Finale de la CAN : la contestation marocaine franchit le seuil politique
Pendant que le Sénégal savoure son deuxième sacre continental, cette polémique révèle la difficulté, pour certains acteurs politiques, d’accepter la défaite sportive.
Publié le 23-Janvier-2026
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La finale de la Coupe d’Afrique des Nations remportée par le Sénégal face au Maroc devait rester un moment de célébration sportive pour les Lions de la Teranga. Elle a toutefois pris une tournure inattendue et hautement politique après la sortie virulente d’un député marocain, qui a publiquement réclamé l’arrestation et la poursuite judiciaire de l’arbitre congolais Jean-Jacques Ndala, officiant lors de la rencontre.
Lors d’une séance parlementaire, l’élu a accusé l’arbitre de « collusion » et de « manquements graves », estimant que certaines décisions arbitrales auraient délibérément compromis les chances du Maroc. Il a notamment évoqué un épisode clé du match : la contestation sénégalaise consécutive à un penalty sifflé, durant laquelle des joueurs du Sénégal ont momentanément quitté le terrain. Selon le député, cet acte aurait dû entraîner une victoire du Maroc par forfait, conformément à son interprétation du règlement.
Sur le plan strictement sportif, la Confédération africaine de football (CAF) n’a pourtant relevé aucune infraction majeure susceptible d’annuler le match ou de remettre en cause le résultat final. L’arbitrage, bien que contesté dans l’émotion d’une finale à haute intensité, s’inscrit dans les marges d’appréciation prévues par les lois du jeu. Aucun rapport officiel n’a fait état d’un abandon de match ou d’un refus caractérisé de reprendre la rencontre par l’équipe sénégalaise.
Plus controversées encore sont les accusations formulées par le député marocain concernant de supposées « pratiques fétichistes » de l’équipe sénégalaise, des propos qui ont suscité de vives réactions dans l’opinion publique africaine. Plusieurs observateurs y voient une dérive regrettable, mêlant croyances, stéréotypes et frustration sportive, au risque d’alimenter des tensions inutiles entre nations.
La demande de voir l’arbitre congolais « jugé et condamné au Maroc » constitue un précédent inédit, brouillant les frontières entre sport, diplomatie et justice. Des juristes rappellent qu’un officiel de match, désigné par une instance internationale, ne relève pas de la compétence judiciaire d’un État pour des décisions prises dans l’exercice de ses fonctions sportives.
Pendant que le Sénégal savoure son deuxième sacre continental, cette polémique révèle la difficulté, pour certains acteurs politiques, d’accepter la défaite sportive. Elle pose aussi une question plus large : jusqu’où peut aller la politisation du football en Afrique, sans mettre en péril l’esprit du jeu, l’indépendance de l’arbitrage et la crédibilité des compétitions continentales ?
À ce stade, la CAF et la FIFA gardent le silence, mais cette affaire pourrait relancer le débat sur la protection institutionnelle des arbitres et la responsabilité des discours publics dans un contexte sportif déjà sous forte pression.
Paul Markenley AUGUSTIN
Journaliste reporter d'image/ Administrateur
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