Haïti n’est pas votre terrain de conquête
Santiago Matías parle comme si le volume de sa voix pouvait remplacer la valeur de ses arguments. Il confond l’audience avec l’autorité, la provocation avec le courage et l’arrogance avec la légitimité morale.
Publié le 01-Novembre-2026
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Depuis son écran, il appelle à envahir Haïti et interpelle Nayib Bukele comme si le destin d’un peuple pouvait se décider dans un message publié entre deux séquences de spectacle. Mais un micro ne transforme pas un polémiste en stratège. Une audience ne transforme pas une menace en politique. Et le mépris n’a jamais constitué une doctrine de sécurité.
Haïti n’est ni votre décor, ni votre cible, ni votre butin. C’est une nation souveraine, avec une histoire, une dignité et un peuple qui n’attend pas qu’un influenceur étranger lui explique comment survivre aux conséquences de crises qu’il ne comprend manifestement pas.
Les chiffres que votre discours veut cacher
Les rapports du Groupe d’experts des Nations unies documentent le détournement de *908 001 articles*, principalement des munitions, depuis les stocks de la Police nationale dominicaine, dont notamment :
- plus de 489 000 cartouches de 9 mm ;
- environ 230 000 cartouches de 5,56 × 45 mm ;
- environ 26 000 cartouches de 7,62 × 39 mm ;
- environ 93 000 cartouches de calibre 12 .
Ces chiffres ne signifient pas que chaque munition a été utilisée par un seul gang ni que la totalité est entrée en Haïti. Ils démontrent néanmoins l’existence de détournements massifs qui exigent des enquêtes, des saisies, des poursuites et des comptes à rendre.
Voilà le vrai débat, celui que les slogans d’invasion cherchent à étouffer : comment ces armes ont-elles été détournées, qui les a achetées, qui les a transportées et par quels réseaux ont-elles alimenté le marché clandestin haïtien ? Une cargaison interceptée en République dominicaine en février 2025 comprenait notamment un fusil Barrett M82, des fusils de précision, une mitraillette Uzi et plus de 36 000 cartouches. Pendant que certains rêvent de conquête, les armes, elles, franchissent les frontières parfois bien plus facilement que la vérité.
Les balles ne connaissent pas les discours
Il ne s’agit pas d’accuser tous les Dominicains. Les peuples ne sont pas des gangs, et les criminels ne représentent pas une nation entière. Mais il faut cesser de jouer à l’innocence géographique. Le pays que vous voulez envahir est déjà victime de balles et de munitions provenant de stocks dominicains, détournées puis acheminées vers des réseaux criminels en Haïti.
Avant de jouer au conquérant, expliquez donc :
- comment ces arsenaux ont été infiltrés ;
- comment ces munitions ont quitté les stocks officiels ;
- qui les a achetées ;
- qui les a transportées ;
- qui les a revendues ;
- et qui les a laissées passer.
Voilà le débat sérieux. Le reste n’est que théâtre, chauvinisme et diversion.
Un dossier qui appelle des réponses
D’après des archives de presse dominicaines, le 3 février 2010, Santiago Matías aurait été interpellé par la Dirección Nacional de Control de Drogas , la DNCD, alors qu’il se trouvait au consulat des États-Unis à Saint-Domingue pour solliciter un visa.
Ces archives rapporteraient qu’il était recherché dans le cadre d’une affaire liée à l’envoi présumé de « mules » transportant de la cocaïne et de l’héroïne vers l’Europe. Ces éléments doivent être vérifiés dans les documents judiciaires officiels : une interpellation ou une accusation ne constitue pas une condamnation définitive.
Mais poser des questions n’est pas condamner. C’est exiger de la transparence.
Y a-t-il eu un jugement ? Un classement ? Un acquittement ? Une décision officielle ? Ou un accord judiciaire ?
Je ne dis pas qu’il y a eu arrangement. Je pose une question. Et cette question est légitime, surtout lorsqu’une personne qui réclame l’invasion d’un pays et condamne collectivement un peuple prétend s’ériger en arbitre de la morale et de la sécurité.
La présomption d’innocence protège Santiago Matías, comme elle protège chaque citoyen. Mais elle ne lui donne ni blanc-seing moral, ni droit de condamner tout un peuple, ni autorisation de transformer la haine en programme politique.
Une accusation n’est pas une condamnation. Mais une grande audience n’est pas une absolution.
L’arrogance ne fait pas une politique
Matías voudrait présenter Haïti comme le problème unique, éternel et absolu. C’est la paresse intellectuelle dans sa forme la plus bruyante : on désigne un peuple affaibli, on efface le contexte, on oublie les trafics transfrontaliers et l’on se proclame sauveur. Mais une invasion ne supprimera pas les gangs par magie. Elle tuera des civils, aggravera les déplacements, élargira le chaos et transformera une crise sécuritaire en catastrophe régionale.
Haïti a besoin d’institutions renforcées, de justice, de contrôle des frontières, de coopération internationale et de dirigeants responsables. Il n’a pas besoin d’un conquérant de studio qui transforme la souffrance d’un peuple en contenu viral.
Matías, voici la réponse
Monsieur Matías, avant de rêver d’invasion, lisez les rapports de l’ONU. Ils documentent le détournement de 908 001 articles, principalement des munitions, depuis les stocks de la Police nationale dominicaine : plus de 489 000 cartouches de 9 mm, 230 000 de 5,56 mm, 26 000 de 7,62 mm et 93 000 cartouches de calibre 12.
-Ces chiffres ne condamnent pas tous les Dominicains. Ils posent des questions aux trafiquants, aux complices et aux institutions responsables : comment ces armes ont-elles quitté les arsenaux et alimenté les réseaux criminels en Haïti ?
-Le pays que vous voulez envahir est déjà victime de balles provenant de stocks dominicains détournés vers des réseaux criminels. Avant de jouer au conquérant, commencez par demander des comptes à ceux qui ont détourné, vendu, transporté ou laissé passer ces armes.
-Les archives de presse rapportent également votre interpellation présumée par la DNCD, le 3 février 2010, dans le cadre d’une affaire liée à l’envoi présumé de « mules » vers l’Europe. Je ne dis pas qu’il y a eu arrangement. Je pose une question : y a-t-il eu jugement, classement, acquittement ou décision officielle ?
-Vous bénéficiez de la présomption d’innocence. Mais cette présomption ne vous donne pas le droit de condamner tout un peuple. Haïti n’est ni votre cible, ni votre spectacle, ni votre butin. Notre souveraineté n’est pas négociable.
-Vous avez peut-être un micro, mais vous n’avez pas reçu mandat pour déclarer la guerre. Vous avez peut-être une audience, mais vous n’avez pas acquis la vérité. Et vous parlez peut-être très fort, mais le bruit ne couvrira jamais les questions auxquelles vous devez répondre.
-On ne sauve pas une île en menaçant un peuple. On ne combat pas les gangs en alimentant la haine. On ne devient pas moralement supérieur en parlant plus fort que les victimes.
-Avant de demander des comptes à Haïti, Santiago Matías devrait commencer par répondre aux questions que son propre parcours public soulève.
Maxime Daniel ETIENNE
Journaliste
maximedanieletienne@gmail.com
+509 4133-8168
