauvres ;
Accélération des opérations d’expulsion ;
Allégement des procédures pour certaines catégories de migrants, notamment les fermiers blancs d’Afrique du Sud ;
Déclarations associant des migrants haïtiens ou latino-américains à un « empoisonnement du sang », une expression qui a suscité l’inquiétude d’historiens et d’organisations de défense des droits civiques.


Une dimension identitaire de plus en plus marquée
Des chercheurs comme Mark Brockway, de l’Université de Syracuse, estiment que même des immigrés installés depuis longtemps aux États-Unis se sentent désormais concernés par ces prises de position. Pour Terri Givens, professeure en sciences politiques à l’Université de Colombie-Britannique, la rhétorique actuelle « supprime les filtres qui existaient auparavant dans le débat public ».

Ces déclarations s’inscrivent également dans un débat plus large sur l’identité américaine. Plusieurs historiens comparent ce moment à la montée du nativisme dans les années 1920, période durant laquelle les politiques migratoires favorisaient les ressortissants européens du Nord au détriment des autres régions du monde.

L’apparition du concept de “remigration”
En réaction à une attaque impliquant un ressortissant afghan, Donald Trump a évoqué récemment la possibilité de mettre en œuvre des politiques de « remigration », c’est-à-dire le renvoi organisé de certaines populations étrangères. Cette notion, jusque-là associée à des mouvements d’extrême droite européens, n’avait jamais été mentionnée publiquement par un président américain.

Un débat national susceptible d’influencer la campagne
À l’approche des prochaines échéances électorales, ces prises de position renforcent un débat déjà tendu sur l’immigration, la cohésion sociale et la définition de l’identité nationale. Les observateurs estiment que la question pourrait jouer un rôle majeur dans la dynamique politique des prochains mois.

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Maxime Daniel ETIENNE

Journaliste

maximedanieletienne@gmail.com

+509 4133-8168


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