Cap-Haïtien : Démolition sur le Boulevard, Application de la loi ou excès d’autorité ?

Entre respect de la loi et dérive autoritaire, la récente démolition de constructions sur le Boulevard du Cap-Haïtien soulève une question fondamentale : l’État peut-il faire appliquer la loi en piétinant les droits des citoyens ?

Actualité

Publié le 10-Janvier-2026

62

Alors que les autorités invoquent l’urbanisme, plusieurs entrepreneurs dénoncent aujourd’hui un abus de pouvoir, ravivant le débat non pas sur le principe, mais sur la manière dont l’action publique est menée.


Plusieurs entrepreneurs touchés par l’opération de démolition affirment avoir été victimes d’un excès d’autorité de la part des autorités locales. Il faut le rappeler clairement : les constructions érigées sur les trottoirs sont illégales. La Loi du 29 mai 1963 sur l’urbanisme, en son article 14, stipule que les trottoirs doivent rester libres et qu’une distance minimale de 2 mètres doit séparer la chaussée des constructions.

Cependant, l’application de la loi ne saurait justifier la violation des droits fondamentaux. Démolir sans notification préalable, sans mise en demeure, sans délai raisonnable, ni possibilité de recours, constitue une entorse grave aux principes de proportionnalité, de transparence et de bonne gouvernance.

Selon les entrepreneurs concernés, aucune concertation n’a été engagée avant l’intervention, renforçant le sentiment d’une action brutale, unilatérale et disproportionnée, perçue comme une démonstration de force plutôt qu’une mesure d’intérêt public.

Protéger l’espace public est une obligation légale. Mais l’autorité ne peut s’exercer en dehors du cadre légal qu’elle est censée défendre. Faire respecter la loi exige méthode, dialogue et respect de la dignité humaine. Faire appliquer la loi sans respecter la procédure, c’est remplacer l’État de droit par l’arbitraire. Un pouvoir qui détruit sans prévenir et agit sans rendre de comptes perd sa légitimité, même lorsqu’il a juridiquement raison.


Cap-Haïtien n’a pas besoin de démonstrations de force. La ville a besoin d’une gouvernance ferme mais juste, capable de faire respecter l’ordre sans humilier ceux qui y vivent et y entreprennent.

Quand la loi devient brutale, ce n’est plus la loi qui gagne c’est l’abus.

0
0

Maxime Daniel ETIENNE

Journaliste

maximedanieletienne@gmail.com

+509 4133-8168


Espace commentaires

Commentaires: 0

Articles de la même catégorie