Haïti : quand l’innocence des filles déplacées se monnaie dans l’indifférence des puissants

Chaque jour, une adolescente franchit la frontière de l’enfance vers l’exploitation. Chaque nuit, le viol devient routine. Et dans les camps, les cris s’étouffent sous la bâche bleue des tentes.

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Publié le 19-Septembre-2025

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Il y a des camps en Haïti où la faim ne se mesure pas seulement dans les ventres vides, mais aussi dans les regards perdus des jeunes filles. Là, entre les tentes trouées et les bâches de fortune, la survie a trouvé une nouvelle devise : le corps des enfants.
Un repas, un peu d’argent, une promesse de protection : voilà le prix de l’innocence.

Les camps, cimetières d’innocence
À Delmas 33, au Lycée Anténor Firmin, dans d’autres sites de fortune de Port-au-Prince, des adolescentes sont chaque nuit contrainte à la prostitution de survie. Certaines ont 12 ou 13 ans. D’autres sont violées par des gangs qui font régner leur loi dans ces zones abandonnées. Les toilettes sans verrou, l’obscurité, l’absence de police et de justice font de ces lieux des pièges à ciel ouvert.

Les bourreaux n’ont pas toujours des armes : parfois ce sont des voisins, parfois même ceux qui devraient protéger. Et chaque viol s’ajoute à la longue liste des crimes enterrés dans le silence.

Le bal des hypocrites
Pendant ce temps, le pays est gouverné par des hommes et des femmes qui s’agitent dans les salons climatisés : les membres du Conseil présidentiel de transition et leur Premier ministre. Vous publiez des communiqués, vous organisez des conférences, vous alignez des promesses comme on aligne des chaises vides.

Et vous, là, dans vos fauteuils dorés : avez-vous seulement imaginé une seconde que ces jeunes filles pourraient être vos filles, vos sœurs, vos cousines, vos mamans ?
Eske sa pa di w anyen ?
Vous restez indifférents, comme si la douleur ne vous concernait pas, comme si vos discours pouvaient panser les plaies.


Les grandes organisations, comptables du désastre
Et que dire des grandes ONG, des agences internationales ? Vous adorez compter les victimes. Vous savez écrire : « 300 000 déplacées », « 65 % de cas de viols », « 10 % contraintes à la prostitution ». Vous publiez des rapports impeccables, avec graphiques et pourcentages. Mais les victimes, elles, continuent de mourir à petit feu dans vos statistiques.

Le monde vous paie pour compter, pas pour sauver. Voilà l’ironie : des vies se réduisent à des chiffres dans vos PDF, et cela vous suffit.

Une tragédie que l’on regarde de loin
Chaque jour, une adolescente franchit la frontière de l’enfance vers l’exploitation. Chaque nuit, le viol devient routine. Et dans les camps, les cris s’étouffent sous la bâche bleue des tentes.

Pendant que les puissants calculent leurs privilèges, une génération est sacrifiée.
Haïti n’a pas besoin de plus de discours ni de statistiques : elle a besoin d’action, de courage, de justice.


Les camps de déplacés sont devenus les vitrines de notre faillite collective. La prostitution infantile, les viols, l’exploitation sexuelle ne sont pas des accidents : ce sont des crimes que l’État tolère et que le monde enregistre sans agir.

À vous, membres du CPT et Premier ministre, une dernière question : si demain c’était vos propres enfants derrière ces bâches de fortune, continueriez-vous à gouverner avec ce même silence ? Ou bien oseriez-vous enfin agir?

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Maxime Daniel ETIENNE

Journaliste

maximedanieletienne@gmail.com

+509 4133-8168


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