Bourdon chronique d’un feu annoncé

À Bourdon ce dimanche l’État n’a pas trébuché. Il n’était pas présent.

Actualité

Publié le 22-Décembre-2025

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L’odeur est la première chose que l’on remarque. Une odeur lourde persistante qui s’accroche à la peau. Celle du plastique brûlé des bâches fondues des matelas carbonisés. Ce dimanche 21 décembre 2025 le camp de déplacés internes installé dans les locaux de l’École Nationale de la Colombie à Bourdon a été ravagé par un incendie de grande ampleur.

Le site est méconnaissable. Au sol les traces noires dessinent l’emplacement d’abris disparus. Des casseroles tordues des chaussures solitaires des cahiers d’enfants collés par la chaleur jonchent encore les décombres. Le feu n’a pas seulement consumé des biens il a effacé des repères.

L’incendie s’est propagé sans résistance. Aucun dispositif de sécurité visible. Aucun extincteur. Aucun point d’eau fonctionnel. En milieu d’après-midi aucune intervention des services de secours n’avait été observée. Les flammes ont progressé seules sous le regard impuissant des habitants du camp.

Autour des familles errent lentement. Certaines fouillent les cendres à mains nues cherchant un document un vêtement un objet familier. D’autres restent immobiles comme si le feu avait aussi brûlé le mouvement.

Jean père de famille parle d’une voix presque éteinte
Quand les flammes sont montées on a pris les enfants et on a couru. Tout le reste est resté ici.

Marie déplacée après les violences armées à Delmas vingt-quatre fixe le sol
J’ai fui les balles et maintenant je fuis le feu. On recommence toujours à zéro.

Rose soixante-deux ans assise sur un bidon renversé ne détourne pas le regard
Ils savaient que ça pouvait arriver. Personne n’a rien prévu.

Un responsable communautaire montre son téléphone
On a appelé. On a attendu. Le feu avançait. Personne n’est venu.

Le silence s’est installé après l’incendie. Aucun responsable visible. Aucune déclaration officielle. Aucun bilan communiqué. Seulement des cendres encore chaudes et des regards vides.

La veille des autorités avait visité le site. Des paroles rassurantes avaient été prononcées. Le lendemain le décor est celui d’un abandon total.

Ce drame ne relève pas de l’imprévu. Il s’inscrit dans une logique connue. Installer des déplacés dans des bâtiments inadaptés sans mesures de prévention sans réponse d’urgence revient à accepter ce type de catastrophe.

L’absence des pompiers ne surprend plus. Elle est devenue une habitude dangereuse. Un message tacite adressé à ceux qui n’ont déjà plus rien.

À Bourdon ce dimanche l’État n’a pas trébuché. Il n’était pas présent.

Les familles chercheront où passer la nuit. Les cendres resteront comme seule trace d’un drame annoncé ignoré.

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Maxime Daniel ETIENNE

Journaliste

maximedanieletienne@gmail.com

+509 4133-8168


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