République dominicaine : le pays qui vend du rêve et exporte des alertes

Il y a deux façons de parler de la République dominicaine. Celle des affiches publicitaires, qui promettent un paradis à 8 heures de vol. Et celle des chancelleries, qui publient des avertissements que le pays préférerait voir disparaître. Entre les deux, il y a un gouffre. Et ce gouffre a un nom : l’alerte du 30 octobre 2026.

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Publié le 01-Novembre-2026

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Ce jour-là, l’ambassade des États-Unis à Saint-Domingue a prévenu ses ressortissants : des voyageurs, y compris des Américains, ont été drogués, puis volés et/ou agressés sexuellement. Les criminels utilisent les applications de rencontre et les bars. Ils frappent dans les hôtels, les motels et les locations de courte durée c’est-à-dire dans les endroits mêmes que le pays vend comme sûrs. Ce n’est pas un fait divers : c’est une politique de prévention. Washington maintient le pays au niveau 2 (« Faire preuve de prudence ») depuis juin 2025, pour vols, homicides et agressions sexuelles. Le pays est donc officiellement, aux yeux de son premier partenaire touristique, une destination à risque.

Paris ne dit pas autre chose, mais le dit plus durement. Le Quai d’Orsay évoque une « augmentation constante de la délinquance », des vols à l’arraché aux agressions à main armée, de jour comme de nuit, et l’associe au trafic de drogues. Il nomme les zones à risque : Punta Cana et ses abords, la Zone coloniale de Saint-Domingue, Las Terrenas. Il recommande de ne pas marcher avec son téléphone à la main, de ne rien laisser dans les véhicules les vols par bris de vitre sont « fréquents » et de ne pas se promener seul sur les plages la nuit. Les plages. Celles qui figurent sur toutes les brochures.

Ottawa classe le pays en « prudence élevée » et rappelle que la frontière avec Haïti est fermée, la région de Dajabón étant « hautement imprévisible », avec des services d’urgence « souvent indisponibles ». Trois gouvernements occidentaux, trois avertissements, une même conclusion : le pays n’est pas aussi sûr qu’il le prétend.

Le gouvernement dominicain, lui, célèbre une baisse de 40,5 % des vols. Mais son propre communiqué admet que « l’inquiétude persiste parmi les résidents et les touristes étrangers, en particulier en dehors des complexes hôteliers ». C’est l’aveu le plus précieux : à l’intérieur des murs, il y a la sécurité privée ; à l’extérieur, il y a la réalité que l’alerte américaine vient de documenter. Et les criminels n’ont plus besoin de forcer une porte : ils attendent qu’on leur ouvre, via une application, un verre, un sourire. Le pays vend la confiance ; les criminels l’exploitent.

Reste le revers le plus sombre. Amnesty International documente une « discrimination raciale structurelle et généralisée » et, en 2025, l’expulsion de 265 215 Haïtiens, dont 1 057 femmes enceintes et 3 000 femmes allaitantes. Un pays qui vend du rêve aux touristes et expulse des femmes enceintes n’a pas seulement un problème de sécurité. Il a un problème d’image qu’aucune campagne publicitaire ne corrigera.

La carte postale est magnifique. C’est précisément pour cela qu’on oublie de la retourner.


Sources : alerte de l’ambassade des États-Unis (30 octobre 2026) ; avis de voyage du Département d’État ; conseils aux voyageurs du Quai d’Orsay ; avis du gouvernement canadien ; statistiques officielles dominicaines ; rapport annuel 2026 d’Amnesty International. Aucun fait inventé.

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Maxime Daniel ETIENNE

Journaliste

maximedanieletienne@gmail.com

+509 4133-8168


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