Chronique noire : Cap-Haïtien, le royaume des bulldozers

Ici, investir est un sport extrême.
On construit légalement, on paie ses taxes, on crée des emplois… et l’on prie pour que personne ne décide de venir vous apprendre la démocratie à coups de pelleteuse.

Actualité

Publié le 10-Janvier-2026

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Pot’iwa Pizza Okap.
Pluxotel.
Et derrière eux, combien d’autres ?
Des entrepreneurs modèles, des commerces légaux, des investissements déclarés… tous frappés par la même mécanique : le bulldozer administratif.

Ce vendredi 9 janvier, Pot’iwa Pizza découvre que respecter la loi ne protège pas.
Le même matin, l’Hôtel Pluxotel, qui occupait une portion du trottoir sur le Boulevard Cap-Haïtien, est démoli dans le cadre d’une opération menée par les autorités locales pour libérer l’espace public. L’opération est dirigée par le Délégué départemental Marc Presumé, qui a promis de démolir toutes les constructions jugées illégales ou gênant le passage piéton, alors que de grands travaux d’aménagement sont en cours sur le boulevard.

Le PDG de Pluxotel, Eddy Salomon, adresse un appel à l’aide. Il écrit aux supérieurs hiérarchiques du délégué et espère le soutien de la KPT et du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. “C’est un abus d’autorité que nous subissons”, déclare l’entrepreneur. Et effectivement, ni Pluxotel ni Pot’iwa Pizza n’avaient reçu d’avertissement ni de notification avant ces destructions.

Selon les “oui-dire”, ces opérations sont exécutées sur ordre du Délégué départemental.
Les oui-dire, ironiquement, ont le privilège de décider du sort des entreprises sans papier, sans dialogue, et sans assumer leurs actes. Pot’iwa Pizza Okap crée 22 emplois stables. Pluxotel en emploie des dizaines. Les deux versent des millions de gourdes en taxes chaque année. Et pourtant, en un matin, leurs murs tombent comme si l’existence même de l’investissement légal était un crime.


Haïti n’a pas besoin d’ennemis économiques.
Elle s’en fabrique elle-même. Chaque bulldozer qui frappe un bâtiment légal est un message codé : > « Investir ? Possible. Respecter la loi ? Risqué. Espérer une protection ? Illusoire. »

À force de frapper ceux qui construisent, l’État perfectionne une œuvre invisible : la destruction systématique de la confiance, la neutralisation de l’initiative privée, et l’ensevelissement de tout espoir de relance économique.

Et quand le silence retombera sur ces chantiers, il ne restera pas seulement des décombres. Il restera une leçon glaçante : en Haïti, entreprendre légalement est un acte de courage… et chaque mur qui tombe est un avertissement pour le suivant.

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Maxime Daniel ETIENNE

Journaliste

maximedanieletienne@gmail.com

+509 4133-8168


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