Élections sous les balles : les questions qui brûlent Louis Gérald Gilles
À force de parler d’élections abstraites, on oublie la question la plus simple : qui est encore libre de sortir de chez lui pour écouter un discours ? Et surtout, qui garantit qu’il pourra rentrer vivant ?
Publié le 16-Décembre-2025
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Ils ont tout perdu, sauf la parole. Des quartiers incendiés aux camps de fortune, des routes coupées aux maternités improvisées sous les arbres, la population interroge non pas pour comprendre, mais pour exiger des comptes. À Louis Gérald Gilles, secrétaire général du parti NOULHA, les citoyens adressent une litanie de questions qui claquent comme des uppercuts. Des questions simples, humaines, implacables.
Quand la parole officielle vacille sous le poids du réel
Louis Gérald Gilles parle. La République écoute… ou fait semblant. Les mots tombent, bien repassés, bien alignés : sécurité, efforts, élections libres, honnêtes, crédibles, inclusives. Le dictionnaire démocratique est récité sans faute. Mais dans la vraie vie, celle qui transpire la peur et la cendre, les phrases sonnent creux.
De quel gouvernement parle‑t‑il exactement ? Celui qui gouverne depuis les hauteurs pendant que le pays brûle en contrebas ? Celui dont il fut l’un des visages, aujourd’hui prompt à donner des conseils comme s’il découvrait soudain la catastrophe ? À quel moment devient‑on spectateur de son propre bilan ?
Et puisque la morale est convoquée, rappelons les faits : le dossier de la BRH, les soupçons persistants, le refus de se présenter devant la justice. Curieuse conception de la transparence. Peut‑on réclamer des urnes propres quand on fuit la convocation judiciaire ? Peut‑on parler d’État de droit tout en contournant ses règles ?
Élections, vraiment ? Ou grande mise en scène nationale ?
NOULHA se dit favorable aux élections. Très bien. Mais favorables à quoi, exactement ? À un scrutin sous escorte ? À une démocratie sous couvre‑feu ? À une République en mode avion ?
Où se déroulera cette campagne électorale ? Sur Facebook Live, pendant que les balles sifflent dehors ? Sur TikTok, entre deux enlèvements ? Sur WhatsApp, pendant que les routes sont barrées par la peur ? Les meetings auront‑ils lieu dans des quartiers fantômes, ou faudra‑t‑il demander l’autorisation aux chefs armés pour déployer un drapeau ?
À force de parler d’élections abstraites, on oublie la question la plus simple : qui est encore libre de sortir de chez lui pour écouter un discours ? Et surtout, qui garantit qu’il pourra rentrer vivant ?
La parole des citoyens
Aux victimes de Pont Sondé, tout brûlé, tout arraché, où fera‑t‑on campagne quand les maisons ne sont plus que cendres ? À Delmas, où le kidnapping refait surface à outrance, qui osera sortir pour écouter un discours ? Aux déplacés du Centre‑Ville, de Croix‑des‑Bouquets, de Kenscoff, de Laboule, de Léogâne, de Lascahobas, de Mirebalais, où votera‑t‑on quand on n’a plus d’adresse ? Aux femmes enceintes qui accouchent sous des manguiers, quelle maternité promettez‑vous avant les urnes ? Aux parents dont les enfants sont tombés sous des balles perdues, quel bulletin remplacera un cercueil ?
Aux filles violées dans des camps de fortune, quelle sécurité précède vos slogans ? Aux mineurs contraints de vendre leur corps pour ne pas mourir de faim, quelle enfance mettez‑vous dans vos programmes ? Aux malades infectieux, oubliés, invisibles, quelle politique de santé avant la politique électorale ? Aux déplacés, aux affamés, aux apeurés, qui garantit le chemin jusqu’aux urnes quand la route est coupée par la peur ?
Contradictions à ciel ouvert la politique face au miroir
Comment demander des élections libres quand la liberté de circuler est un luxe ? Comment promettre l’inclusion quand des centaines de milliers de citoyens sont parqués dans des camps de fortune ? Comment invoquer l’honnêteté quand certains dossiers brûlants sont soigneusement évités ?
À chaque déclaration officielle correspond une contradiction criante. À chaque slogan, une réalité qui ricane. Le pays n’est pas ingouvernable : il est gouverné par des discours qui refusent de regarder le réel en face. La population n’est ni confuse, ni naïve. Elle est épuisée, lucide, et désormais sans patience. Elle ne demande plus des promesses, elle exige des comptes. Elle n’attend plus des slogans, elle réclame des réponses.
Les élections ne se proclament pas dans des salles éclairées pendant que le pays vit dans le noir. Elles ne se tweetent pas, ne se chantent pas, ne se récitent pas. Elles se construisent dans des rues sûres, des maisons debout, des vies protégées.
Le peuple regarde. Le peuple se souvient. Et cette fois, il ne se contentera pas d’applaudir. La question n’est donc plus de savoir si Louis Gérald Gilles veut des élections.
La vraie question est celle‑ci : peut‑il encore regarder ce pays en face et répondre, sans détour, à ce qu’il a laissé derrière lui ?
Maxime Daniel ETIENNE
Journaliste
maximedanieletienne@gmail.com
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