Femme et Société : Vers une compréhension sociohistorique de l’émancipation des femmes à travers le monde.
Pendant des siècles, dans presque toutes les sociétés, les femmes n’ont pas bénéficié des mêmes droits que les hommes. Considérées par les hommes comme inférieures à eux, elles ont dû se battre pour obtenir l’égalité des sexes dans les domaines de l’éducation, du travail, de la politique et de la famille. Ce combat, principalement initié par les femmes occidentales, s’est étendu dans les dernières décennies au monde entier. Il n’est pas terminé : des millions de femmes doivent encore lutter pour pouvoir étudier et travailler, défendre leur place dans la famille et dans la société et participer à la vie politique.
Publié le 08-Mars-2026
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1-La femme, une mineure au regard de la loi à l’époque Antique1.
Dans les civilisations grecque et romaine, la femme est considérée comme une mineure vis-à-vis de la loi, comme si elle était un enfant : contrairement aux hommes, on ne lui reconnaît pas de droits civiques en raison de sa « faiblesse d’esprit ». C’est pourquoi elle passe de l’autorité de son père à celle de son mari. Elle n’est pas non plus autorisée à participer à la vie de la cité. La femme est avant tout une mère, celle qui met au monde la descendance de son mari.
2-La femme et la perspective judéo-chrétienne2 à l’époque du Moyen-âge3.
Pour l’Église, la femme est la cause du péché originel. Dans la religion chrétienne, la femme est identifiée à Ève, la cause du péché originel. Elle doit donc se racheter et « enfanter dans la douleur », c’est-à-dire accoucher dans la souffrance. La femme est entièrement soumise à l’autorité de l’homme parce qu’il a été créé le premier par Dieu et, de plus, à l’image de Dieu. La femme doit être une bonne épouse et une bonne mère. Elle se consacre donc aux tâches domestiques, à l’éducation des enfants et à son mari. Cependant, la femme doit également savoir gérer la maison ou le domaine en l’absence de son époux. Le travail des femmes existe donc déjà à cette époque : elles exercent souvent les mêmes tâches que leur mari (paysan, commerçant) mais ce travail n’est pas reconnu.
La femme doit également respecter certaines règles de conduite en société : ne jamais regarder un homme dans les yeux, baisser la tête, parler peu et rester soumise. Elle est exclue de la vie politique. Elle n’a pas sa place dans les assemblées où elle doit se taire. Elles sont exposées à l’idée qu’elles sont inferieures intellectuellement aux hommes. Cette idée allait perdurer au-delà du Moyen-Âge. Les rares femmes à cette époque qui exercent un certain pouvoir sont celles qui sont au sommet de la nation, c’est-à-dire les reines ou les régentes.
3-Le féminisme4 et le changement de paradigme vis-à-vis des femmes.
Les premiers mouvements féministes apparaissent en Occident au XIXe siècle. Leurs revendications portent essentiellement sur les droits de la femme au travail, l’accès à l’instruction et le droit de vote. Ils mettent de longues décennies à aboutir tant le poids des préjugés et des traditions est lourd. Sur le plan éducatif, même s’il est acquis que les filles doivent être éduquées, leur accès à l’enseignement est limité. En France, par exemple, c’est l’Église qui prend en charge l’éducation féminine. Elle enseigne aux filles leurs devoirs d’épouse et de mère ainsi que les bonnes manières et la couture. Il faut attendre la seconde moitié du XIXe siècle et l’avènement de l’école laïque et républicaine pour que les choses évoluent. Par ailleurs, au regard de l’emploi, avec les changements liés à la révolution industrielle5, les femmes sortent de la maison et intègrent massivement le monde du travail. Même s’il est dur et peu valorisant, le travail rime alors avec émancipation pour la femme. En outre, sur le plan politique, le cap est mis sur le droit de vote, qui a été une bataille très longue. En effet, dans certains pays, tels que la Grande-Bretagne, les femmes obtiennent le droit de vote au lendemain de la Première Guerre mondiale (1914-1918). En France, ce droit ne leur est accordé qu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
4-Les années 1960-1970 et l’ascension véritable des femmes à travers le monde.
La seconde génération de féministes élargit les revendications des femmes aux domaines de la famille, du mariage et de la sexualité. Les femmes se sentent opprimées dans une société qui les enferme dans leur rôle de mère et d’épouse. C’est contre cette « oppression » que naissent en Occident les mouvements de « libération » des années 1960-1970. Les deux plus célèbres sont le MLF (Mouvement de libération des femmes) en France, et le Women’s Lib aux États-Unis. Les femmes réclament l’égalité au sein du couple et revendiquent le droit à la libre maternité et à la maîtrise de leur corps : elles veulent pouvoir limiter leur nombre d’enfants en empêchant les grossesses (c’est-à-dire le droit à la contraception) et en interrompant une grossesse si elles ne la souhaitent pas (c’est le droit à l’avortement). Ces revendications qui ont été très certainement abouties et qui sont considérées par plus d’un comme étant des acquis fondamentaux liés aux droits et à l’émancipation de la femme.
Au plus niveau de l’échelle international, la problématique des droits et de l’émancipation de la femme est devenue un enjeu considérable. Par rapport aux différentes luttes et combats, L’ONU décrète que 1975 est « l’année de la femme » ; la date du 8 mars est choisie par l’ONU pour être chaque année la « journée internationale de la femme ». Par ailleurs, l’égalité des sexes est déjà proclamée dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Elle est réaffirmée en 1979 dans la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. Cette Convention est ratifiée par 170 pays, qui s’engagent à combattre toutes les différences de traitement en défaveur des femmes dans les domaines de l’éducation, de l’emploi, de la vie politique et du mariage.
5-Les droits de la femme, un sujet qui est toujours d’actualité.
Malgré la signature des conventions et l’adoption d’autres instruments internationaux du même type, les droits de la femme continuent d’être bafoués dans le monde. Il ne suffit pas que les pays changent leurs lois, encore faut-il que les mentalités évoluent. Ce sont le poids des traditions et l’influence de principes religieux extrémistes qui expliquent souvent cette situation. Ainsi, les femmes continuent de faire face à des problèmes majeurs :
-Les filles sont moins scolarisées que les garçons
Sur les 121 millions d'enfants qui n’ont pas la possibilité d’aller à l'école dans le monde, 65 millions sont des filles (soit 53,7 % exactement). À l’âge adulte, ces femmes se trouvent défavorisées dans la société car elles ont moins de compétences et de possibilités d’avenir. Elles risquent d’être davantage victimes de la pauvreté, de la maladie, de la violence.
-Les femmes sont plus exposées aux violences physiques
On estime qu’au moins 20 % des femmes sont victimes de violences physiques ou d’agressions sexuelles. Et ces agressions sont souvent le fait d’un homme de l’entourage. Ce phénomène prend des formes particulièrement terribles dans certains pays, où la femme est traditionnellement placée sous la domination des hommes de sa famille.
-Des lois instituent l’infériorité de la femme
Il existe des pays où même la loi autorise des discriminations entre les hommes et les femmes. Par exemple, la femme peut ne pas avoir les mêmes droits que son mari dans le cadre du mariage. Elle doit par exemple obtenir l’autorisation de son père pour pouvoir se marier et, une fois mariée, elle doit obéir à son mari. De même, un homme peut avoir plusieurs épouses (polygamie) et il peut répudier sa femme (c’est-à-dire annuler le mariage).
1 Période de l’histoire occidentale qui commence avec la naissance du monde grec vers 2000 av. J.-C., pendant l’âge du bronze, et s’achève à la fin de l’Empire romain d’Occident en 476 apr. J.-C.
2 Cette perspective est fondée sur la personne et l’enseignement de Jésus-Christ, apparue au Ier siècle de notre ère.
3 Période de l’histoire occidentale s’étendant de 476, date de la chute de l’Empire romain d’Occident, au XVe siècle.
4 Mouvement militant visant à accroître le rôle et les droits des femmes dans la société. L’origine du terme « féminisme », attribuée par certains à Charles Fourier.
5 Transition d'une économie fondée traditionnellement sur l'agriculture à une économie reposant sur la production mécanisée et à grande échelle de biens manufacturés.
Bibliographie
1-Albistur (Maïté) &Armogathe (Daniel),
-Histoire du féminisme français du Moyen Âge à nos jours, Paris, Des femmes, 1977.
-Histoire des femmes en Occident, sous la direction de Georges Duby et Michelle Perrot, 5 volumes, Paris, Plon, 1991-1992.
-Histoire mondiale de la femme, sous la direction de Pierre Grimal, Paris, Nouvelle Librairie de France, 1965-1966.
2-Verdier (Yvonne), Façons de dire, façons de faire : la laveuse, la couturière, la cuisinière,
Paris, Gallimard, collection « Bibliothèque des sciences humaines », 1997.
Joël DUPUY
Historien et Diplomate
joeldupuy91@yahoo.fr
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