Élections en Haïti : le Canada s'inquiète de la candidature de personnalités sanctionnées
Ottawa appelle le CEP à faire respecter strictement les lois électorales, sans désigner de candidat.
Publié le 01-Novembre-2026
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Le Canada a exprimé sa préoccupation face à la volonté de personnes visées par des sanctions internationales de se présenter aux prochaines élections en Haïti. Dans une déclaration publiée vendredi 30 octobre par Affaires mondiales Canada, intitulée « L'intégrité du processus électoral en Haïti et les sanctions », Ottawa estime que ces candidatures risquent d'affaiblir la confiance du public dans le scrutin.
Le texte rappelle que les sanctions canadiennes visent des personnes liées à la violence, à la corruption, aux violations des droits de la personne ou à la déstabilisation du pays, notamment par la complicité avec des gangs armés, les trafics illicites et le blanchiment d'argent. Le Canada réaffirme la légitimité de ces mesures et la nécessité de les maintenir. Selon lui, la participation de ces personnes pourrait compromettre le rétablissement d'une gouvernance démocratique.
Ottawa appelle les autorités haïtiennes, en particulier le Conseil électoral provisoire (CEP), à veiller au strict respect des lois et règlements électoraux. La déclaration reste toutefois prudente. Elle ne cite aucun nom, ne se prononce sur la recevabilité d'aucune candidature et ne précise pas les conséquences juridiques que les autorités haïtiennes devraient tirer de ces sanctions. Le Canada réaffirme enfin son soutien à un processus dirigé par les Haïtiens et rappelle qu'il appartient au peuple haïtien de choisir ses dirigeants.
Cette prise de position intervient au lendemain d'une démarche similaire de l'Union européenne, qui avait appelé à préserver la crédibilité des élections.
Trois candidats concernés
Même sans les nommer, la déclaration canadienne s'inscrit dans un contexte précis. Selon le suivi électoral de Haïti Policy House, qui s'appuie sur les listes officielles, trois des seize candidats à la présidence figurant sur la liste préliminaire du 19 octobre font l'objet de sanctions. L'ancien président Michel Martelly est visé par les États-Unis, le Canada et l'Union européenne. L'ancien président de la Chambre des députés Gary Bodeau l'est par les États-Unis et le Canada, et l'ancien président provisoire Jocelerme Privert par le Canada. Les treize autres candidats de cette liste ne figurent sur aucune de ces listes, dans les sources consultées. Depuis, le nombre d'inscrits a augmenté : au moins 19 personnes se sont enregistrées sur le site du CEP, selon Le Devoir.
Ces candidatures sont devenues possibles après une décision du CEP. Le 9 octobre, l'institution a supprimé une disposition qui visait les candidats sanctionnés par des pays étrangers. Une sanction américaine, canadienne ou européenne n'est donc plus, à elle seule, un motif d'exclusion. Seules les personnes sanctionnées par le Conseil de sécurité de l'ONU restent écartées par le décret électoral, et Michel Martelly ne figure pas sur cette liste, selon HaïtiLibre.
Un calendrier encore ouvert
Le CEP n'a pas encore tranché. Selon le calendrier révisé publié le 28 octobre, rapporté par Karibinfo à partir d'informations du Nouvelliste, l'inscription en ligne des candidats à la présidence, au Sénat et à la députation est prolongée jusqu'au 15 novembre 2026. La liste définitive des candidats agréés est attendue le 11 janvier 2027. Le premier tour des élections est fixé au 18 juillet 2027, et le second au 4 octobre de la même année.
D'ici là, le CEP devra examiner chaque dossier et répondre aux contestations éventuelles. La déclaration du Canada, comme celle de l'Union européenne, ajoute à la pression diplomatique sur l'institution électorale, sans lui dicter de décision. Haïti n'a pas organisé d'élections depuis 2016 et n'a plus de président élu depuis l'assassinat de Jovenel Moïse en 2021.
Maxime Daniel ETIENNE
Journaliste
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