Depuis le dimanche 25 octobre, des hommes armés rôdent autour de cette commune de l'Artibonite. Les habitants redoutent de perdre l'un des derniers grands centres de soins du pays.

Dans la Grand'Anse comme à Santo, des familles disent ne plus pouvoir joindre leurs proches. Les appels échouent, les messages arrivent en retard, l'angoisse s'installe. Le forfait, lui, a bien été payé. « Depuis le début des intempéries, je n'arrive presque plus à parler à mes parents. Chaque heure sans nouvelles augmente mon inquiétude », confie une proche, sous couvert d'anonymat.

Société

Publié le 29-Octobre-2026

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À Deschapelles, la peur a pris la place du calme. Depuis le dimanche 25 octobre 2026, des individus armés sont signalés aux abords de cette commune de l'Artibonite. Des habitants joints par téléphone parlent d'une présence qui ne s'éloigne pas et qui grandit d'heure en heure. Ils ont lancé un appel pressant aux forces de l'ordre pour que la commune ne tombe pas à son tour sous la coupe des groupes armés. Dans ce message, une inquiétude revient plus que toutes les autres : le sort de l'hôpital Albert Schweitzer. Pour les riverains, protéger Deschapelles revient d'abord à protéger cet établissement.


Un hôpital qui a fait grandir la commune
L'hôpital Albert Schweitzer Haiti ouvre ses portes le 26 juin 1956, dans la vallée de l'Artibonite. Il doit son existence à Larry et Gwen Mellon, un couple américain inspiré par l'œuvre du docteur Albert Schweitzer au Gabon. Larry Mellon et son épouse y ont consacré le reste de leur vie. Il est mort en 1989, elle en 2000.

En près de soixante-dix ans, l'établissement est devenu bien plus qu'un hôpital. Il soigne les patients de toute une région qui compte plusieurs centaines de milliers d'habitants et mène aussi des actions de santé communautaire. Deschapelles, simple bourg tranquille à l'origine, a grandi autour de lui. Des familles s'y sont installées pour y trouver du travail et des soins.

Une liste d'hôpitaux qui s'allonge
La menace qui pèse sur Deschapelles survient dans un contexte déjà lourd pour le système de santé haïtien. Selon la presse en ligne, l'Hôpital de l'Université d'État d'Haïti, plus connu sous le nom d'hôpital général, ainsi que l'Hôpital universitaire de Mirebalais, sont aujourd'hui sous le contrôle de groupes armés. Si Deschapelles basculait à son tour, l'Artibonite perdrait un pilier de son offre de soins, dans un pays où les structures encore debout se font rares.

Pour les malades, les conséquences seraient immédiates. Il faudrait parcourir de plus longues distances, sur des routes peu sûres, pour atteindre un autre établissement. Les femmes enceintes, les enfants et les blessés seraient les premiers touchés.

Une région où l'insécurité gagne du terrain
Dans l'Artibonite, les gangs continuent d'étendre leur emprise. La Police nationale d'Haïti y a pourtant dépêché des renforts le 18 octobre. Ils n'ont pas inversé la tendance sur le terrain. Le groupe dénommé « gran grif », installé à Savien, domine déjà une partie du département.

Au même moment, l'attention des autorités reste largement tournée vers la région métropolitaine de Port-au-Prince. Depuis l'attaque du 18 octobre contre quatre techniciens militaires salvadoriens de la Force de répression des gangs, à Santo 17, dans la commune de Croix-des-Bouquets, plusieurs fiefs de gangs sont visés par des opérations. À ce jour, aucun chef de gang connu n'a été tué ou arrêté.

Ce que réclament les habitants
À Deschapelles, la demande est claire : un déploiement rapide de policiers pour sécuriser la commune et préserver l'hôpital. Les habitants rappellent qu'il ne s'agit pas seulement de défendre un bâtiment, mais un service dont dépendent des milliers de vies. Reste à savoir si l'État entendra cet appel avant que les armes ne parlent.

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Maxime Daniel ETIENNE

Journaliste

maximedanieletienne@gmail.com

+509 4133-8168


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