L'indépendance de la République Dominicaine le 27 février 1844 et la légitimation de la différence haïtienne.

L'indépendance de la République Dominicaine renvoie à l'exaltation de la différence avec Haïti, le rejet de l'altérité haïtienne et le combat contre le sujet haïtien. Cette différence se construit dans le contexte colonial espagnol, renforcée et institutionnalisée sous l'ère du Président Rafaël Leonidas Trujillo (1930-1961). Aujourd'hui, elle influence les plus grandes décisions en République Dominicaine comme l'arrêt TC 168-13 et les quinze mesures migratoires récentes de Luis Abinader.

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Publié le 27-Février-2026

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Le 27 février 1844, suite à la crise qui a conduit au renversement du Président Jean-Pierre Boyer en 1843, l'aile nationaliste dans la partie est de l'île se soulève contre la présence occidentale haïtienne. Emmené par un certain Juan Pablo Duarte, les séparatistes dominicains ont chassé la garnison haïtienne à Santo-domingo. Ce fut dès lors, la matérialisation de leurs aspirations indépendantistes, renforcées par l'influence diplomatique de la France à travers ses consulats à Santo-Domingo et à Port-au-Prince.


Depuis 1844, Haïti avait toujours exprimé sa volonté d'annexer la République Dominicaine à travers les campagnes militaires des présidents de doublure (Rivière Hérard, Louis Pierrot, Jean-Baptiste Riché, Philippe Guerrier et Faustin Soulouque). Mais à chaque fois, les militaires haïtiens échouent, faute d'absence de stratégies bien définies ainsi que l'instabilité politique interne. Cependant, il faut préciser que cette indépendance dominicaine vis-à-vis d'Haïti, bien qu'elle s'exprimait militairement, est aussi l'expression de la légitimation de la différence haitienne expliquée à travers une lecture idéologique et socio-historique des deux pays partageant l'île.


En effet, l'indépendance dominicaine renvoie à l'exaltation de la différence avec Haïti, le rejet de l'altérité haïtienne et le combat contre le sujet haïtien avec ses racines historiques, raciales et culturelles. Cette différence trouve sa légitimation dans la colonisation espagnole de peuplement où les valeurs européens blanches (Le Christianisme, l'Espagnol, l'Indianité) se sont appropriées par les descendants espagnols, alors dominicains par la suite. Pourtant, du côté haïtien, c'est tout le contraire. L'Haïtien est plongé dans ses racines africaines (Le vodou, le créole, le noirisme), totalement différend du dominicain. Ainsi, cette indépendance dominicaine permet la redéfinition de l'identité dominicaine, mélangée à cause de la présence haïtienne sous Boyer.


Il est donc inconcevable de saisir l'indépendance dominicaine sans le combat dominicain contre l'altérité haïtienne. C'est pourquoi, pendant la periode de la présence haïtienne dans la partie orientale de l'île, l'hispanisme s'est renforcé, qui est une stratégie de réaction contre l'haïtianisation dominicaine, qui est tout un combat contre la mixité sociale. Il faut souligner la légitimation de la différence haïtienne est conceptualisée et matérialisée par l'élite dominicaine blanche d'ascendance hispanique qui campait la République Dominicaine comme une dérivée culturelle de l'Espagne. En même temps, exalte l'Haïtien comme l'expression de la barbarie ou d'un être non-civilisé.


Par ailleurs, l'élite dominicaine a renforcé politiquement cette différence haïtienne avec le Président Rafaël Léonidas Trujillo (1930-1961) qui a réactualisé totalement le passé hispanophile, anti-haïtien dans les institutions dominicaines. Ainsi, l'indépendance dominicaine est considérée comme l'élévation de la prédominance des héritages européennes hispaniques en opposition à l'être haïtien identifié à la prédominance africaine. Ces idées se sont répandues, installées et influencées les grandes décisions républicaines en République Dominicaine comme l'arrêt TC 168-13 ou la négation du droit à la nationalité en République Dominicaine de l'année 2013. Ces mêmes idées ont fortement orientées les quinze mesures migratoires récentes du Président Luis Abinader.


En somme, ce 27 février qui commémore les 182ème anniversaire de l'indépendance de la République Dominicaine nous a permis de replacer dans son contexte idéologique et socio-historique cette indépendance avec comme point d'ancrage à cette réflexion, la légitimation de la différence haïtienne, laquelle a toujours été constituée un leitmotiv pour l'élite dominicaine dans le renforcement asymétrique des relations bilatérales avec Haïti.
Ce 27 février devrait nous porter sur les enjeux idéologique et socio-historique de l'indépendance dominicaine, tout en travaillant sur le rehaussement d'Haïti qui permettra des relations plus justes et équilibrées avec la République Dominicaine.



Indications bibliographiques
- Glodel Mézilas, Critique de la raison dominicaine, éditions UEH, 2021.
- Watson Denis, La négation du droit à la nationalité en République Dominicaine (La situation d'apatridie des Dominicains et Dominicaines d'ascendance haïtienne), éditions UEH, 2014.
- Weibert Arthus, Haïti et le monde, deux siècles de relations internationales, BNH, 2021.

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Joël DUPUY

Historien et Diplomate

joeldupuy91@yahoo.fr

+509 38091463


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