2026 : L’année électorale des promesses… et du chaos organisé
Dans un pays où la liberté de circulation rime encore avec peur et risque, les discours volontaristes ont le parfum de la satire involontaire : un gouvernement qui promet l’ordre en plein chaos, et des élections au milieu des balles.
Publié le 19-Décembre-2025
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Haïti se prépare à entrer dans ce que le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé appelle solennellement « l’année électorale et de libre circulation des personnes et des biens ». Une phrase qui résonne comme un feu d’artifice dans un ciel noir d’insécurité : éclatante à la surface, mais menaçant de s’éteindre dans la fumée des gangs et des rues abandonnées par l’État.
Lors du premier forum des CASEC, le chef du gouvernement a tendu la main aux élus locaux pour qu’ils « mobilisent » leurs communautés contre le banditisme. Belle initiative ! Si seulement ces élus, souvent seuls, sans moyens, et traqués comme des proies, pouvaient vraiment tenir tête à des gangs armés jusqu’aux dents. Ironie cruelle : on demande aux victimes de devenir gardiens.
La création de Conseils de sécurité dans chaque section communale, sous l’œil vigilant du Conseil supérieur de la Police nationale, ressemble plus à un mirage qu’à une solution. Une police sous-dotée, mal équipée, et largement dépassée par les événements est censée, avec ces conseils, restaurer l’autorité de l’État… dans un pays où l’autorité s’évanouit plus vite que la pluie sur le bitume.
Et pour ne rien laisser au hasard, chaque section communale recevra bientôt un téléviseur et un panneau solaire pour la Coupe du monde 2026. Symbolique, fédérateur… et dérisoire face aux kidnappings, déplacements forcés et embuscades qui transforment le quotidien des Haïtiens en épopée tragique. Ironie subtile : on regarde le football sur écran solaire pendant que la sécurité nationale s’éteint comme une ampoule grillée.
Entre annonces grandiloquentes et réalité du terrain, le gouvernement semble jouer à un jeu de prestidigitation : distraire la population avec des promesses électorales tout en laissant les gangs dicter la loi. Haïti en 2026 pourrait bien être le théâtre d’une élection planifiée à huis clos par les seules forces de l’ombre.
Les citoyens, eux, restent sceptiques. Et qui pourrait les blâmer ? Dans un pays où la liberté de circulation rime encore avec peur et risque, les discours volontaristes ont le parfum de la satire involontaire : un gouvernement qui promet l’ordre en plein chaos, et des élections au milieu des balles.
Haïti, en 2026, n’aura peut-être pas seulement une année électorale ; elle aura un spectacle. Et dans cette tragédie nationale, les spectateurs sont forcés de jouer les figurants.
Maxime Daniel ETIENNE
Journaliste
maximedanieletienne@gmail.com
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