République dominicaine : Abinader, président d’un narco-corridor qui préfère expulser que nettoyer
On ne peut pas se poser en gendarme moral de la Caraïbe quand on est devenu un corridor central du trafic sud–nord
Publié le 16-Décembre-2025
64
Il faut arrêter de mentir.
Il faut arrêter de maquiller la réalité sous des communiqués triomphalistes. Sous Luis Abinader, la République dominicaine ne combat pas la drogue : elle en organise le passage.
Au large de Baní, 429 paquets de cocaïne ont encore été interceptés. Encore. Ce chiffre n’a plus rien d’exceptionnel. Il est devenu un geste administratif, une routine de fin de semaine dans un pays où la cocaïne circule avec plus de régularité que la vérité politique.
La saisie comme alibi, la drogue comme fondation
À chaque interception, le même rituel : uniformes alignés, photos officielles, chiffres répétés comme des mantras. Mais derrière la mise en scène, une réalité brute demeure : 47 326 kilogrammes de drogues saisis en 2025. Ce chiffre n’est pas une victoire. C’est une preuve à charge.
Aucun État qui n’est pas profondément traversé ports, douanes, finances, complicités ne peut absorber un tel volume sans imploser. Or la République dominicaine n’implose pas. Elle fonctionne. Elle a intégré le narcotrafic comme un flux parmi d’autres.
Abinader : beaucoup d’ordre contre les pauvres, aucune guerre contre les réseaux
Incapable ou refusant d’éradiquer la drogue et la criminalité structurelle qui prospèrent chez lui, Abinader a choisi la solution la plus lâche : désigner l’immigré comme ennemi public. Pendant que la cocaïne traverse les côtes dominicaines avec une précision industrielle, l’État déploie soldats et bulldozers contre des sans-papiers, comme si l’insécurité venait de la misère et non des réseaux locaux puissamment installés.
La criminalité dominicaine n’est pas importée. Elle est nationale, enracinée, organisée
L’affaire dite Stephora, devenue dossier emblématique dans l’opinion publique, en est un symptôme troublant : une criminalité interne grave, médiatisée, entourée de zones d’ombre, qui pose des questions lourdes sur l’enquête, les responsabilités et l’égalité devant la justice. Là encore, pas de choc institutionnel, pas de remise en cause systémique. Seulement le silence, l’usure médiatique, puis l’oubli.
Abinader expulse des corps pour éviter d’affronter les réseaux, les protections locales, les complicités économiques.
Il est toujours plus facile de traquer des sans-droits que de démanteler un système qui nourrit des élites. Les figurants tombent, le système reste intact
On arrête toujours les mêmes profils : pêcheurs recyclés, chauffeurs, exécutants jetables. Jamais : les opérateurs portuaires stratégiques, les circuits financiers, les zones franches du silence, les protections politiques. Dans la République dominicaine d’Abinader, les petites embarcations coulent, les grandes complicités flottent.
Hypocrisie régionale : la morale comme arme de diversion
Et pourtant, ce même État se permet de : donner des leçons, parler d’ordre et de civilisation, stigmatiser ses voisins, criminaliser la pauvreté étrangère.
Quelle imposture.
On ne peut pas se poser en gendarme moral de la Caraïbe quand on est devenu un corridor central du trafic sud–nord.
Sans retour possible
Luis Abinader ne gouverne pas un pays assiégé par la drogue. Il gouverne un pays qui a normalisé sa présence. Tant que 47 tonnes de cocaïne pourront traverser la République dominicaine sans provoquer : une démission politique, une inculpation au sommet, une crise d’État, une seule vérité restera debout :
La République dominicaine ne combat pas le narcotrafic.Elle l’administre, pendant qu’elle expulse les pauvres pour sauver les apparences.
Maxime Daniel ETIENNE
Journaliste
maximedanieletienne@gmail.com
+509 4133-8168
