Cap-Haïtien : quand des agents municipaux armés frappent la presse sous la protection du silence officiel
Ce jour-là, la liberté de la presse n’a pas été menacée. Elle a été agressée, battue, humiliée, en plein jour, au cœur de la deuxième ville du pays, par des hommes agissant au nom de l’autorité municipale et sous le regard passif de ceux qui la dirigent.
Publié le 05-Janvier-2026
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Ce jour-là, la liberté de la presse n’a pas été menacée. Elle a été agressée, battue, humiliée, en plein jour, au cœur de la deuxième ville du pays, par des hommes agissant au nom de l’autorité municipale et sous le regard passif de ceux qui la dirigent.
Les victimes s’appellent Herly Millien et Frensly Estimable, journalistes connus et identifiables, sortant d’une émission diffusée sur Radio Souvenir. Leur faute ? Avoir exercé le journalisme tel qu’il doit exister dans toute société démocratique : analyser, questionner, critiquer la gestion du pouvoir local et national.
Des journalistes désarmés face à une violence organisée
À peine sortis de la station, les journalistes assistent à une scène choquante : des agents municipaux brutalisent des mécaniciens travaillant paisiblement dans la rue. Les journalistes interviennent verbalement. Ils parlent. Ils ne menacent pas. Ils n’insultent pas. Ils rappellent une évidence : la force n’est pas une loi.
La réponse est immédiate et féroce.
Les agents se retournent contre eux. Coups, gifles, menaces, terreur.
Ils ne sont pas à mains nues. Ils sont armés : armes à feu, machettes, couteaux, bâtons, matraques. Certains portent des uniformes, d’autres opèrent en civil, parfois cagoulés.
Une scène plus proche d’une opération de répression que d’un maintien de l’ordre.
Parmi les agresseurs, des noms sont clairement identifiés : Ronal, agent municipal régulièrement impliqué dans ce type d’intervention, et Alendy Étienne, policier détaché à la sécurité d’un VIP municipal, qui aurait participé activement aux violences.
La présence d’un policier dans une agression contre la presse constitue une ligne rouge franchie.
Une image circule et glace : un homme portant un képi, identifié comme journaliste par son matériel, les bras ouverts, paumes visibles. Il ne fuit pas. Il ne frappe pas. Il s’expose. Il incarne le journalisme à découvert. Il est quand même frappé. Les lunettes des journalistes sont brisées. Les corps sont blessés. Les journalistes finissent à l’hôpital. Des certificats médicaux attestent des violences subies. Les preuves vidéo et photographiques existent.
Deux maires, une absence totale de courage
Mais le fait le plus accablant n’est pas seulement la violence. C’est le silence. Patrick Almonor et Isaac Pierre, membres de la Commission communale du Cap-Haïtien, sont présents sur les lieux. Ils voient. Ils savent. Ils observent des journalistes se faire frapper par des agents relevant de l’autorité municipale.
Ils n’interviennent pas.
Ils ne donnent aucun ordre.
Ils ne protègent personne.
Cette inaction ne relève pas de l’impuissance. Elle relève d’un choix politique.
Quand des élus assistent à une agression sans agir, ils cessent d’être de simples témoins : ils deviennent complices par abstention, coupables de non-assistance à personnes en danger sur le plan moral et politique, et potentiellement responsables sur le plan juridique.
La position sans ambiguïté de Radio Télé Voix d’Haïti
Radio Télé Voix d’Haïti (RTVHaïti.com) condamne avec la plus grande fermeté ces actes qu’elle qualifie d’attaque grave, directe et organisée contre la liberté de la presse.
RTVHaïti.com affirme que :
frapper un journaliste, c’est frapper le droit du public à l’information ;
tolérer cette violence, c’est institutionnaliser l’impunité ;
se taire face à ces faits, c’est les cautionner.
RTVHaïti.com exige :
une enquête immédiate, indépendante et crédible,
la poursuite judiciaire de tous les agents impliqués, y compris ceux relevant des forces de l’ordre,
l’examen des responsabilités directes et indirectes des autorités municipales présentes,
et des mesures de protection concrètes pour les journalistes victimes.
La presse n’est pas une cible
Les journalistes n’avaient ni machettes, ni armes, ni cagoules. Ils avaient un micro. Un carnet. Une voix.
À Cap-Haïtien, ce 27 décembre, le pouvoir local a envoyé un message dangereux :
parler peut coûter cher.
Mais l’histoire montre une chose :
les micros survivent aux matraques,
les mots traversent la peur,
et la presse finit toujours par nommer les responsabilités.
Ce dossier ne s’arrêtera pas au silence.
La mémoire, elle, n’oubliera pas.
Maxime Daniel ETIENNE
Journaliste
maximedanieletienne@gmail.com
+509 4133-8168
