Télévisions pour le Mondial, Mais Pas un Toit pour les Victimes
Chronique d’une promesse de trop
Publié le 22-Décembre-2025
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À grand renfort d’annonces, le pouvoir promet des télévisions pour le Mondial 2026, pendant que le pays s’enfonce dans l’insécurité et l’exil forcé. Entre effets de communication, soupçons de détournements et colère des déplacés, cette promesse apparaît comme le symbole brutal d’un État plus pressé de divertir que de protéger.
Annoncer l’installation de télévisions dans toutes les sections communales pour permettre à la population de suivre les matchs d’Haïti au Mondial 2026 peut faire illusion. Sur le papier, le geste semble populaire. Sur le terrain, il sonne creux. Une promesse de plus, déconnectée de l’urgence nationale.
Car avant les écrans, il y a l’obscurité réelle du pays. Sans électricité stable, sans sécurité minimale, sans routes praticables, sans écoles fonctionnelles ni hôpitaux équipés, cette annonce ressemble davantage à un effet d’annonce qu’à un projet structuré. Le football rassemble, c’est vrai. Mais la ferveur ne remplace pas la gouvernance.
Pire encore, chacun connaît le scénario. Derrière les « grands projets » surgissent trop souvent les mêmes mécanismes. Marchés publics distribués entre proches, absence d’appels d’offres crédibles, budgets opaques, factures gonflées, équipements jamais livrés ou déjà hors service le jour de l’inauguration. En clair, la création programmée de nouveaux millionnaires, pendant que la population n’hérite que de communiqués et de photos.
Sans publication des budgets, sans liste claire des entreprises bénéficiaires, sans audits indépendants, cette promesse est condamnée à rejoindre le cimetière des annonces sans lendemain. Ce que le pays réclame n’est pas un écran de plus, mais la transparence, la reddition de comptes et le respect de l’argent public.
La voix la plus criante vient de ceux qui ont tout perdu.
Wesner, entrepreneur démoli, témoigne : « J’ai tout perdu. Mon père a été calciné, je n’ai même pas pu récupérer ses cendres. Mon entreprise a été pillée sous mes yeux. Ma maison, bâtie après des années de sacrifices et de prêts bancaires étouffants, a disparu. Mes voitures ? Toutes envolées par les pyromanes. Aujourd’hui, moi et ma famille sommes entassés dans deux pièces, hébergés chez mon gardien, Didier. Je n’ai pas besoin de vos télévisions ni de vos discours populistes. Ce dont j’ai besoin, c’est de justice. Ce dont nous avons besoin, c’est de sécurité. »
Des familles ont fui leurs quartiers, abandonné maisons et souvenirs, parfois leurs morts. Elles vivent aujourd’hui sans protection, sans garanties pour le lendemain. Et on leur parle de spectacle. Le peuple haïtien n’a jamais attendu l’État pour vibrer avec le football. Même dans la précarité, même dans l’obscurité, il a toujours trouvé le moyen de suivre les matchs.
Ce qui manque n’est pas une télévision accrochée à un mur.
Ce qui manque, c’est la sécurité pour rentrer chez soi, la paix pour dormir sans peur, la dignité pour vivre sans fuir.
Le peuple n’est plus naïf. Il sait reconnaître les promesses suspendues et les projets vitrines. Derrière chaque annonce spectaculaire, il voit trop souvent les mêmes gagnants… et toujours les mêmes perdants.
Maxime Daniel ETIENNE
Journaliste
maximedanieletienne@gmail.com
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