Sécurité ou milice ?
Enquête sur les hommes de l’ombre qui terrorisent au nom de la mairie du Cap-Haïtien
Ils menacent, ils frappent, ils intimident, ils terrorisent.
Et personne ne sait vraiment qui ils sont.
Publié le 03-Janvier-2026
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Au Cap-Haïtien, des individus présentés comme des « agents de sécurité » de l’aire municipale agissent dans une zone grise inquiétante, entre autorité supposée et violence réelle. Sans identification claire, sans responsabilité affichée, ils ont été impliqués dans des actes d’intimidation et d’agression, notamment contre des journalistes en plein exercice de leur mission. Leur seule arme était un micro. La réponse fut la force. Cette enquête pose une question simple, mais explosive : qui a donné à ces hommes le droit de frapper, et au nom de quelle loi ?
Faits établis : une violence qui ne dit pas son nom
Les faits sont documentés. Lors de récents événements publics, des journalistes ont été menacés, bousculés, frappés par des individus opérant sous l’étiquette d’« agents de sécurité municipaux ». Aucun trouble majeur à l’ordre public n’était constaté. Aucun danger imminent. Seulement des professionnels de l’information faisant leur travail. Ces agissements ne relèvent ni du maintien de l’ordre ni de la protection des citoyens. Ils relèvent de l’intimidation. Et quand la presse est visée, ce n’est jamais un hasard.
Des hommes sans identité institutionnelle claire
Premier point d’alerte : l’opacité totale.
Pas de badges visibles.
Pas de matricules.
Pas d’uniformes réglementaires clairement identifiables.
Impossible pour un citoyen de savoir : à quelle autorité ces hommes obéissent réellement, sous quelle base légale ils interviennent, à qui ils rendent compte en cas d’abus. Dans un État de droit, l’usage de la force est encadré, traçable et responsable. Au Cap-Haïtien, cette force semble errante, livrée à elle-même, protégée par le flou.
Recrutement : le grand silence
D’où viennent ces individus ?
Qui les a recrutés ?
Sur quels critères ?
À ce jour, aucune information publique ne confirme :
L’existence d’un processus de recrutement transparent, une enquête de moralité préalable, une formation certifiée en sécurité, droits humains ou gestion de foule. Or, toute personne chargée d’une mission de sécurité devrait obligatoirement faire l’objet d’un contrôle strict, notamment de ses antécédents judiciaires. Ce qui amène une question centrale : la Police judiciaire a-t-elle été saisie pour vérifier le passé de ces hommes ? Aucune réponse officielle. Aucun démenti. Aucun document rendu public.
Sécurité publique ou bras armé politique ?
Les méthodes observées menaces verbales, violence physique, intimidation ciblée ne correspondent à aucun protocole professionnel. Elles évoquent davantage des pratiques de coercition. Dès lors, une autre question s’impose : ces agents protègent-ils la population ou exécutent-ils des ordres politiques ?
Sont-ils au service de la commune ou d’intérêts particuliers ?
Quand la presse devient une cible, ce n’est plus un problème de sécurité. C’est une attaque directe contre la liberté d’expression, pourtant garantie par l’article 28-1 de la Constitution haïtienne.
Ce que devrait être une vraie sécurité municipale
Un dispositif légitime impose : un recrutement public et transparent, une enquête de moralité menée par la Police judiciaire, une formation certifiée en droits humains et respect de la presse, une identification obligatoire et visible, une chaîne de commandement officielle, des sanctions immédiates en cas d’abus. Tout le reste n’est pas de la sécurité. C’est du bricolage dangereux, voire une milice déguisée.
Le silence n’est plus une option.
Quand une mairie laisse agir des hommes violents sans identité claire, sans formation connue et sans contrôle judiciaire, elle cesse d’être une institution protectrice et devient une couverture. Quand la force s’exerce sans règle, ce n’est plus de l’autorité : c’est de l’intimidation institutionnalisée.
Le Cap-Haïtien n’a pas besoin d’hommes de main déguisés en agents. Il a besoin de règles, de transparence et de responsabilités clairement établies. À défaut de réponses publiques, d’enquêtes judiciaires et de sanctions, une vérité s’impose : ce n’est pas seulement la presse qui a été agressée, c’est l’État de droit qui a été piétiné. Et dans toute démocratie, ceux qui frappent sans nom et ceux qui couvrent par le silence portent la même faute.
Maxime Daniel ETIENNE
Journaliste
maximedanieletienne@gmail.com
+509 4133-8168
