CULTURE

Wendyyy, l’infini en neuf mouvements : voyage au cœur de Pi

Quand le rap devient confession Il y a des albums qui arrivent comme des produits. D’autres arrivent comme des déclarations. Pi appartient à cette seconde catégorie. Sa sortie ne se résume pas à une date ajoutée à une discographie. Elle s’inscrit dans le parcours d’un artiste qui a toujours compris que le rap n’était pas seulement une affaire de rimes, de rivalité ou de prestige, mais aussi une manière de raconter les blessures, les ambitions et les contradictions d’une génération. En neuf titres, Wendyyy ne renonce pas à son assurance. Mais il accepte de laisser filtrer autre chose : une sensibilité moins exposée, une foi plus visible, une parole qui ne cherche pas toujours à dominer, mais parfois simplement à être comprise. Pi, un titre comme une énigme Le choix du titre n’est pas anodin. « Pi » est un symbole connu pour sa complexité et son caractère infini. Il ne se laisse jamais enfermer dans une formule définitive. Cette idée semble accompagner l’album. Wendyyy y apparaît sous plusieurs visages : conquérant, amoureux, croyant, philosophe, homme blessé et artiste en mouvement. Aucun de ces visages ne suffit à le définir seul. C’est peut-être là que se trouve la véritable ambition du projet : rappeler qu’un artiste ne se résume jamais à l’image que le public a construite de lui. Neuf portes vers un même univers L’album s’ouvre avec « Frank Etienne » , une référence qui installe immédiatement une dimension intellectuelle et culturelle. Il se poursuit avec « Assez » , « Sa Pa Gadem » , « Pou Ou » , « Benit Soit Leternel » , « Monte Desann » , « Paskew Pa Konnen » , « Stoicien » , avant de se refermer sur « Pi » . Cette construction donne au projet l’allure d’un voyage. Chaque morceau semble ouvrir une porte différente, mais toutes conduisent vers le même lieu : l’esprit d’un artiste qui cherche à comprendre son époque tout en affirmant sa propre place. La brièveté de l’album joue en sa faveur. En environ 25 minutes, Wendyyy évite les détours inutiles et propose une écoute relativement compacte. Chaque titre doit alors porter sa propre charge émotionnelle et contribuer à l’équilibre général du projet. « Pou Ou », quand le « King » baisse la garde Au cœur de l’album, « Pou Ou » , enregistré avec Teddy Hashtag, apporte une respiration particulière. Ici, la parole ne semble pas chercher l’affrontement. Elle se rapproche de l’intime. La chanson évoque l’amour, l’attachement et les tensions qui peuvent surgir lorsqu’une relation doit affronter le regard ou la résistance de la famille. Wendyyy y apparaît moins comme celui qui veut avoir raison que comme celui qui veut défendre un lien. Cette dimension donne au morceau une résonance particulière. Beaucoup d’auditeurs peuvent s’y reconnaître : aimer dans un monde où les relations ne dépendent jamais uniquement de deux personnes, mais aussi des attentes, des jugements et des blessures héritées. « Pou Ou » s’est rapidement distingué dans l’espace numérique. Des chiffres relayés par Bèlide Magazine faisaient état de plus de 32 000 utilisations sur TikTok et de plus de 454 000 vues sur YouTube au moment de la publication de l’article. Ces données restent évolutives et doivent être replacées dans leur contexte temporel. La foi au milieu du bruit Avec « Benit Soit Leternel » , l’album change de lumière. Après l’amour et les tensions humaines, la voix s’élève vers une dimension spirituelle. Dans un univers musical souvent dominé par la compétition et l’apparence, ce titre rappelle que la réussite peut aussi être vécue comme une grâce, une responsabilité ou une dette envers Dieu. La foi devient alors un point d’ancrage, peut-être même une manière de ne pas se perdre dans le bruit de la célébrité. Wendyyy ne se contente pas d’affirmer ce qu’il possède. Il semble également reconnaître ce qui le dépasse. La philosophie de la résistance Le titre « Stoicien » évoque une attitude de maîtrise et d’endurance. Il suggère un homme qui encaisse, observe, se contrôle et continue d’avancer malgré les secousses. Cette posture traverse une grande partie de l’univers de Wendyyy. Mais dans Pi, elle semble prendre une dimension plus réfléchie. La résistance n’est plus seulement une manière de répondre aux adversaires ; elle devient une discipline intérieure. Ne pas céder. Ne pas se laisser définir par les critiques. Ne pas abandonner lorsque le chemin se complique. Voilà ce que le mot « stoïcien » peut suggérer dans le contexte de l’album, même si seule une analyse complète des paroles permettrait d’en fixer le sens exact. L’amour, la mémoire et les blessures L’intérêt de Pi tient aussi à ce qu’il ne présente pas la réussite comme une ligne droite. Derrière l’image du rappeur sûr de lui, l’album laisse entrevoir des tensions, des doutes et des blessures. La famille, les relations, le regard des autres et la nécessité de prouver sa valeur composent une matière émotionnelle importante. Wendyyy semble comprendre que le public ne recherche pas seulement des phrases fortes. Il veut aussi entendre des expériences qui ressemblent aux siennes. Cette proximité transforme le rap en miroir. Dans les mots de l’artiste, l’auditeur ne cherche pas uniquement une performance : il cherche parfois une confirmation, une consolation ou une force. Des voix qui élargissent le récit Wendyyy invite Thelo et El Socrato sur « Sa Pa Gadem » , tandis que Teddy Hashtag partage avec lui « Pou Ou ». Ces collaborations donnent au projet des nuances supplémentaires. Un invité bien choisi ne vient pas seulement ajouter une voix. Il déplace l’atmosphère, modifie la couleur du morceau et oblige l’artiste principal à sortir de ses habitudes. Dans Pi, ces présences contribuent à élargir le récit et à rapprocher l’album de plusieurs sensibilités du public haïtien. Elles rappellent aussi que le rap n’est pas une île isolée. Il se construit dans la rencontre, la confrontation et la circulation des énergies.

Citadelle : démission choc de Jean Garry Denis, le gouvernement acculé par ses propres défaillances

Un séisme politique ébranle les plus hautes sphères de l’État après le drame de la Citadelle Laferrière. La démission fracassante de Jean Garry Denis, adressée au Premier ministre intérimaire Alix Didier Fils-Aimé, met à nu les failles profondes d’un système incapable d’assurer la protection du patrimoine national. Dans une correspondance officielle datée du 13 avril 2026 et adressée au chef du gouvernement, l’ex-directeur général du ministère de la Culture et de la Communication annonce sa démission avec effet au plus tard le 1er mai 2026. Il évoque une décision « mûrement réfléchie », motivée par des constats personnels profonds. Au cœur de sa lettre, un désaccord de fond apparaît clairement : Jean Garry Denis dénonce une incompatibilité entre ses convictions notamment en matière de protection des biens culturels, de valorisation de l’identité nationale et de financement des activités culturelles et l’orientation stratégique actuellement adoptée au sein du ministère. Il affirme, en substance, qu’il lui est impossible de travailler avec conviction dans un tel cadre. Derrière la prudence du langage administratif, le message est sans équivoque : c’est un désaveu direct de la gouvernance actuelle. Une rupture nette qui intervient dans un contexte de crise, quelques jours seulement après le drame survenu à la Citadelle. Car la question centrale demeure : comment un site aussi emblématique a-t-il pu être laissé sans encadrement suffisant ? Pourquoi aucune mesure préventive sérieuse n’a-t-elle été mise en place ? Et surtout, pourquoi l’État semble-t-il incapable de fournir des réponses claires après une tragédie d’une telle ampleur ? La démission de Jean Garry Denis agit comme un révélateur brutal d’un dysfonctionnement plus large. Elle met en lumière un État qui peine à protéger ses symboles, à anticiper les risques et à assumer ses responsabilités. Dans l’opinion publique, la pression s’intensifie. Plusieurs voix exigent désormais des mesures concrètes et des sanctions immédiates. Le ministre de la Culture et de la Communication, la ministre du Tourisme, le ministre de l’Intérieur ainsi que le directeur général de l’ISPAN sont directement pointés du doigt, certains appelant ouvertement à leur départ. Au-delà des individus, c’est toute une culture de gouvernance qui est remise en cause : une gestion réactive plutôt que préventive, une communication floue, et une absence persistante de reddition de comptes. Ce nouvel épisode dépasse le cadre d’une simple démission. Il s’agit d’un test majeur pour un pouvoir fragilisé, désormais sommé de prouver qu’il peut encore assumer ses responsabilités. Faute de quoi, la crise de confiance pourrait atteindre un point de rupture irréversible.

RTVHAITI INVESTIGATION DOSSIER SPÉCIAL CITADELLE HENRY : COMPRENDRE UN DRAME HUMAIN ET INSTITUTIONNEL

INTRODUCTION GÉNÉRALE Le 11 avril 2026, la Citadelle Henry, symbole majeur du patrimoine historique haïtien, a été le théâtre d’un drame marqué par une bousculade ayant entraîné des pertes en vies humaines. À partir du rapport officiel de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National (,"ISPAN","Institut de Sauvegarde du Patrimoine National"]), ce dossier de RTVHAITI INVESTIGATION propose une lecture complète et structurée des événements. L’objectif n’est pas de juger, mais de comprendre : comprendre comment une journée de visite a basculé dans une situation de crise, et pourquoi les mécanismes de prévention n’ont pas suffi à empêcher le drame. UNE JOURNÉE QUI BASCULE Ce qui devait être une journée de fréquentation touristique normale s’est transformé en un événement de forte affluence difficile à maîtriser. Selon le rapport de l’ISPAN, la Citadelle Henry a connu une arrivée massive de visiteurs, principalement des jeunes, dans un contexte post-Semaine sainte. Cette affluence aurait été amplifiée par des appels diffusés sur les réseaux sociaux, sans coordination préalable avec les institutions responsables de la gestion du site. Très rapidement, le site s’est retrouvé dans une situation de tension progressive, sans dispositif pleinement adapté à l’intensité du flux. L’ENGRENAGE SUR LE TERRAIN Face à l’afflux croissant, des agents municipaux ont été déployés aux entrées du site. Le rapport indique que leur intervention s’est principalement concentrée sur le contrôle des accès, dans un contexte de forte pression humaine. Progressivement, la configuration des entrées est devenue problématique : une seule voie de passage est restée fonctionnelle, tandis qu’une autre porte était fermée. Aucune séparation claire n’a été mise en place entre les personnes entrant et celles sortant. Dans ces conditions, deux mouvements contraires se sont retrouvés face à face au même point de passage. LE MOMENT CRITIQUE Au fil des heures, la situation s’est tendue. Des visiteurs tentaient de quitter le site, tandis que d’autres cherchaient encore à y entrer. La pluie est venue compliquer davantage les déplacements, rendant les mouvements plus lents et plus difficiles. Le point d’accès principal a progressivement atteint un niveau de saturation critique. C’est dans ce contexte qu’une bousculade s’est produite, entraînant des pertes en vies humaines et des blessés. CE QUE LE RAPPORT MONTRE SUR LE FOND Au-delà de l’événement lui-même, le rapport met en lumière plusieurs réalités structurelles. Il ressort notamment que le site ne disposait pas d’un dispositif permanent suffisamment structuré pour gérer ce type d’affluence exceptionnelle. La gestion impliquait plusieurs acteurs institutionnels, mais sans véritable coordination unifiée capable de prendre le relais en situation de crise. Le système de gestion des flux, élément central dans ce type d’infrastructure, n’était pas suffisamment opérationnel pour absorber une montée rapide de fréquentation. UNE ALERTE AVANT LE DRAME Le rapport rappelle qu’une alerte avait été formulée dès le 20 mars 2026 par les services de l’ISPAN. Cette alerte signalait le risque d’une affluence importante et recommandait un renforcement du dispositif de sécurité, ainsi qu’une meilleure organisation des flux de visiteurs. Cependant, selon les éléments disponibles, ces recommandations n’ont pas été entièrement traduites en dispositif opérationnel sur le terrain. UNE COORDINATION FRAGILE La gestion du site repose sur plusieurs institutions : autorités nationales, autorités locales et forces de sécurité. Dans la pratique, cette organisation n’a pas toujours permis une coordination fluide et rapide au moment de la montée de la crise. Le rapport décrit ainsi une situation où chaque acteur intervient dans son champ de compétence, mais sans mécanisme unifié de commandement en situation d’urgence. ENTRE GESTION ADMINISTRATIVE ET EXIGENCE DE SÉCURITÉ Dans la dynamique de l’événement, la gestion des accès a joué un rôle central. Les opérations sur le terrain ont combiné contrôle des entrées et contraintes organisationnelles, dans un contexte de forte affluence. L’absence de séparation des flux entrants et sortants a contribué à créer une situation de blocage progressif au niveau des passages. UNE NOUVELLE RÉALITÉ : L’EFFET DES RÉSEAUX SOCIAUX Le rapport met également en évidence un facteur devenu incontournable dans la gestion des foules modernes : les réseaux sociaux. Une mobilisation rapide, spontanée et massive peut désormais transformer en quelques heures un site touristique en zone de forte pression humaine. Cette réalité impose de nouveaux outils de veille et d’anticipation, encore insuffisamment développés. CE QUI RESTE À ÉCLAIRCIR Malgré les éléments disponibles, plusieurs zones restent encore à préciser dans le cadre des enquêtes en cours : Les décisions exactes prises au moment de la restriction des accès ; -Le niveau réel de coordination entre les différents acteurs ; -L’application effective des recommandations formulées avant l’événement ; -Les modalités de gestion de la foule au moment critique ; -Le rôle précis des dynamiques de mobilisation en ligne. Ces éléments nécessitent des investigations complémentaires. CONCLUSION GÉNÉRALE Le drame de la Citadelle Henry ne peut être réduit à un seul facteur. Il résulte d’une combinaison de conditions humaines, organisationnelles et institutionnelles qui, ensemble, ont dépassé la capacité de gestion du site. Au-delà des responsabilités individuelles, cet événement met en lumière une question essentielle : comment adapter la gestion des sites patrimoniaux haïtiens à des dynamiques de fréquentation de plus en plus rapides, imprévisibles et amplifiées par le numérique ? RTVHAITI INVESTIGATION

Fantom choisit Limonade : le retour d’un souffle sur Haïti

La pluie tombe, le sol tremble, et une voix traverse les nuages : Fantom revient en Haïti. Limonade n’est pas sa naissance, mais elle devient son choix, son refuge, son nouveau royaume. Sous une pluie battante, le vent emporte les échos d’un exil trop long. Fantom, légende du Barikad Crew, se tient là, sur une scène trempée, et chaque goutte semble danser avec ses mots. Il n’est pas né ici, mais aujourd’hui, il adopte Limonade. La ville devient sa racine, son port, le sol où il déposera ses rêves et ses rimes. Les années passées en République dominicaine ont laissé leurs cicatrices : arrestation, détention, frontières fermées. Mais derrière la peur, une force silencieuse a grandi. Sur scène, sous la pluie, cette force éclate en notes et en vers. La ville retient son souffle. Chaque parole est une libération, chaque pas une déclaration : « Je choisis ce pays, je choisis cette ville, je choisis de revenir. » Fantom ne ramène pas seulement sa musique : il transporte ses espoirs, ses luttes et sa lumière. Limonade devient alors plus qu’un lieu : un symbole, un théâtre où la résilience prend forme, où la musique devient manifeste, où chaque goutte de pluie se fait applaudissement. Adopter Limonade, c’est transformer l’exil en retour, la pluie en rythme, et la ville en maison. Fantom n’est plus seulement un artiste : il est un souffle nouveau sur Haïti, une invitation à croire que choisir, revenir et rêver sont des actes de courage.

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SANTé

Guerlency Michel : un médecin haïtien au service de la santé publique

Originaire d’Haïti, Guerlency Michel a commencé sa carrière dans son pays, où il a travaillé auprès de populations confrontées à d’importantes difficultés sanitaires et sociales. Entre 2013 et 2019, il a notamment exercé au Centre de santé mentale de Morne Pelé, au Cap-Haïtien. Cette expérience a nourri son intérêt pour les enjeux de santé publique et pour les conséquences des crises sur les communautés les plus vulnérables. Son parcours professionnel l’a ensuite conduit en Belgique, où il s’est spécialisé dans le domaine de la transfusion sanguine. Cette discipline joue un rôle essentiel dans les hôpitaux, notamment pour assurer la disponibilité, la qualité et la sécurité du sang destiné aux patients. Une expertise dans la transfusion sanguine Guerlency Michel exerce des responsabilités dans le secteur de la collecte des produits sanguins. Son travail consiste notamment à superviser les opérations de collecte, à coordonner les équipes médicales et infirmières et à veiller au respect des normes de sécurité. Il intervient également dans le domaine de l’hémovigilance. Cette activité permet de suivre le parcours des produits sanguins, depuis leur prélèvement jusqu’à leur administration au patient. Elle contribue à prévenir les incidents, à analyser les réactions indésirables et à améliorer continuellement la sécurité des transfusions. Derrière chaque don de sang se trouve une organisation complexe et rigoureuse. La mission des professionnels comme Guerlency Michel est de garantir la confiance des donneurs et la protection des patients. Son travail exige une grande précision, un sens élevé des responsabilités et une collaboration constante avec les établissements de santé. Un chercheur engagé sur les réalités haïtiennes En 2020, Guerlency Michel a consacré un mémoire à la vulnérabilité sanitaire et sociale en Haïti pendant la crise de la COVID-19. Dans le cadre de cette recherche menée à l’Université de Liège, il s’est intéressé aux conséquences de la pandémie sur la population haïtienne et aux difficultés rencontrées par les professionnels de santé. Son étude s’appuyait notamment sur des entretiens avec des professionnels impliqués dans la prise en charge de la COVID-19 ainsi que sur une enquête menée auprès de plus d’un millier de personnes en Haïti. Cette recherche souligne l’importance de mieux préparer les systèmes de santé aux situations d’urgence. Elle met également en évidence le lien entre la pauvreté, les inégalités sociales, l’accès aux soins et la capacité d’un pays à faire face à une crise sanitaire. Un parcours qui honore la diaspora haïtienne Le parcours de Guerlency Michel illustre la contribution de nombreux professionnels haïtiens établis à l’étranger. Dans les hôpitaux, les universités, les laboratoires et les institutions publiques, la diaspora haïtienne participe au développement des sociétés qui l’accueillent. Son expérience témoigne également de l’importance de la formation et de la spécialisation. En investissant dans ses compétences, il a réussi à intégrer un secteur médical exigeant et à y exercer des responsabilités importantes. Mais son parcours ne se limite pas à une réussite professionnelle. Son intérêt pour les questions sanitaires en Haïti montre qu’il reste attentif aux réalités de son pays d’origine. Ses recherches et son expérience peuvent contribuer à nourrir les réflexions sur la prévention, la gestion des crises et l’amélioration des soins. Un modèle pour la jeunesse Guerlency Michel représente une source d’inspiration pour les jeunes Haïtiens qui souhaitent entreprendre des études dans les domaines de la médecine, de la recherche et de la santé publique. Son itinéraire montre que la persévérance, la discipline et la formation peuvent ouvrir des perspectives internationales. Il rappelle également que réussir à l’étranger ne signifie pas oublier ses origines. Au contraire, l’expérience acquise dans la diaspora peut devenir un outil pour mieux comprendre les défis d’Haïti et contribuer à la recherche de solutions. Une contribution au service de la vie À travers son travail dans la médecine transfusionnelle et ses recherches sur les crises sanitaires, Guerlency Michel s’inscrit dans une démarche fondée sur la prévention, la rigueur et la protection de la vie humaine. Son parcours entre Haïti et la Belgique mérite d’être connu et valorisé. Il illustre le potentiel de la diaspora haïtienne et la contribution de ses professionnels dans des domaines essentiels. Guerlency Michel incarne ainsi une génération de médecins et de chercheurs haïtiens qui mettent leur compétence au service des autres, tout en portant avec responsabilité et fierté le lien avec leur pays d’origine.

Scandale médical : une mineure contaminée au VIH, l’OPC exige des sanctions immédiates

Le soleil tape sur la cour de l’hôpital Nos Petits Frères et Sœurs. Des parents, des enfants, des silhouettes fatiguées attendent sous la chaleur. Rien, absolument rien, dans cette scène ordinaire ne laisse deviner qu’ici, il y a sept ans, la vie d’une enfant a basculé. En 2018, une fillette de 10 ans avait été admise pour un soin banal. Quelques heures plus tard, une transfusion lui était administrée. Ce jour-là, dans une salle froide, un geste censé la sauver a bouleversé son futur. Aujourd’hui, devenue adolescente, elle porte encore les conséquences d’une erreur médicale que l’hôpital a reconnue peu après les faits, sans jamais réellement réparer le tort causé. Une famille brisée dans le silence Dans le quartier où la jeune fille vit toujours, les voisins évoquent une famille discrète, épuisée mais digne. L’un d’eux confie, presque en murmurant : « Sa maman ne parle pas beaucoup… mais on voit que cette histoire leur pèse. Ils ont cherché de l’aide partout. C’est comme s’ils avaient crié longtemps dans un espace où personne ne répondait. » Depuis le drame, la famille a dû apprendre à vivre avec un poids qu’elle n’a jamais choisi : consultations, médicaments, rendez-vous, fatigue, inquiétudes, regards parfois lourds. Tout cela dans un pays où les structures d’accompagnement sont souvent inexistantes. L’OPC brise enfin le mur Sept ans après, l’Office de la Protection du Citoyen (OPC) a décidé d’agir. Dans une lettre ferme adressée au ministère de la Santé publique, le Protecteur du citoyen, Me Jean Wilner Morin, exige des sanctions immédiates et une réparation juste pour la jeune fille et ses proches. Pour lui, ce cas représente bien plus qu’une faute médicale : c’est une atteinte directe à la dignité, aux droits et à l’avenir d’une adolescente qui ne méritait que protection. « Ce n’est pas un accident isolé » Un professionnel du secteur médical, touché mais prudent, lâche : « Dans nos hôpitaux, les équipes font ce qu’elles peuvent… mais parfois, le système laisse passer l’irréparable. Et quand ça arrive, les familles restent seules. ». Cette phrase résume la réalité que l’OPC veut mettre en lumière : les contrôles insuffisants, les mécanismes de suivi défaillants, le manque d’encadrement, et surtout le silence qui entoure ces cas. Dans sa correspondance, l’OPC parle même d’autres situations similaires, étouffées par l’absence d’accompagnement pour les victimes. Une adolescence volée Pour la jeune fille, la vie a pris un tournant que ni elle ni sa famille n’avaient imaginé. Les rêves d’enfant, les ambitions scolaires, l’insouciance… tout cela s’est heurté à une réalité douloureuse. Un proche de la famille raconte : « Ce n’est pas seulement une maladie. C’est le choc, la honte qu’on impose, la peur du lendemain, l’injustice. Elle n’a rien demandé… elle voulait juste guérir. » Dans les couloirs de l’hôpital, le contraste est brutal : les files d’attente, les pas pressés, les pleurs parfois… Et au milieu, l’histoire d’une adolescente qui rappelle ce que peut coûter une seule négligence. Un pays face à un choix moral Ce drame n’est pas un cas isolé, mais il devient un symbole. Un symbole de ce que vit une population qui ne demande que des soins sûrs, respectueux, encadrés. Pour l’OPC, l’heure n’est plus aux excuses. Il faut des sanctions, oui. Mais il faut surtout redonner à cette jeune fille et à toutes les autres victimes possibles la place qu’elles méritent : celle d’êtres humains auxquels l’État doit protection, transparence et justice. Un appel à la conscience collective Ce cas rappelle une vérité sensible : derrière chaque faute médicale se cache une vie, une famille, une histoire. Et derrière chaque silence institutionnel, il y a une souffrance qui s’alourdit. Le drame de Tabarre doit devenir un tournant. Pas seulement pour sanctionner, mais pour reconstruire. Pour que les hôpitaux soient des lieux de guérison, pas des lieux où une simple erreur peut briser une enfance.

Nathacha Rosier : l’infirmière qui transforme des vies et inspire tout un peuple

Dans le Sud d’Haïti, là où les routes s’effacent entre montagnes et ravines, une femme illumine les villages et réinvente la santé avec courage, vision et passion. Nathacha Rosier n’est pas seulement une infirmière diplômée : elle est une force de transformation, une entrepreneure sociale audacieuse, et une leader communautaire engagée. Chaque jour, elle incarne ce que signifie véritablement servir, protéger et inspirer. Depuis ses débuts à Maniche, elle a choisi un chemin rare : mettre la santé et le bien-être au cœur de sa mission, en allant au-delà des murs des institutions, là où les patients sont le plus vulnérables. Diplômée en sciences infirmières en 2020 à l’Université Notre Dame d’Haïti et licenciée par le MSPP en 2021, elle a très vite démontré que la compétence seule ne suffit pas : il faut la passion, l’audace, la créativité et le courage pour transformer une communauté. Une vision audacieuse et un engagement sans faille Nathacha n’attend pas que les solutions viennent des autres. Elle crée, innove et agit. Février 2021 : Elle fonde Miss Nathou Resto, promouvant une alimentation saine, naturelle et accessible. Août 2021 : Après le séisme, elle organise la cuisson et la distribution de repas pour les familles sinistrées, apportant soutien et espoir en temps de crise. Décembre 2021 : Elle rejoint le centre de santé de Maniche, développant des programmes de prévention et de dépistage, touchant des centaines de femmes et d’hommes. Cette capacité à anticiper, innover et agir est l’une des qualités majeures qui fait d’elle une entrepreneure à succès : vision claire, leadership, audace et persévérance. Une clinique mobile, un pont vers l’espoir En août 2024, elle transforme son rêve en réalité : sa propre clinique à domicile, sillonnant les villages les plus reculés de Maniche, Camp Périn, Guilgo, Coraux, Saint-Louis, Cavaillon et Bananier. Depuis, elle a soigné près de 200 patients, franchissant ravines et chemins impraticables, chaque trajet étant un acte de courage, chaque geste posé un acte d’humanité. Chaque vie sauvée est un trophée, chaque sourire retrouvé un triomphe sur l’adversité. Les familles pleines de gratitude témoignent que Nathacha ne sauve pas seulement des corps, mais redonne la confiance et la dignité. Leadership et impact durable Pour amplifier son action, Nathacha fonde en juin 2025 l’OPSED’S (Organisation des Professionnels Sanitaires Engagés pour le Développement du Sud). Cette initiative fédère les professionnels de santé autour d’un objectif clair : protéger, éduquer et renforcer la communauté. Juillet 2025 : Formation de plus de 100 habitants aux gestes de premiers secours. Août 2025 : Organisation d’une clinique mobile gratuite, offrant des soins primaires à tous. Ces réalisations témoignent de son esprit stratégique, de sa discipline et de sa capacité à mobiliser et inspirer. Elle combine la vision d’une leader, le courage d’une aventurière et la sensibilité d’une humaniste. Un modèle universel d’excellence Nathacha Rosier est bien plus qu’une infirmière : elle est un exemple vivant de ce qu’une entrepreneure, un leader et une humaniste peuvent accomplir. Elle allie : -Vision et audace pour créer des solutions innovantes. -Persévérance et résilience face aux obstacles. -Leadership et capacité à inspirer ceux qui l’entourent. -Compassion et humanité pour transformer chaque vie en victoire. Elle milite pour un hôpital digne à Maniche, capable de traiter tous les patients, prouvant que la santé est un droit, pas un privilège. Ine source d’inspiration mondiale Aujourd’hui, Nathacha Rosier est un phare pour sa communauté, un modèle d’entrepreneuriat social et un exemple universel de courage et de détermination. Chaque patient soigné, chaque vie sauvée et chaque sourire retrouvé est la preuve qu’un seul individu, guidé par la passion, le service et l’excellence, peut transformer une région entière et inspirer le monde entier.

Haïti : alerte sanitaire après le passage de l’ouragan Melissa

Lors de la 28ᵉ édition des #MardisDeLaNation, le Gouvernement à travers son ministre de la santé, Dr Sinal BERTRAND a présenté les mesures mises en œuvre pour contenir cette crise sanitaire. L’accent est mis sur la prévention, la protection des populations vulnérables et la réhabilitation rapide des infrastructures de santé endommagées. Parmi les actions prioritaires : -Assistance immédiate aux populations sinistrées et soutien aux structures sanitaires affectées ; -Campagnes de sensibilisation et prévention, avec un message clair sur l’importance de l’eau potable, de l’hygiène personnelle et de la sécurité alimentaire ; -Opérations d’assainissement et distribution de kits d’hygiène dans les communautés les plus exposées ; -Surveillance sanitaire renforcée, permettant une réaction rapide face aux nouveaux cas et une coordination étroite avec les partenaires locaux et internationaux ; -Mobilisation des équipes médicales pour garantir la prise en charge des malades et la mise en place de centres de traitement temporaires si nécessaire. Le Gouvernement appelle toutes les communautés à rester vigilantes et à coopérer pleinement pour limiter la propagation des maladies. La population est invitée à respecter les mesures d’hygiène, à privilégier l’eau traitée ou bouillie et à signaler toute situation suspecte aux autorités sanitaires. Face à ces défis post-catastrophe, la prévention et la réactivité restent les armes essentielles pour protéger la santé publique et éviter que la situation ne se transforme en crise majeure.

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Wendyyy, l’infini en neuf mouvements : voyage au cœur de Pi

Quand le rap devient confession Il y a des albums qui arrivent comme des produits. D’autres arrivent comme des déclarations. Pi appartient à cette seconde catégorie. Sa sortie ne se résume pas à une date ajoutée à une discographie. Elle s’inscrit dans le parcours d’un artiste qui a toujours compris que le rap n’était pas seulement une affaire de rimes, de rivalité ou de prestige, mais aussi une manière de raconter les blessures, les ambitions et les contradictions d’une génération. En neuf titres, Wendyyy ne renonce pas à son assurance. Mais il accepte de laisser filtrer autre chose : une sensibilité moins exposée, une foi plus visible, une parole qui ne cherche pas toujours à dominer, mais parfois simplement à être comprise. Pi, un titre comme une énigme Le choix du titre n’est pas anodin. « Pi » est un symbole connu pour sa complexité et son caractère infini. Il ne se laisse jamais enfermer dans une formule définitive. Cette idée semble accompagner l’album. Wendyyy y apparaît sous plusieurs visages : conquérant, amoureux, croyant, philosophe, homme blessé et artiste en mouvement. Aucun de ces visages ne suffit à le définir seul. C’est peut-être là que se trouve la véritable ambition du projet : rappeler qu’un artiste ne se résume jamais à l’image que le public a construite de lui. Neuf portes vers un même univers L’album s’ouvre avec « Frank Etienne » , une référence qui installe immédiatement une dimension intellectuelle et culturelle. Il se poursuit avec « Assez » , « Sa Pa Gadem » , « Pou Ou » , « Benit Soit Leternel » , « Monte Desann » , « Paskew Pa Konnen » , « Stoicien » , avant de se refermer sur « Pi » . Cette construction donne au projet l’allure d’un voyage. Chaque morceau semble ouvrir une porte différente, mais toutes conduisent vers le même lieu : l’esprit d’un artiste qui cherche à comprendre son époque tout en affirmant sa propre place. La brièveté de l’album joue en sa faveur. En environ 25 minutes, Wendyyy évite les détours inutiles et propose une écoute relativement compacte. Chaque titre doit alors porter sa propre charge émotionnelle et contribuer à l’équilibre général du projet. « Pou Ou », quand le « King » baisse la garde Au cœur de l’album, « Pou Ou » , enregistré avec Teddy Hashtag, apporte une respiration particulière. Ici, la parole ne semble pas chercher l’affrontement. Elle se rapproche de l’intime. La chanson évoque l’amour, l’attachement et les tensions qui peuvent surgir lorsqu’une relation doit affronter le regard ou la résistance de la famille. Wendyyy y apparaît moins comme celui qui veut avoir raison que comme celui qui veut défendre un lien. Cette dimension donne au morceau une résonance particulière. Beaucoup d’auditeurs peuvent s’y reconnaître : aimer dans un monde où les relations ne dépendent jamais uniquement de deux personnes, mais aussi des attentes, des jugements et des blessures héritées. « Pou Ou » s’est rapidement distingué dans l’espace numérique. Des chiffres relayés par Bèlide Magazine faisaient état de plus de 32 000 utilisations sur TikTok et de plus de 454 000 vues sur YouTube au moment de la publication de l’article. Ces données restent évolutives et doivent être replacées dans leur contexte temporel. La foi au milieu du bruit Avec « Benit Soit Leternel » , l’album change de lumière. Après l’amour et les tensions humaines, la voix s’élève vers une dimension spirituelle. Dans un univers musical souvent dominé par la compétition et l’apparence, ce titre rappelle que la réussite peut aussi être vécue comme une grâce, une responsabilité ou une dette envers Dieu. La foi devient alors un point d’ancrage, peut-être même une manière de ne pas se perdre dans le bruit de la célébrité. Wendyyy ne se contente pas d’affirmer ce qu’il possède. Il semble également reconnaître ce qui le dépasse. La philosophie de la résistance Le titre « Stoicien » évoque une attitude de maîtrise et d’endurance. Il suggère un homme qui encaisse, observe, se contrôle et continue d’avancer malgré les secousses. Cette posture traverse une grande partie de l’univers de Wendyyy. Mais dans Pi, elle semble prendre une dimension plus réfléchie. La résistance n’est plus seulement une manière de répondre aux adversaires ; elle devient une discipline intérieure. Ne pas céder. Ne pas se laisser définir par les critiques. Ne pas abandonner lorsque le chemin se complique. Voilà ce que le mot « stoïcien » peut suggérer dans le contexte de l’album, même si seule une analyse complète des paroles permettrait d’en fixer le sens exact. L’amour, la mémoire et les blessures L’intérêt de Pi tient aussi à ce qu’il ne présente pas la réussite comme une ligne droite. Derrière l’image du rappeur sûr de lui, l’album laisse entrevoir des tensions, des doutes et des blessures. La famille, les relations, le regard des autres et la nécessité de prouver sa valeur composent une matière émotionnelle importante. Wendyyy semble comprendre que le public ne recherche pas seulement des phrases fortes. Il veut aussi entendre des expériences qui ressemblent aux siennes. Cette proximité transforme le rap en miroir. Dans les mots de l’artiste, l’auditeur ne cherche pas uniquement une performance : il cherche parfois une confirmation, une consolation ou une force. Des voix qui élargissent le récit Wendyyy invite Thelo et El Socrato sur « Sa Pa Gadem » , tandis que Teddy Hashtag partage avec lui « Pou Ou ». Ces collaborations donnent au projet des nuances supplémentaires. Un invité bien choisi ne vient pas seulement ajouter une voix. Il déplace l’atmosphère, modifie la couleur du morceau et oblige l’artiste principal à sortir de ses habitudes. Dans Pi, ces présences contribuent à élargir le récit et à rapprocher l’album de plusieurs sensibilités du public haïtien. Elles rappellent aussi que le rap n’est pas une île isolée. Il se construit dans la rencontre, la confrontation et la circulation des énergies.

Date : 01-Nov-2026
Auteur : Maxime Daniel ETIENNE
Actualité

République dominicaine : le pays qui vend du rêve et exporte des alertes

Ce jour-là, l’ambassade des États-Unis à Saint-Domingue a prévenu ses ressortissants : des voyageurs, y compris des Américains, ont été drogués, puis volés et/ou agressés sexuellement. Les criminels utilisent les applications de rencontre et les bars. Ils frappent dans les hôtels, les motels et les locations de courte durée c’est-à-dire dans les endroits mêmes que le pays vend comme sûrs. Ce n’est pas un fait divers : c’est une politique de prévention. Washington maintient le pays au niveau 2 (« Faire preuve de prudence ») depuis juin 2025, pour vols, homicides et agressions sexuelles. Le pays est donc officiellement, aux yeux de son premier partenaire touristique, une destination à risque. Paris ne dit pas autre chose, mais le dit plus durement. Le Quai d’Orsay évoque une « augmentation constante de la délinquance », des vols à l’arraché aux agressions à main armée, de jour comme de nuit, et l’associe au trafic de drogues. Il nomme les zones à risque : Punta Cana et ses abords, la Zone coloniale de Saint-Domingue, Las Terrenas. Il recommande de ne pas marcher avec son téléphone à la main, de ne rien laisser dans les véhicules les vols par bris de vitre sont « fréquents » et de ne pas se promener seul sur les plages la nuit. Les plages. Celles qui figurent sur toutes les brochures. Ottawa classe le pays en « prudence élevée » et rappelle que la frontière avec Haïti est fermée, la région de Dajabón étant « hautement imprévisible », avec des services d’urgence « souvent indisponibles ». Trois gouvernements occidentaux, trois avertissements, une même conclusion : le pays n’est pas aussi sûr qu’il le prétend. Le gouvernement dominicain, lui, célèbre une baisse de 40,5 % des vols. Mais son propre communiqué admet que « l’inquiétude persiste parmi les résidents et les touristes étrangers, en particulier en dehors des complexes hôteliers ». C’est l’aveu le plus précieux : à l’intérieur des murs, il y a la sécurité privée ; à l’extérieur, il y a la réalité que l’alerte américaine vient de documenter. Et les criminels n’ont plus besoin de forcer une porte : ils attendent qu’on leur ouvre, via une application, un verre, un sourire. Le pays vend la confiance ; les criminels l’exploitent. Reste le revers le plus sombre. Amnesty International documente une « discrimination raciale structurelle et généralisée » et, en 2025, l’expulsion de 265 215 Haïtiens, dont 1 057 femmes enceintes et 3 000 femmes allaitantes. Un pays qui vend du rêve aux touristes et expulse des femmes enceintes n’a pas seulement un problème de sécurité. Il a un problème d’image qu’aucune campagne publicitaire ne corrigera. La carte postale est magnifique. C’est précisément pour cela qu’on oublie de la retourner. Sources : alerte de l’ambassade des États-Unis (30 octobre 2026) ; avis de voyage du Département d’État ; conseils aux voyageurs du Quai d’Orsay ; avis du gouvernement canadien ; statistiques officielles dominicaines ; rapport annuel 2026 d’Amnesty International. Aucun fait inventé.

Date : 01-Nov-2026
Auteur : Maxime Daniel ETIENNE
Éditorial

Des règles claires, des décisions motivées

Disons d'abord ce que la loi dit aujourd'hui, car c'est là que commence le malaise. Le 9 octobre, le CEP a supprimé la disposition qui visait les candidats sanctionnés par des pays étrangers. Une sanction américaine, canadienne ou européenne n'est donc plus, en soi, un motif d'exclusion. Seules les sanctions du Conseil de sécurité de l'ONU, qui lient juridiquement Haïti, restent un obstacle, et Martelly n'y figure pas. Ceux qui s'indignent de ces candidatures doivent le reconnaître : le texte en vigueur ne les interdit pas. Mais ceux qui s'en réjouissent devraient reconnaître, eux aussi, que ce texte a été changé trois fois en quatre mois. Une règle qui bouge au rythme des circonstances n'inspire confiance à personne. Quand la porte se ferme en juin, s'entrouvre en octobre, et que la liste définitive n'est attendue qu'à la mi-janvier, comment un électeur peut-il croire que le jeu est le même pour tous ? Soyons précis sur un point. Être sanctionné n'est pas être condamné. Ces sanctions sont des décisions de gouvernements étrangers, qui ont leur légitimité et leurs effets réels, notamment sur les comptes bancaires et les déplacements, mais elles ne remplacent pas un jugement. Les autorités américaines accusent Martelly de liens avec le trafic de drogue et le blanchiment, il le conteste, et aucune juridiction haïtienne ne s'est prononcée. Présumer la culpabilité de quelqu'un sur la seule foi d'une liste étrangère serait injuste. Ignorer ces listes, alors que le Canada et l'Union européenne s'inquiètent publiquement de leur effet sur la confiance dans le scrutin, serait tout aussi imprudent. Ce que la décision du CEP engage pour le peuple haïtien Il serait trop simple de croire que cette décision ne concerne que des candidats. Elle engage des millions de gens qui n'ont jamais figuré sur une liste de sanctions. Pensons à l'électeur. Haïti n'a pas voté pour un président depuis 2016 et n'a plus de chef de l'État élu depuis 2021. Si la liste définitive est perçue comme taillée sur mesure, par complaisance ou par exclusion arbitraire, beaucoup resteront chez eux le 18 juillet 2027. Dans un pays où, selon Africanews, plus de la moitié des électeurs vivent dans les régions les plus touchées par la violence, chaque abstention supplémentaire par défiance affaiblit encore la légitimité de celui qui sera élu. Un président mal élu gouverne mal, et c'est la population qui en subit les conséquences : décisions contestées, institutions paralysées, réformes bloquées. Pensons ensuite à la sécurité. La Force de répression des gangs a vu son mandat prolongé par l'ONU jusqu'au 31 mars 2027, et l'appui international dépend en grande partie de la confiance que les partenaires d'Haïti accordent au processus politique. Le Canada et l'Union européenne ont déjà exprimé leurs inquiétudes. Un processus jugé peu crédible peut compliquer cette coopération, alors que près d'un million et demi d'Haïtiens sont déplacés par les violences, selon l'OIM, et attendent avant tout de la protection. Pensons enfin à l'économie et à la vie quotidienne. Les sanctions pèsent sur les banques, les transferts et les déplacements. Un chef d'État visé par ces mesures, ou entouré de proches qui le sont, pourrait exposer le pays à des difficultés supplémentaires dans ses relations financières et diplomatiques. À l'inverse, une exclusion décidée sans motif clair offrirait au candidat écarté et à ses partisans le terrain idéal pour contester l'élection tout entière, et prolonger l'instabilité qui épuise déjà la population. Dans les deux cas, ce n'est pas le candidat qui paie le prix le plus lourd. C'est le peuple haïtien, qui attend depuis dix ans de pouvoir choisir ses dirigeants. La voie de la clarté Entre ces deux écueils, il y a une voie, et elle n'est ni complaisante ni expéditive : la transparence. Le CEP a jusqu'à la mi-janvier pour publier la liste définitive des candidats agréés. Qu'il applique les critères du décret à chaque dossier, sans exception et sans faveur : pièces fournies, situation fiscale, déclarations de patrimoine, casier judiciaire, absence de sanction onusienne. Et surtout, qu'il motive publiquement chacune de ses décisions, qu'elle concerne un ancien président, un ancien parlementaire ou un candidat inconnu. Une candidature acceptée doit être expliquée, une candidature rejetée aussi. Les candidats, de leur côté, ont aussi des responsabilités. Ceux qui se présentent malgré des sanctions doivent répondre publiquement aux accusations portées contre eux, au lieu de s'abriter derrière le silence du texte. L'électeur a le droit de savoir qui il choisit. Le CEP n'a pas à choisir entre la sévérité et l'indulgence. Il doit choisir la clarté. Des règles stables, appliquées à tous, expliquées à tous : c'est la seule façon de garder, d'ici juillet 2027, le plus précieux de tous les atouts d'une élection, la confiance. Car c'est de cette confiance que dépendront, pour des millions d'Haïtiens, la sécurité, la stabilité et le droit, enfin retrouvé, de décider de leur avenir.

Date : 01-Nov-2026
Auteur : Maxime Daniel ETIENNE
Sport

Nevada Pierre, 3 ans, fierté haïtienne : le petit prodige de Floride dont le monde entier parle

La scène s'est déroulée le 24 octobre 2026, au Martin Luther King Jr. Park de Winter Park, en Floride, lors d'une rencontre de la ligue i9 Sports. Nevada Pierre, d'origine haïtienne, aurait marqué plus de quarante buts en cinq matchs cette saison, selon sa mère, Martasia Griffin. La ligue a voulu le retirer du terrain pour permettre aux autres enfants de jouer. Ses parents s'y sont opposés, la discussion s'est envenimée, et le directeur de la ligue a appelé la police, affirmant que la mère du garçon le suivait, l'insultait et filmait la scène pour les réseaux sociaux. Deux versions, une même image Dans une vidéo vue plus d'un million de fois sur TikTok, le père de Nevada, Don Pierre, a déclaré qu'on avait appelé la police pour un enfant de trois ans parce qu'il était trop fort. La police de Winter Park a livré une autre lecture. Dans un communiqué, elle explique que l'appel concernait un différend entre adultes et qu'il n'y a jamais eu la moindre suggestion qu'il ait été provoqué par le talent de l'enfant. Aucune arrestation n'a eu lieu, aucune interdiction d'accès au parc n'a été prononcée, et la famille est partie d'elle-même. De son côté, la ligue i9 Sports affirme que son intervention visait à désamorcer une situation créée par des parents qu'elle qualifie de perturbateurs. Elle reconnaît le talent de Nevada, mais l'accuse d'avoir poussé d'autres joueurs. Un enfant de la diaspora haïtienne Nevada est le fils d'un père haïtien-américain et d'une mère afro-américaine. Pour la diaspora haïtienne, son histoire a une résonance particulière. Haïti sait ce que c'est que d'être sous-estimée : le pays de 1804, de la bataille de Vertières, a prouvé à l'histoire qu'on avait tort de le croire incapable de grandes choses. Le football haïtien en porte lui aussi la trace. En 1974, en Allemagne, Emmanuel Sanon a mis fin à la longue série d'invincibilité du gardien italien Dino Zoff, et le monde a découvert le nom d'Haïti en Coupe du monde. Aujourd'hui, Melchie Dumornay, surnommée Corventina, brille à l'Olympique Lyonnais. Il y a, dans ce football-là, une joie et une audace que beaucoup de Haïtiens reconnaissent, et dans lesquelles ils voient volontiers un enfant des leurs. Un débat plus large sur le football de jeunesse L'affaire a relancé la discussion sur l'accès au football de jeunesse aux États-Unis. L'ancien attaquant de la sélection américaine Eddie Johnson a déclaré que l'histoire de Nevada avait mis en lumière des maux qui existent encore dans ce milieu, évoquant le privilège, la jalousie, le népotisme et le profilage, en particulier envers les personnes de couleur. Il a surtout offert à l'enfant une place dans son académie EJE7, à Orlando, dès janvier. Le soutien s'est élargi bien au-delà. Selon les informations du journaliste Loren LoRosa, de The Breakfast Club, Roc Nation Sports, l'agence de Jay-Z, prévoirait d'envoyer Nevada en Espagne en décembre pour une expérience sportive marquante. Sur son compte Instagram officiel, l'agence a écrit : « Keep shining Nevada, we support you! » La créatrice de contenus pour enfants Ms. Rachel a pris publiquement sa défense et l'a invité à venir montrer ses talents dans son émission. Une cagnotte lancée par sa mère a dépassé les 56 000 dollars, d'après Sports Illustrated. Elle doit financer les frais d'inscription, les entraînements, l'équipement et les déplacements, afin que l'enfant puisse continuer à jouer dans un environnement plus encourageant. Un enfant qui veut seulement jouer Au milieu de cette tempête médiatique, l'essentiel tient en peu de mots : Nevada a trois ans. Sa mère raconte qu'il est resté très marqué par l'épisode. Il aime toujours autant le football, mais il ne veut plus retourner à cet endroit. Entre la version de la famille, celle de la police et celle de la ligue, chacun jugera. Ce qui est certain, c'est que ce petit garçon d'origine haïtienne, à l'âge où l'on apprend à peine à lacer ses chaussures, a déjà ému bien au-delà de la Floride. Et qu'il ne demande, pour l'instant, qu'une chose : un terrain où jouer.

Date : 01-Nov-2026
Auteur : Maxime Daniel ETIENNE

A LA UNE

Haïti n’est pas votre terrain de conquête

Depuis son écran, il appelle à envahir Haïti et interpelle Nayib Bukele comme si le destin d’un peuple pouvait se décider dans un message publié entre deux séquences de spectacle. Mais un micro ne transforme pas un polémiste en stratège. Une audience ne transforme pas une menace en politique. Et le mépris n’a jamais constitué une doctrine de sécurité. Haïti n’est ni votre décor, ni votre cible, ni votre butin. C’est une nation souveraine, avec une histoire, une dignité et un peuple qui n’attend pas qu’un influenceur étranger lui explique comment survivre aux conséquences de crises qu’il ne comprend manifestement pas. Les chiffres que votre discours veut cacher Les rapports du Groupe d’experts des Nations unies documentent le détournement de *908 001 articles*, principalement des munitions, depuis les stocks de la Police nationale dominicaine, dont notamment : - plus de 489 000 cartouches de 9 mm ; - environ 230 000 cartouches de 5,56 × 45 mm ; - environ 26 000 cartouches de 7,62 × 39 mm ; - environ 93 000 cartouches de calibre 12 . Ces chiffres ne signifient pas que chaque munition a été utilisée par un seul gang ni que la totalité est entrée en Haïti. Ils démontrent néanmoins l’existence de détournements massifs qui exigent des enquêtes, des saisies, des poursuites et des comptes à rendre. Voilà le vrai débat, celui que les slogans d’invasion cherchent à étouffer : comment ces armes ont-elles été détournées, qui les a achetées, qui les a transportées et par quels réseaux ont-elles alimenté le marché clandestin haïtien ? Une cargaison interceptée en République dominicaine en février 2025 comprenait notamment un fusil Barrett M82, des fusils de précision, une mitraillette Uzi et plus de 36 000 cartouches. Pendant que certains rêvent de conquête, les armes, elles, franchissent les frontières parfois bien plus facilement que la vérité. Les balles ne connaissent pas les discours Il ne s’agit pas d’accuser tous les Dominicains. Les peuples ne sont pas des gangs, et les criminels ne représentent pas une nation entière. Mais il faut cesser de jouer à l’innocence géographique. Le pays que vous voulez envahir est déjà victime de balles et de munitions provenant de stocks dominicains, détournées puis acheminées vers des réseaux criminels en Haïti. Avant de jouer au conquérant, expliquez donc : - comment ces arsenaux ont été infiltrés ; - comment ces munitions ont quitté les stocks officiels ; - qui les a achetées ; - qui les a transportées ; - qui les a revendues ; - et qui les a laissées passer. Voilà le débat sérieux. Le reste n’est que théâtre, chauvinisme et diversion. Un dossier qui appelle des réponses D’après des archives de presse dominicaines, le 3 février 2010, Santiago Matías aurait été interpellé par la Dirección Nacional de Control de Drogas , la DNCD, alors qu’il se trouvait au consulat des États-Unis à Saint-Domingue pour solliciter un visa. Ces archives rapporteraient qu’il était recherché dans le cadre d’une affaire liée à l’envoi présumé de « mules » transportant de la cocaïne et de l’héroïne vers l’Europe. Ces éléments doivent être vérifiés dans les documents judiciaires officiels : une interpellation ou une accusation ne constitue pas une condamnation définitive. Mais poser des questions n’est pas condamner. C’est exiger de la transparence. Y a-t-il eu un jugement ? Un classement ? Un acquittement ? Une décision officielle ? Ou un accord judiciaire ? Je ne dis pas qu’il y a eu arrangement. Je pose une question. Et cette question est légitime, surtout lorsqu’une personne qui réclame l’invasion d’un pays et condamne collectivement un peuple prétend s’ériger en arbitre de la morale et de la sécurité. La présomption d’innocence protège Santiago Matías, comme elle protège chaque citoyen. Mais elle ne lui donne ni blanc-seing moral, ni droit de condamner tout un peuple, ni autorisation de transformer la haine en programme politique. Une accusation n’est pas une condamnation. Mais une grande audience n’est pas une absolution. L’arrogance ne fait pas une politique Matías voudrait présenter Haïti comme le problème unique, éternel et absolu. C’est la paresse intellectuelle dans sa forme la plus bruyante : on désigne un peuple affaibli, on efface le contexte, on oublie les trafics transfrontaliers et l’on se proclame sauveur. Mais une invasion ne supprimera pas les gangs par magie. Elle tuera des civils, aggravera les déplacements, élargira le chaos et transformera une crise sécuritaire en catastrophe régionale. Haïti a besoin d’institutions renforcées, de justice, de contrôle des frontières, de coopération internationale et de dirigeants responsables. Il n’a pas besoin d’un conquérant de studio qui transforme la souffrance d’un peuple en contenu viral. Matías, voici la réponse Monsieur Matías, avant de rêver d’invasion, lisez les rapports de l’ONU. Ils documentent le détournement de 908 001 articles, principalement des munitions, depuis les stocks de la Police nationale dominicaine : plus de 489 000 cartouches de 9 mm, 230 000 de 5,56 mm, 26 000 de 7,62 mm et 93 000 cartouches de calibre 12. -Ces chiffres ne condamnent pas tous les Dominicains. Ils posent des questions aux trafiquants, aux complices et aux institutions responsables : comment ces armes ont-elles quitté les arsenaux et alimenté les réseaux criminels en Haïti ? -Le pays que vous voulez envahir est déjà victime de balles provenant de stocks dominicains détournés vers des réseaux criminels. Avant de jouer au conquérant, commencez par demander des comptes à ceux qui ont détourné, vendu, transporté ou laissé passer ces armes. -Les archives de presse rapportent également votre interpellation présumée par la DNCD, le 3 février 2010, dans le cadre d’une affaire liée à l’envoi présumé de « mules » vers l’Europe. Je ne dis pas qu’il y a eu arrangement. Je pose une question : y a-t-il eu jugement, classement, acquittement ou décision officielle ? -Vous bénéficiez de la présomption d’innocence. Mais cette présomption ne vous donne pas le droit de condamner tout un peuple. Haïti n’est ni votre cible, ni votre spectacle, ni votre butin. Notre souveraineté n’est pas négociable. -Vous avez peut-être un micro, mais vous n’avez pas reçu mandat pour déclarer la guerre. Vous avez peut-être une audience, mais vous n’avez pas acquis la vérité. Et vous parlez peut-être très fort, mais le bruit ne couvrira jamais les questions auxquelles vous devez répondre. -On ne sauve pas une île en menaçant un peuple. On ne combat pas les gangs en alimentant la haine. On ne devient pas moralement supérieur en parlant plus fort que les victimes. -Avant de demander des comptes à Haïti, Santiago Matías devrait commencer par répondre aux questions que son propre parcours public soulève.

Wendyyy, l’infini en neuf mouvements : voyage au cœur de Pi

Quand le rap devient confession Il y a des albums qui arrivent comme des produits. D’autres arrivent comme des déclarations. Pi appartient à cette seconde catégorie. Sa sortie ne se résume pas à une date ajoutée à une discographie. Elle s’inscrit dans le parcours d’un artiste qui a toujours compris que le rap n’était pas seulement une affaire de rimes, de rivalité ou de prestige, mais aussi une manière de raconter les blessures, les ambitions et les contradictions d’une génération. En neuf titres, Wendyyy ne renonce pas à son assurance. Mais il accepte de laisser filtrer autre chose : une sensibilité moins exposée, une foi plus visible, une parole qui ne cherche pas toujours à dominer, mais parfois simplement à être comprise. Pi, un titre comme une énigme Le choix du titre n’est pas anodin. « Pi » est un symbole connu pour sa complexité et son caractère infini. Il ne se laisse jamais enfermer dans une formule définitive. Cette idée semble accompagner l’album. Wendyyy y apparaît sous plusieurs visages : conquérant, amoureux, croyant, philosophe, homme blessé et artiste en mouvement. Aucun de ces visages ne suffit à le définir seul. C’est peut-être là que se trouve la véritable ambition du projet : rappeler qu’un artiste ne se résume jamais à l’image que le public a construite de lui. Neuf portes vers un même univers L’album s’ouvre avec « Frank Etienne » , une référence qui installe immédiatement une dimension intellectuelle et culturelle. Il se poursuit avec « Assez » , « Sa Pa Gadem » , « Pou Ou » , « Benit Soit Leternel » , « Monte Desann » , « Paskew Pa Konnen » , « Stoicien » , avant de se refermer sur « Pi » . Cette construction donne au projet l’allure d’un voyage. Chaque morceau semble ouvrir une porte différente, mais toutes conduisent vers le même lieu : l’esprit d’un artiste qui cherche à comprendre son époque tout en affirmant sa propre place. La brièveté de l’album joue en sa faveur. En environ 25 minutes, Wendyyy évite les détours inutiles et propose une écoute relativement compacte. Chaque titre doit alors porter sa propre charge émotionnelle et contribuer à l’équilibre général du projet. « Pou Ou », quand le « King » baisse la garde Au cœur de l’album, « Pou Ou » , enregistré avec Teddy Hashtag, apporte une respiration particulière. Ici, la parole ne semble pas chercher l’affrontement. Elle se rapproche de l’intime. La chanson évoque l’amour, l’attachement et les tensions qui peuvent surgir lorsqu’une relation doit affronter le regard ou la résistance de la famille. Wendyyy y apparaît moins comme celui qui veut avoir raison que comme celui qui veut défendre un lien. Cette dimension donne au morceau une résonance particulière. Beaucoup d’auditeurs peuvent s’y reconnaître : aimer dans un monde où les relations ne dépendent jamais uniquement de deux personnes, mais aussi des attentes, des jugements et des blessures héritées. « Pou Ou » s’est rapidement distingué dans l’espace numérique. Des chiffres relayés par Bèlide Magazine faisaient état de plus de 32 000 utilisations sur TikTok et de plus de 454 000 vues sur YouTube au moment de la publication de l’article. Ces données restent évolutives et doivent être replacées dans leur contexte temporel. La foi au milieu du bruit Avec « Benit Soit Leternel » , l’album change de lumière. Après l’amour et les tensions humaines, la voix s’élève vers une dimension spirituelle. Dans un univers musical souvent dominé par la compétition et l’apparence, ce titre rappelle que la réussite peut aussi être vécue comme une grâce, une responsabilité ou une dette envers Dieu. La foi devient alors un point d’ancrage, peut-être même une manière de ne pas se perdre dans le bruit de la célébrité. Wendyyy ne se contente pas d’affirmer ce qu’il possède. Il semble également reconnaître ce qui le dépasse. La philosophie de la résistance Le titre « Stoicien » évoque une attitude de maîtrise et d’endurance. Il suggère un homme qui encaisse, observe, se contrôle et continue d’avancer malgré les secousses. Cette posture traverse une grande partie de l’univers de Wendyyy. Mais dans Pi, elle semble prendre une dimension plus réfléchie. La résistance n’est plus seulement une manière de répondre aux adversaires ; elle devient une discipline intérieure. Ne pas céder. Ne pas se laisser définir par les critiques. Ne pas abandonner lorsque le chemin se complique. Voilà ce que le mot « stoïcien » peut suggérer dans le contexte de l’album, même si seule une analyse complète des paroles permettrait d’en fixer le sens exact. L’amour, la mémoire et les blessures L’intérêt de Pi tient aussi à ce qu’il ne présente pas la réussite comme une ligne droite. Derrière l’image du rappeur sûr de lui, l’album laisse entrevoir des tensions, des doutes et des blessures. La famille, les relations, le regard des autres et la nécessité de prouver sa valeur composent une matière émotionnelle importante. Wendyyy semble comprendre que le public ne recherche pas seulement des phrases fortes. Il veut aussi entendre des expériences qui ressemblent aux siennes. Cette proximité transforme le rap en miroir. Dans les mots de l’artiste, l’auditeur ne cherche pas uniquement une performance : il cherche parfois une confirmation, une consolation ou une force. Des voix qui élargissent le récit Wendyyy invite Thelo et El Socrato sur « Sa Pa Gadem » , tandis que Teddy Hashtag partage avec lui « Pou Ou ». Ces collaborations donnent au projet des nuances supplémentaires. Un invité bien choisi ne vient pas seulement ajouter une voix. Il déplace l’atmosphère, modifie la couleur du morceau et oblige l’artiste principal à sortir de ses habitudes. Dans Pi, ces présences contribuent à élargir le récit et à rapprocher l’album de plusieurs sensibilités du public haïtien. Elles rappellent aussi que le rap n’est pas une île isolée. Il se construit dans la rencontre, la confrontation et la circulation des énergies.

République dominicaine : le pays qui vend du rêve et exporte des alertes

Ce jour-là, l’ambassade des États-Unis à Saint-Domingue a prévenu ses ressortissants : des voyageurs, y compris des Américains, ont été drogués, puis volés et/ou agressés sexuellement. Les criminels utilisent les applications de rencontre et les bars. Ils frappent dans les hôtels, les motels et les locations de courte durée c’est-à-dire dans les endroits mêmes que le pays vend comme sûrs. Ce n’est pas un fait divers : c’est une politique de prévention. Washington maintient le pays au niveau 2 (« Faire preuve de prudence ») depuis juin 2025, pour vols, homicides et agressions sexuelles. Le pays est donc officiellement, aux yeux de son premier partenaire touristique, une destination à risque. Paris ne dit pas autre chose, mais le dit plus durement. Le Quai d’Orsay évoque une « augmentation constante de la délinquance », des vols à l’arraché aux agressions à main armée, de jour comme de nuit, et l’associe au trafic de drogues. Il nomme les zones à risque : Punta Cana et ses abords, la Zone coloniale de Saint-Domingue, Las Terrenas. Il recommande de ne pas marcher avec son téléphone à la main, de ne rien laisser dans les véhicules les vols par bris de vitre sont « fréquents » et de ne pas se promener seul sur les plages la nuit. Les plages. Celles qui figurent sur toutes les brochures. Ottawa classe le pays en « prudence élevée » et rappelle que la frontière avec Haïti est fermée, la région de Dajabón étant « hautement imprévisible », avec des services d’urgence « souvent indisponibles ». Trois gouvernements occidentaux, trois avertissements, une même conclusion : le pays n’est pas aussi sûr qu’il le prétend. Le gouvernement dominicain, lui, célèbre une baisse de 40,5 % des vols. Mais son propre communiqué admet que « l’inquiétude persiste parmi les résidents et les touristes étrangers, en particulier en dehors des complexes hôteliers ». C’est l’aveu le plus précieux : à l’intérieur des murs, il y a la sécurité privée ; à l’extérieur, il y a la réalité que l’alerte américaine vient de documenter. Et les criminels n’ont plus besoin de forcer une porte : ils attendent qu’on leur ouvre, via une application, un verre, un sourire. Le pays vend la confiance ; les criminels l’exploitent. Reste le revers le plus sombre. Amnesty International documente une « discrimination raciale structurelle et généralisée » et, en 2025, l’expulsion de 265 215 Haïtiens, dont 1 057 femmes enceintes et 3 000 femmes allaitantes. Un pays qui vend du rêve aux touristes et expulse des femmes enceintes n’a pas seulement un problème de sécurité. Il a un problème d’image qu’aucune campagne publicitaire ne corrigera. La carte postale est magnifique. C’est précisément pour cela qu’on oublie de la retourner. Sources : alerte de l’ambassade des États-Unis (30 octobre 2026) ; avis de voyage du Département d’État ; conseils aux voyageurs du Quai d’Orsay ; avis du gouvernement canadien ; statistiques officielles dominicaines ; rapport annuel 2026 d’Amnesty International. Aucun fait inventé.

Des règles claires, des décisions motivées

Disons d'abord ce que la loi dit aujourd'hui, car c'est là que commence le malaise. Le 9 octobre, le CEP a supprimé la disposition qui visait les candidats sanctionnés par des pays étrangers. Une sanction américaine, canadienne ou européenne n'est donc plus, en soi, un motif d'exclusion. Seules les sanctions du Conseil de sécurité de l'ONU, qui lient juridiquement Haïti, restent un obstacle, et Martelly n'y figure pas. Ceux qui s'indignent de ces candidatures doivent le reconnaître : le texte en vigueur ne les interdit pas. Mais ceux qui s'en réjouissent devraient reconnaître, eux aussi, que ce texte a été changé trois fois en quatre mois. Une règle qui bouge au rythme des circonstances n'inspire confiance à personne. Quand la porte se ferme en juin, s'entrouvre en octobre, et que la liste définitive n'est attendue qu'à la mi-janvier, comment un électeur peut-il croire que le jeu est le même pour tous ? Soyons précis sur un point. Être sanctionné n'est pas être condamné. Ces sanctions sont des décisions de gouvernements étrangers, qui ont leur légitimité et leurs effets réels, notamment sur les comptes bancaires et les déplacements, mais elles ne remplacent pas un jugement. Les autorités américaines accusent Martelly de liens avec le trafic de drogue et le blanchiment, il le conteste, et aucune juridiction haïtienne ne s'est prononcée. Présumer la culpabilité de quelqu'un sur la seule foi d'une liste étrangère serait injuste. Ignorer ces listes, alors que le Canada et l'Union européenne s'inquiètent publiquement de leur effet sur la confiance dans le scrutin, serait tout aussi imprudent. Ce que la décision du CEP engage pour le peuple haïtien Il serait trop simple de croire que cette décision ne concerne que des candidats. Elle engage des millions de gens qui n'ont jamais figuré sur une liste de sanctions. Pensons à l'électeur. Haïti n'a pas voté pour un président depuis 2016 et n'a plus de chef de l'État élu depuis 2021. Si la liste définitive est perçue comme taillée sur mesure, par complaisance ou par exclusion arbitraire, beaucoup resteront chez eux le 18 juillet 2027. Dans un pays où, selon Africanews, plus de la moitié des électeurs vivent dans les régions les plus touchées par la violence, chaque abstention supplémentaire par défiance affaiblit encore la légitimité de celui qui sera élu. Un président mal élu gouverne mal, et c'est la population qui en subit les conséquences : décisions contestées, institutions paralysées, réformes bloquées. Pensons ensuite à la sécurité. La Force de répression des gangs a vu son mandat prolongé par l'ONU jusqu'au 31 mars 2027, et l'appui international dépend en grande partie de la confiance que les partenaires d'Haïti accordent au processus politique. Le Canada et l'Union européenne ont déjà exprimé leurs inquiétudes. Un processus jugé peu crédible peut compliquer cette coopération, alors que près d'un million et demi d'Haïtiens sont déplacés par les violences, selon l'OIM, et attendent avant tout de la protection. Pensons enfin à l'économie et à la vie quotidienne. Les sanctions pèsent sur les banques, les transferts et les déplacements. Un chef d'État visé par ces mesures, ou entouré de proches qui le sont, pourrait exposer le pays à des difficultés supplémentaires dans ses relations financières et diplomatiques. À l'inverse, une exclusion décidée sans motif clair offrirait au candidat écarté et à ses partisans le terrain idéal pour contester l'élection tout entière, et prolonger l'instabilité qui épuise déjà la population. Dans les deux cas, ce n'est pas le candidat qui paie le prix le plus lourd. C'est le peuple haïtien, qui attend depuis dix ans de pouvoir choisir ses dirigeants. La voie de la clarté Entre ces deux écueils, il y a une voie, et elle n'est ni complaisante ni expéditive : la transparence. Le CEP a jusqu'à la mi-janvier pour publier la liste définitive des candidats agréés. Qu'il applique les critères du décret à chaque dossier, sans exception et sans faveur : pièces fournies, situation fiscale, déclarations de patrimoine, casier judiciaire, absence de sanction onusienne. Et surtout, qu'il motive publiquement chacune de ses décisions, qu'elle concerne un ancien président, un ancien parlementaire ou un candidat inconnu. Une candidature acceptée doit être expliquée, une candidature rejetée aussi. Les candidats, de leur côté, ont aussi des responsabilités. Ceux qui se présentent malgré des sanctions doivent répondre publiquement aux accusations portées contre eux, au lieu de s'abriter derrière le silence du texte. L'électeur a le droit de savoir qui il choisit. Le CEP n'a pas à choisir entre la sévérité et l'indulgence. Il doit choisir la clarté. Des règles stables, appliquées à tous, expliquées à tous : c'est la seule façon de garder, d'ici juillet 2027, le plus précieux de tous les atouts d'une élection, la confiance. Car c'est de cette confiance que dépendront, pour des millions d'Haïtiens, la sécurité, la stabilité et le droit, enfin retrouvé, de décider de leur avenir.

POLITIQUE

Élections en Haïti : le Canada s'inquiète de la candidature de personnalités sanctionnées

Le Canada a exprimé sa préoccupation face à la volonté de personnes visées par des sanctions internationales de se présenter aux prochaines élections en Haïti. Dans une déclaration publiée vendredi 30 octobre par Affaires mondiales Canada, intitulée « L'intégrité du processus électoral en Haïti et les sanctions », Ottawa estime que ces candidatures risquent d'affaiblir la confiance du public dans le scrutin. Le texte rappelle que les sanctions canadiennes visent des personnes liées à la violence, à la corruption, aux violations des droits de la personne ou à la déstabilisation du pays, notamment par la complicité avec des gangs armés, les trafics illicites et le blanchiment d'argent. Le Canada réaffirme la légitimité de ces mesures et la nécessité de les maintenir. Selon lui, la participation de ces personnes pourrait compromettre le rétablissement d'une gouvernance démocratique. Ottawa appelle les autorités haïtiennes, en particulier le Conseil électoral provisoire (CEP), à veiller au strict respect des lois et règlements électoraux. La déclaration reste toutefois prudente. Elle ne cite aucun nom, ne se prononce sur la recevabilité d'aucune candidature et ne précise pas les conséquences juridiques que les autorités haïtiennes devraient tirer de ces sanctions. Le Canada réaffirme enfin son soutien à un processus dirigé par les Haïtiens et rappelle qu'il appartient au peuple haïtien de choisir ses dirigeants. Cette prise de position intervient au lendemain d'une démarche similaire de l'Union européenne, qui avait appelé à préserver la crédibilité des élections. Trois candidats concernés Même sans les nommer, la déclaration canadienne s'inscrit dans un contexte précis. Selon le suivi électoral de Haïti Policy House, qui s'appuie sur les listes officielles, trois des seize candidats à la présidence figurant sur la liste préliminaire du 19 octobre font l'objet de sanctions. L'ancien président Michel Martelly est visé par les États-Unis, le Canada et l'Union européenne. L'ancien président de la Chambre des députés Gary Bodeau l'est par les États-Unis et le Canada, et l'ancien président provisoire Jocelerme Privert par le Canada. Les treize autres candidats de cette liste ne figurent sur aucune de ces listes, dans les sources consultées. Depuis, le nombre d'inscrits a augmenté : au moins 19 personnes se sont enregistrées sur le site du CEP, selon Le Devoir. Ces candidatures sont devenues possibles après une décision du CEP. Le 9 octobre, l'institution a supprimé une disposition qui visait les candidats sanctionnés par des pays étrangers. Une sanction américaine, canadienne ou européenne n'est donc plus, à elle seule, un motif d'exclusion. Seules les personnes sanctionnées par le Conseil de sécurité de l'ONU restent écartées par le décret électoral, et Michel Martelly ne figure pas sur cette liste, selon HaïtiLibre. Un calendrier encore ouvert Le CEP n'a pas encore tranché. Selon le calendrier révisé publié le 28 octobre, rapporté par Karibinfo à partir d'informations du Nouvelliste, l'inscription en ligne des candidats à la présidence, au Sénat et à la députation est prolongée jusqu'au 15 novembre 2026. La liste définitive des candidats agréés est attendue le 11 janvier 2027. Le premier tour des élections est fixé au 18 juillet 2027, et le second au 4 octobre de la même année. D'ici là, le CEP devra examiner chaque dossier et répondre aux contestations éventuelles. La déclaration du Canada, comme celle de l'Union européenne, ajoute à la pression diplomatique sur l'institution électorale, sans lui dicter de décision. Haïti n'a pas organisé d'élections depuis 2016 et n'a plus de président élu depuis l'assassinat de Jovenel Moïse en 2021.

L'économiste Etzer Emile annonce sa candidature à la présidence haïtienne, axée sur la sécurité, l'emploi et la justice sociale

Port-au-Prince — L'économiste et professeur d'université haïtien Etzer Emile a officiellement annoncé le 31 octobre 2026 sa candidature à l'élection présidentielle haïtienne de 2027, sous la bannière de son mouvement politique « Gwoupman Solèy ». Il a dévoilé son programme de gouvernance lors d'une déclaration vidéo, promettant de rompre avec les pratiques politiques traditionnelles et de répondre aux crises sécuritaires et économiques auxquelles le pays est confronté depuis longtemps. Trois piliers : sécurité, emploi et justice sociale Le programme d'Etzer Emile s'articule autour de trois axes prioritaires. En matière de sécurité, il propose de renforcer les institutions policières et judiciaires, d'améliorer les capacités du renseignement, de lutter contre la circulation illégale d'armes et de renforcer le contrôle des frontières, le tout dans le respect des droits humains. Il considère le rétablissement de la sécurité comme un préalable à la reprise économique et au retour de la confiance dans les institutions. Sur le plan économique, il s'engage à promouvoir la création d'emplois par le développement des infrastructures et les réformes administratives et fiscales, afin d'attirer les investissements nationaux et étrangers. Les secteurs clés comprennent l'agriculture, l'industrie, le tourisme et le commerce, tout en encourageant le développement des énergies solaire et éolienne. En matière de justice sociale, il promet de lutter contre la corruption et l'impunité, de mettre fin aux recrutements de complaisance dans la fonction publique, de garantir l'égalité de traitement pour tous les citoyens et de protéger les droits des femmes et des personnes handicapées. « Ce qu'il faut changer, c'est le modèle de gouvernance » Lors de l'annonce de sa candidature, Etzer Emile a utilisé une métaphore pour exprimer sa position réformiste : « Le problème n'est pas le camion. C'est le modèle de chauffeur qu'il faut changer. » Il a également déclaré : « Haïti ne manque ni de personnes ni de ressources. Ce qui lui manque, c'est un État sérieux, responsable et au service de chaque Haïtien et de chaque Haïtienne, ici comme dans la diaspora. » Il a refusé de se présenter comme la solution unique à tous les problèmes, mettant instead l'accent sur une approche de consultation et d'action collective : « Je ne me présente pas comme quelqu'un qui sait tout, ni comme quelqu'un qui peut tout faire. Je crois en une méthode : écouter pour comprendre, comprendre pour décider, décider pour agir, agir pour transformer. » Contexte électoral et défis Selon le calendrier révisé du Conseil électoral provisoire (CEP) haïtien, le premier tour de l'élection présidentielle est reporté au 18 juillet 2027, le second tour et les élections locales étant prévus pour le 4 octobre de la même année. Haïti n'a pas eu de président élu depuis l'assassinat de Jovenel Moïse en juillet 2021, et le pays est confronté à une grave crise sécuritaire et politique. Etzer Emile est originaire de Cavaillon dans le département du Sud et possède un parcours dans l'enseignement universitaire, l'entrepreneuriat et l'analyse des politiques économiques, avec des publications axées sur la création de richesse, l'inclusion financière et le développement de la production nationale. Selon les rapports, il s'est inscrit sur la plateforme du CEP, mais le dépôt formel des documents pourrait être confronté à des obstacles juridiques, notamment des questions de conflits d'intérêts potentiels liés à des accords de coopération antérieurs avec des agences gouvernementales.

Haïti face à l’ultimatum : l’ombre des gangs et le silence du pouvoir

La disparition de quatre techniciens salvadoriens en Haïti fait désormais peser une inquiétude lourde sur les groupes armés et sur les responsables politiques haïtiens. Ce qui pouvait apparaître comme un nouvel épisode de violence dans un pays meurtri prend une dimension internationale : des ressortissants étrangers, affectés à une mission d’assistance, sont désormais au cœur d’une crise qui expose l’impuissance de l’État et la brutalité des gangs. Dans un message ferme, le président salvadorien Nayib Bukele affirme avoir lancé une opération pour retrouver les quatre hommes et les ramener vivants. Son avertissement résonne comme un coup de tonnerre : si les otages sont blessés ou tués, la réponse annoncée pourrait dépasser largement le cadre d’une simple opération de recherche. Pour les gangs, le temps de l’impunité pourrait toucher à sa fin. En s’attaquant à des techniciens présentés comme des non-combattants, ils auraient franchi une ligne dangereuse : celle qui transforme un crime local en affrontement diplomatique et sécuritaire. Chaque heure de silence augmente la pression, chaque menace proférée contre les captifs rapproche les ravisseurs d’une confrontation aux conséquences imprévisibles. Mais cet avertissement s’adresse également aux dirigeants haïtiens. Car lorsque des hommes armés peuvent enlever des étrangers au cœur du territoire national, ce n’est pas seulement la puissance des gangs qui est révélée : c’est aussi la faiblesse d’un appareil d’État incapable de garantir la sécurité, de protéger les civils et de faire respecter la loi. Le pouvoir haïtien ne peut plus se contenter de condamner les violences après coup. Les familles attendent des réponses, les partenaires internationaux exigent des actes et la population observe, avec une inquiétude grandissante, un pays où les ravisseurs semblent parfois disposer de plus d’autorité que les institutions. Le message venu du Salvador agit ainsi comme un miroir brutal. Il renvoie aux gangs l’image de leur propre vulnérabilité, mais il rappelle aussi aux dirigeants haïtiens le prix du silence et de l’inaction. Une nation ne peut être gouvernée par la peur, ni abandonnée aux armes de ceux qui confondent puissance et terreur. L’enjeu dépasse désormais le sort de quatre hommes. Il concerne la souveraineté d’Haïti, la crédibilité de ses institutions et la capacité de ses dirigeants à reprendre le contrôle du territoire. Si les captifs sont encore en vie, leur libération doit être la priorité absolue. Si leur sécurité est compromise, la responsabilité morale et politique des ravisseurs, mais aussi celle des autorités qui n’auront pas su les protéger, sera immense. Face aux gangs, la fermeté est nécessaire, mais elle doit s’inscrire dans le droit. Face aux dirigeants, la pression citoyenne est légitime : gouverner ne consiste pas à commenter le chaos, mais à protéger la population et à agir contre ceux qui la terrorisent.

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