CULTURE

Citadelle : démission choc de Jean Garry Denis, le gouvernement acculé par ses propres défaillances

Un séisme politique ébranle les plus hautes sphères de l’État après le drame de la Citadelle Laferrière. La démission fracassante de Jean Garry Denis, adressée au Premier ministre intérimaire Alix Didier Fils-Aimé, met à nu les failles profondes d’un système incapable d’assurer la protection du patrimoine national. Dans une correspondance officielle datée du 13 avril 2026 et adressée au chef du gouvernement, l’ex-directeur général du ministère de la Culture et de la Communication annonce sa démission avec effet au plus tard le 1er mai 2026. Il évoque une décision « mûrement réfléchie », motivée par des constats personnels profonds. Au cœur de sa lettre, un désaccord de fond apparaît clairement : Jean Garry Denis dénonce une incompatibilité entre ses convictions notamment en matière de protection des biens culturels, de valorisation de l’identité nationale et de financement des activités culturelles et l’orientation stratégique actuellement adoptée au sein du ministère. Il affirme, en substance, qu’il lui est impossible de travailler avec conviction dans un tel cadre. Derrière la prudence du langage administratif, le message est sans équivoque : c’est un désaveu direct de la gouvernance actuelle. Une rupture nette qui intervient dans un contexte de crise, quelques jours seulement après le drame survenu à la Citadelle. Car la question centrale demeure : comment un site aussi emblématique a-t-il pu être laissé sans encadrement suffisant ? Pourquoi aucune mesure préventive sérieuse n’a-t-elle été mise en place ? Et surtout, pourquoi l’État semble-t-il incapable de fournir des réponses claires après une tragédie d’une telle ampleur ? La démission de Jean Garry Denis agit comme un révélateur brutal d’un dysfonctionnement plus large. Elle met en lumière un État qui peine à protéger ses symboles, à anticiper les risques et à assumer ses responsabilités. Dans l’opinion publique, la pression s’intensifie. Plusieurs voix exigent désormais des mesures concrètes et des sanctions immédiates. Le ministre de la Culture et de la Communication, la ministre du Tourisme, le ministre de l’Intérieur ainsi que le directeur général de l’ISPAN sont directement pointés du doigt, certains appelant ouvertement à leur départ. Au-delà des individus, c’est toute une culture de gouvernance qui est remise en cause : une gestion réactive plutôt que préventive, une communication floue, et une absence persistante de reddition de comptes. Ce nouvel épisode dépasse le cadre d’une simple démission. Il s’agit d’un test majeur pour un pouvoir fragilisé, désormais sommé de prouver qu’il peut encore assumer ses responsabilités. Faute de quoi, la crise de confiance pourrait atteindre un point de rupture irréversible.

RTVHAITI INVESTIGATION DOSSIER SPÉCIAL CITADELLE HENRY : COMPRENDRE UN DRAME HUMAIN ET INSTITUTIONNEL

INTRODUCTION GÉNÉRALE Le 11 avril 2026, la Citadelle Henry, symbole majeur du patrimoine historique haïtien, a été le théâtre d’un drame marqué par une bousculade ayant entraîné des pertes en vies humaines. À partir du rapport officiel de l’Institut de Sauvegarde du Patrimoine National (,"ISPAN","Institut de Sauvegarde du Patrimoine National"]), ce dossier de RTVHAITI INVESTIGATION propose une lecture complète et structurée des événements. L’objectif n’est pas de juger, mais de comprendre : comprendre comment une journée de visite a basculé dans une situation de crise, et pourquoi les mécanismes de prévention n’ont pas suffi à empêcher le drame. UNE JOURNÉE QUI BASCULE Ce qui devait être une journée de fréquentation touristique normale s’est transformé en un événement de forte affluence difficile à maîtriser. Selon le rapport de l’ISPAN, la Citadelle Henry a connu une arrivée massive de visiteurs, principalement des jeunes, dans un contexte post-Semaine sainte. Cette affluence aurait été amplifiée par des appels diffusés sur les réseaux sociaux, sans coordination préalable avec les institutions responsables de la gestion du site. Très rapidement, le site s’est retrouvé dans une situation de tension progressive, sans dispositif pleinement adapté à l’intensité du flux. L’ENGRENAGE SUR LE TERRAIN Face à l’afflux croissant, des agents municipaux ont été déployés aux entrées du site. Le rapport indique que leur intervention s’est principalement concentrée sur le contrôle des accès, dans un contexte de forte pression humaine. Progressivement, la configuration des entrées est devenue problématique : une seule voie de passage est restée fonctionnelle, tandis qu’une autre porte était fermée. Aucune séparation claire n’a été mise en place entre les personnes entrant et celles sortant. Dans ces conditions, deux mouvements contraires se sont retrouvés face à face au même point de passage. LE MOMENT CRITIQUE Au fil des heures, la situation s’est tendue. Des visiteurs tentaient de quitter le site, tandis que d’autres cherchaient encore à y entrer. La pluie est venue compliquer davantage les déplacements, rendant les mouvements plus lents et plus difficiles. Le point d’accès principal a progressivement atteint un niveau de saturation critique. C’est dans ce contexte qu’une bousculade s’est produite, entraînant des pertes en vies humaines et des blessés. CE QUE LE RAPPORT MONTRE SUR LE FOND Au-delà de l’événement lui-même, le rapport met en lumière plusieurs réalités structurelles. Il ressort notamment que le site ne disposait pas d’un dispositif permanent suffisamment structuré pour gérer ce type d’affluence exceptionnelle. La gestion impliquait plusieurs acteurs institutionnels, mais sans véritable coordination unifiée capable de prendre le relais en situation de crise. Le système de gestion des flux, élément central dans ce type d’infrastructure, n’était pas suffisamment opérationnel pour absorber une montée rapide de fréquentation. UNE ALERTE AVANT LE DRAME Le rapport rappelle qu’une alerte avait été formulée dès le 20 mars 2026 par les services de l’ISPAN. Cette alerte signalait le risque d’une affluence importante et recommandait un renforcement du dispositif de sécurité, ainsi qu’une meilleure organisation des flux de visiteurs. Cependant, selon les éléments disponibles, ces recommandations n’ont pas été entièrement traduites en dispositif opérationnel sur le terrain. UNE COORDINATION FRAGILE La gestion du site repose sur plusieurs institutions : autorités nationales, autorités locales et forces de sécurité. Dans la pratique, cette organisation n’a pas toujours permis une coordination fluide et rapide au moment de la montée de la crise. Le rapport décrit ainsi une situation où chaque acteur intervient dans son champ de compétence, mais sans mécanisme unifié de commandement en situation d’urgence. ENTRE GESTION ADMINISTRATIVE ET EXIGENCE DE SÉCURITÉ Dans la dynamique de l’événement, la gestion des accès a joué un rôle central. Les opérations sur le terrain ont combiné contrôle des entrées et contraintes organisationnelles, dans un contexte de forte affluence. L’absence de séparation des flux entrants et sortants a contribué à créer une situation de blocage progressif au niveau des passages. UNE NOUVELLE RÉALITÉ : L’EFFET DES RÉSEAUX SOCIAUX Le rapport met également en évidence un facteur devenu incontournable dans la gestion des foules modernes : les réseaux sociaux. Une mobilisation rapide, spontanée et massive peut désormais transformer en quelques heures un site touristique en zone de forte pression humaine. Cette réalité impose de nouveaux outils de veille et d’anticipation, encore insuffisamment développés. CE QUI RESTE À ÉCLAIRCIR Malgré les éléments disponibles, plusieurs zones restent encore à préciser dans le cadre des enquêtes en cours : Les décisions exactes prises au moment de la restriction des accès ; -Le niveau réel de coordination entre les différents acteurs ; -L’application effective des recommandations formulées avant l’événement ; -Les modalités de gestion de la foule au moment critique ; -Le rôle précis des dynamiques de mobilisation en ligne. Ces éléments nécessitent des investigations complémentaires. CONCLUSION GÉNÉRALE Le drame de la Citadelle Henry ne peut être réduit à un seul facteur. Il résulte d’une combinaison de conditions humaines, organisationnelles et institutionnelles qui, ensemble, ont dépassé la capacité de gestion du site. Au-delà des responsabilités individuelles, cet événement met en lumière une question essentielle : comment adapter la gestion des sites patrimoniaux haïtiens à des dynamiques de fréquentation de plus en plus rapides, imprévisibles et amplifiées par le numérique ? RTVHAITI INVESTIGATION

Fantom choisit Limonade : le retour d’un souffle sur Haïti

La pluie tombe, le sol tremble, et une voix traverse les nuages : Fantom revient en Haïti. Limonade n’est pas sa naissance, mais elle devient son choix, son refuge, son nouveau royaume. Sous une pluie battante, le vent emporte les échos d’un exil trop long. Fantom, légende du Barikad Crew, se tient là, sur une scène trempée, et chaque goutte semble danser avec ses mots. Il n’est pas né ici, mais aujourd’hui, il adopte Limonade. La ville devient sa racine, son port, le sol où il déposera ses rêves et ses rimes. Les années passées en République dominicaine ont laissé leurs cicatrices : arrestation, détention, frontières fermées. Mais derrière la peur, une force silencieuse a grandi. Sur scène, sous la pluie, cette force éclate en notes et en vers. La ville retient son souffle. Chaque parole est une libération, chaque pas une déclaration : « Je choisis ce pays, je choisis cette ville, je choisis de revenir. » Fantom ne ramène pas seulement sa musique : il transporte ses espoirs, ses luttes et sa lumière. Limonade devient alors plus qu’un lieu : un symbole, un théâtre où la résilience prend forme, où la musique devient manifeste, où chaque goutte de pluie se fait applaudissement. Adopter Limonade, c’est transformer l’exil en retour, la pluie en rythme, et la ville en maison. Fantom n’est plus seulement un artiste : il est un souffle nouveau sur Haïti, une invitation à croire que choisir, revenir et rêver sont des actes de courage.

Décès de Dieudonné Larose : Haïti perd une voix majeure de sa mémoire musicale

La musique haïtienne est en deuil. Le vendredi 9 janvier 2025, Dieudonné Larose, figure emblématique du compas et de la musique populaire haïtienne, s’est éteint, laissant derrière lui une œuvre riche et un héritage profondément ancré dans la mémoire collective. L’annonce de sa disparition a suscité une vive émotion à travers le pays, au point que le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) a publié une note officielle de sympathie saluant la contribution exceptionnelle de l’artiste à la culture nationale. À travers ses chansons, Dieudonné Larose s’était imposé comme une voix incontournable de la scène musicale haïtienne. Son talent, reconnu tant par le public que par ses pairs, lui a permis de traverser les générations, touchant aussi bien les amateurs de compas traditionnel que les jeunes mélomanes. Ses textes, souvent empreints de sensibilité, d’amour et de réalisme social, reflétaient les joies, les douleurs et les espoirs du peuple haïtien. Le CPT, dans sa note de sympathie, souligne que Dieudonné Larose n’était pas seulement un musicien, mais un porteur de mémoire et d’identité. Sa musique, devenue au fil du temps un repère culturel, continuera de résonner « comme un chant d’amour pour Haïti et pour l’humanité ». Une reconnaissance institutionnelle qui témoigne de l’impact durable de l’artiste bien au-delà de la scène musicale. La disparition de Dieudonné Larose laisse un vide immense, non seulement au sein de sa famille et de ses proches, mais aussi dans toute la communauté artistique haïtienne. Pour de nombreux musiciens, il représentait un modèle de rigueur, de créativité et de fidélité à l’authenticité musicale haïtienne. Son parcours inspire aujourd’hui une nouvelle génération appelée à préserver et renouveler cet héritage culturel. Au-delà de l’émotion, la mort de Dieudonné Larose relance également le débat sur la préservation du patrimoine musical haïtien et la reconnaissance des artistes de leur vivant. Dans un pays confronté à de multiples crises, la culture demeure l’un des rares espaces de résistance, de cohésion et d’espoir. Les œuvres de Larose s’inscrivent pleinement dans cette dynamique, rappelant que la musique reste une force de rassemblement et d’affirmation identitaire. En adressant ses condoléances à la famille de l’artiste, à ses amis, à ses collègues musiciens et aux mélomanes, le Conseil Présidentiel de Transition a exprimé le sentiment partagé par toute une nation. Si Dieudonné Larose n’est plus physiquement parmi nous, son héritage artistique, lui, est appelé à traverser le temps. Comme beaucoup de grandes figures de la musique haïtienne, Dieudonné Larose entre désormais dans l’histoire. Une histoire faite de notes, de paroles et d’émotions, qui continueront d’inspirer Haïti et ses générations futures.

Videos pub

SANTé

Scandale médical : une mineure contaminée au VIH, l’OPC exige des sanctions immédiates

Le soleil tape sur la cour de l’hôpital Nos Petits Frères et Sœurs. Des parents, des enfants, des silhouettes fatiguées attendent sous la chaleur. Rien, absolument rien, dans cette scène ordinaire ne laisse deviner qu’ici, il y a sept ans, la vie d’une enfant a basculé. En 2018, une fillette de 10 ans avait été admise pour un soin banal. Quelques heures plus tard, une transfusion lui était administrée. Ce jour-là, dans une salle froide, un geste censé la sauver a bouleversé son futur. Aujourd’hui, devenue adolescente, elle porte encore les conséquences d’une erreur médicale que l’hôpital a reconnue peu après les faits, sans jamais réellement réparer le tort causé. Une famille brisée dans le silence Dans le quartier où la jeune fille vit toujours, les voisins évoquent une famille discrète, épuisée mais digne. L’un d’eux confie, presque en murmurant : « Sa maman ne parle pas beaucoup… mais on voit que cette histoire leur pèse. Ils ont cherché de l’aide partout. C’est comme s’ils avaient crié longtemps dans un espace où personne ne répondait. » Depuis le drame, la famille a dû apprendre à vivre avec un poids qu’elle n’a jamais choisi : consultations, médicaments, rendez-vous, fatigue, inquiétudes, regards parfois lourds. Tout cela dans un pays où les structures d’accompagnement sont souvent inexistantes. L’OPC brise enfin le mur Sept ans après, l’Office de la Protection du Citoyen (OPC) a décidé d’agir. Dans une lettre ferme adressée au ministère de la Santé publique, le Protecteur du citoyen, Me Jean Wilner Morin, exige des sanctions immédiates et une réparation juste pour la jeune fille et ses proches. Pour lui, ce cas représente bien plus qu’une faute médicale : c’est une atteinte directe à la dignité, aux droits et à l’avenir d’une adolescente qui ne méritait que protection. « Ce n’est pas un accident isolé » Un professionnel du secteur médical, touché mais prudent, lâche : « Dans nos hôpitaux, les équipes font ce qu’elles peuvent… mais parfois, le système laisse passer l’irréparable. Et quand ça arrive, les familles restent seules. ». Cette phrase résume la réalité que l’OPC veut mettre en lumière : les contrôles insuffisants, les mécanismes de suivi défaillants, le manque d’encadrement, et surtout le silence qui entoure ces cas. Dans sa correspondance, l’OPC parle même d’autres situations similaires, étouffées par l’absence d’accompagnement pour les victimes. Une adolescence volée Pour la jeune fille, la vie a pris un tournant que ni elle ni sa famille n’avaient imaginé. Les rêves d’enfant, les ambitions scolaires, l’insouciance… tout cela s’est heurté à une réalité douloureuse. Un proche de la famille raconte : « Ce n’est pas seulement une maladie. C’est le choc, la honte qu’on impose, la peur du lendemain, l’injustice. Elle n’a rien demandé… elle voulait juste guérir. » Dans les couloirs de l’hôpital, le contraste est brutal : les files d’attente, les pas pressés, les pleurs parfois… Et au milieu, l’histoire d’une adolescente qui rappelle ce que peut coûter une seule négligence. Un pays face à un choix moral Ce drame n’est pas un cas isolé, mais il devient un symbole. Un symbole de ce que vit une population qui ne demande que des soins sûrs, respectueux, encadrés. Pour l’OPC, l’heure n’est plus aux excuses. Il faut des sanctions, oui. Mais il faut surtout redonner à cette jeune fille et à toutes les autres victimes possibles la place qu’elles méritent : celle d’êtres humains auxquels l’État doit protection, transparence et justice. Un appel à la conscience collective Ce cas rappelle une vérité sensible : derrière chaque faute médicale se cache une vie, une famille, une histoire. Et derrière chaque silence institutionnel, il y a une souffrance qui s’alourdit. Le drame de Tabarre doit devenir un tournant. Pas seulement pour sanctionner, mais pour reconstruire. Pour que les hôpitaux soient des lieux de guérison, pas des lieux où une simple erreur peut briser une enfance.

Nathacha Rosier : l’infirmière qui transforme des vies et inspire tout un peuple

Dans le Sud d’Haïti, là où les routes s’effacent entre montagnes et ravines, une femme illumine les villages et réinvente la santé avec courage, vision et passion. Nathacha Rosier n’est pas seulement une infirmière diplômée : elle est une force de transformation, une entrepreneure sociale audacieuse, et une leader communautaire engagée. Chaque jour, elle incarne ce que signifie véritablement servir, protéger et inspirer. Depuis ses débuts à Maniche, elle a choisi un chemin rare : mettre la santé et le bien-être au cœur de sa mission, en allant au-delà des murs des institutions, là où les patients sont le plus vulnérables. Diplômée en sciences infirmières en 2020 à l’Université Notre Dame d’Haïti et licenciée par le MSPP en 2021, elle a très vite démontré que la compétence seule ne suffit pas : il faut la passion, l’audace, la créativité et le courage pour transformer une communauté. Une vision audacieuse et un engagement sans faille Nathacha n’attend pas que les solutions viennent des autres. Elle crée, innove et agit. Février 2021 : Elle fonde Miss Nathou Resto, promouvant une alimentation saine, naturelle et accessible. Août 2021 : Après le séisme, elle organise la cuisson et la distribution de repas pour les familles sinistrées, apportant soutien et espoir en temps de crise. Décembre 2021 : Elle rejoint le centre de santé de Maniche, développant des programmes de prévention et de dépistage, touchant des centaines de femmes et d’hommes. Cette capacité à anticiper, innover et agir est l’une des qualités majeures qui fait d’elle une entrepreneure à succès : vision claire, leadership, audace et persévérance. Une clinique mobile, un pont vers l’espoir En août 2024, elle transforme son rêve en réalité : sa propre clinique à domicile, sillonnant les villages les plus reculés de Maniche, Camp Périn, Guilgo, Coraux, Saint-Louis, Cavaillon et Bananier. Depuis, elle a soigné près de 200 patients, franchissant ravines et chemins impraticables, chaque trajet étant un acte de courage, chaque geste posé un acte d’humanité. Chaque vie sauvée est un trophée, chaque sourire retrouvé un triomphe sur l’adversité. Les familles pleines de gratitude témoignent que Nathacha ne sauve pas seulement des corps, mais redonne la confiance et la dignité. Leadership et impact durable Pour amplifier son action, Nathacha fonde en juin 2025 l’OPSED’S (Organisation des Professionnels Sanitaires Engagés pour le Développement du Sud). Cette initiative fédère les professionnels de santé autour d’un objectif clair : protéger, éduquer et renforcer la communauté. Juillet 2025 : Formation de plus de 100 habitants aux gestes de premiers secours. Août 2025 : Organisation d’une clinique mobile gratuite, offrant des soins primaires à tous. Ces réalisations témoignent de son esprit stratégique, de sa discipline et de sa capacité à mobiliser et inspirer. Elle combine la vision d’une leader, le courage d’une aventurière et la sensibilité d’une humaniste. Un modèle universel d’excellence Nathacha Rosier est bien plus qu’une infirmière : elle est un exemple vivant de ce qu’une entrepreneure, un leader et une humaniste peuvent accomplir. Elle allie : -Vision et audace pour créer des solutions innovantes. -Persévérance et résilience face aux obstacles. -Leadership et capacité à inspirer ceux qui l’entourent. -Compassion et humanité pour transformer chaque vie en victoire. Elle milite pour un hôpital digne à Maniche, capable de traiter tous les patients, prouvant que la santé est un droit, pas un privilège. Ine source d’inspiration mondiale Aujourd’hui, Nathacha Rosier est un phare pour sa communauté, un modèle d’entrepreneuriat social et un exemple universel de courage et de détermination. Chaque patient soigné, chaque vie sauvée et chaque sourire retrouvé est la preuve qu’un seul individu, guidé par la passion, le service et l’excellence, peut transformer une région entière et inspirer le monde entier.

Haïti : alerte sanitaire après le passage de l’ouragan Melissa

Lors de la 28ᵉ édition des #MardisDeLaNation, le Gouvernement à travers son ministre de la santé, Dr Sinal BERTRAND a présenté les mesures mises en œuvre pour contenir cette crise sanitaire. L’accent est mis sur la prévention, la protection des populations vulnérables et la réhabilitation rapide des infrastructures de santé endommagées. Parmi les actions prioritaires : -Assistance immédiate aux populations sinistrées et soutien aux structures sanitaires affectées ; -Campagnes de sensibilisation et prévention, avec un message clair sur l’importance de l’eau potable, de l’hygiène personnelle et de la sécurité alimentaire ; -Opérations d’assainissement et distribution de kits d’hygiène dans les communautés les plus exposées ; -Surveillance sanitaire renforcée, permettant une réaction rapide face aux nouveaux cas et une coordination étroite avec les partenaires locaux et internationaux ; -Mobilisation des équipes médicales pour garantir la prise en charge des malades et la mise en place de centres de traitement temporaires si nécessaire. Le Gouvernement appelle toutes les communautés à rester vigilantes et à coopérer pleinement pour limiter la propagation des maladies. La population est invitée à respecter les mesures d’hygiène, à privilégier l’eau traitée ou bouillie et à signaler toute situation suspecte aux autorités sanitaires. Face à ces défis post-catastrophe, la prévention et la réactivité restent les armes essentielles pour protéger la santé publique et éviter que la situation ne se transforme en crise majeure.

Automédication en Haïti : une bombe silencieuse dans les foyers

Dans une petite pharmacie de Carrefour, une mère tend un billet de 500 gourdes au comptoir. Sans ordonnance, elle repart avec des antibiotiques pour “faire passer la fièvre” de son fils. Ce geste anodin, répété chaque jour dans les quatre coins du pays, illustre un danger invisible : l’automédication, une pratique devenue aussi courante que risquée En Haïti, se soigner soi-même sans avis médical est presque une norme. Pourtant, selon les experts, cette habitude pourrait à long terme affaiblir tout le système de santé. Pour en parler, Radio Télé Voix d’Haïti s’est entretenue avec le Dr André-Louis Bernard, médecin généraliste, professeur d’université et spécialiste en santé publique, formé à Cuba et en Suisse. Qu’est-ce que l’automédication ? Maxime Daniel Etienne (Journaliste) : Docteur Bernard, que signifie exactement “automédication” ? Dr André-Louis Bernard : “L’automédication, c’est le fait de se soigner soi-même sans consulter un professionnel. Cela inclut l’usage de médicaments achetés sans ordonnance, de restes de traitements ou de remèdes traditionnels. Cela peut sembler pratique, mais c’est une habitude dangereuse, surtout lorsqu’elle devient systématique.” « L’automédication n’est pas une solution, c’est une bombe à retardement sanitaire. » Dr Bernard Maxime Daniel Etienne : Quelles sont les principales causes de ce phénomène ? Dr André-Louis Bernard : “Il y en a plusieurs. D’abord, l’accès difficile aux soins : les hôpitaux sont souvent saturés ou trop éloignés. Ensuite, le coût élevé des consultations pousse beaucoup de familles à chercher des alternatives. À cela s’ajoute la facilité d’accès aux médicaments certaines pharmacies vendent sans ordonnance et la tradition des remèdes maison.” Un autre facteur majeur demeure le manque de sensibilisation. Selon une étude menée en 2023 par la Faculté de Médecine de l’Université d’État d’Haïti, plus de 65 % des Haïtiens reconnaissent avoir déjà pris des médicaments sans avis médical. « L’automédication n’est pas un choix individuel. C’est un problème collectif qui menace la santé publique. » Dr Bernard Des risques graves, souvent ignorés Les conséquences de l’automédication sont multiples et parfois irréversibles : Retard de diagnostic : certaines maladies graves passent inaperçues. Surdosage ou intoxication : les anti-inflammatoires et le paracétamol peuvent endommager le foie et les reins. Résistance bactérienne : l’usage abusif d’antibiotiques rend les infections plus difficiles à traiter. Effets secondaires imprévus : allergies, troubles digestifs, hémorragies, voire hospitalisations. Cas concret : “Un adolescent a pris plusieurs antibiotiques pour une fièvre. En réalité, il souffrait d’une infection pulmonaire sévère. Il a été hospitalisé d’urgence et heureusement sauvé, mais cette erreur aurait pu lui coûter la vie.” Dr Bernard Remèdes traditionnels : entre culture et confusion En Haïti, les plantes médicinales occupent une place historique dans les foyers. Si certaines ont des vertus reconnues, leur usage incontrôlé peut s’avérer dangereux. « Les plantes peuvent soulager certains symptômes, mais elles ne remplacent pas un diagnostic médical. Mal utilisées, elles peuvent aggraver l’état du patient. » Dr Bernard Les pharmacies, quant à elles, jouent parfois un rôle ambigu : la vente sans contrôle de médicaments favorise une spirale de dépendance et de faux traitements. Comment réduire ce fléau ? Le Dr Bernard propose plusieurs pistes de solution : 1. Consulter un médecin dès que les symptômes persistent. 2. Éviter l’usage d’antibiotiques sans prescription. 3. Respecter les doses indiquées sur les ordonnances. 4. Renforcer la régulation du secteur pharmaceutique. 5. Multiplier les campagnes de sensibilisation dans les écoles, médias et églises. « La prévention est la meilleure médecine. Informer, c’est déjà soigner. » Dr Bernard Une urgence de santé publique Au-delà des comportements individuels, l’automédication révèle une crise structurelle du système de santé haïtien : hôpitaux sous-équipés, absence de politique nationale sur le médicament, et vide réglementaire permettant la vente libre de produits potentiellement dangereux. « Tant que les médicaments se vendront comme du pain, la santé publique haïtienne restera en sursis. » Dr André-Louis Bernard Conclusion L’automédication en Haïti est plus qu’un réflexe populaire : c’est une bombe silencieuse qui fragilise les familles et compromet les efforts médicaux. Face à ce constat, la solution passe par l’éducation sanitaire, la régulation stricte et la responsabilité collective. Chaque comprimé pris sans avis médical est un pari risqué sur la santé un pari que trop de foyers haïtiens continuent malheureusement de perdre.

publié récemment

Actualité

Citadelle Laferrière, Sans-Souci, Ramiers : gouvernance absente d’un patrimoine mondial sous pression structurelle

Le drame du 11 avril 2026 à la Citadelle Laferrière s’inscrit dans cette dynamique de rupture structurelle, où les défaillances organisationnelles remplacent progressivement les mécanismes de prévention. 1. Un patrimoine mondial sans gouvernance stable Le Parc National Historique s’étend sur environ 25 km² et dépasse la simple fonction touristique. Il s’agit d’un espace complexe combinant enjeux culturels, environnementaux, économiques et communautaires. Entre 2018 et 2022, l’Autorité de Gestion du Parc (AGP), mise en place dans le cadre du projet PAST financé par la Banque mondiale, avait instauré une coordination interinstitutionnelle impliquant plusieurs acteurs publics. Cette structure constituait un cadre opérationnel de gestion intégrée. Depuis 2022, cette architecture s’est interrompue sans mécanisme de remplacement équivalent, laissant le Parc sans pilotage institutionnel stable. 2. Une dégradation progressive des dispositifs de contrôle L’absence de gouvernance s’est traduite par une accumulation de vulnérabilités : dégradation de sites historiques et risques d’incendie vols d’objets patrimoniaux exploitation anarchique du territoire flux touristiques non régulés conflits entre acteurs locaux insuffisance des dispositifs de sécurité pressions environnementales croissantes Ces éléments traduisent une perte progressive de contrôle institutionnel. 3. Le 11 avril 2026 : une crise de gestion révélée L’afflux massif de visiteurs à la Citadelle, sans limitation de capacité ni dispositif de régulation, met en évidence une défaillance structurelle majeure. Un site de cette importance exige normalement : quotas d’accès définis circuits touristiques organisés surveillance permanente protocoles d’urgence opérationnels coordination interinstitutionnelle active L’absence de ces éléments transforme le site en espace à risque accru. 4. Une altitude déterminante et un enjeu sanitaire sous-estimé La Citadelle Laferrière est située à environ 910 mètres d’altitude sur le massif du Nord. Cette configuration géographique implique des contraintes physiologiques réelles, notamment pour certains profils de visiteurs : personnes asthmatiques individus atteints de troubles respiratoires chroniques visiteurs à faible capacité cardio-respiratoire L’effort prolongé de montée, combiné à l’altitude et aux conditions climatiques, peut provoquer des détresses respiratoires si aucune assistance médicale n’est disponible. 5. Guides touristiques : vers un profil hybride Le rôle des guides ne peut plus se limiter à la transmission historique. Il doit intégrer une dimension de sécurité opérationnelle. Les guides doivent désormais être : formés à l’histoire et à la médiation culturelle capables d’encadrer les flux touristiques formés aux premiers secours et aux situations d’urgence aptes à identifier les signes de détresse médicale intégrés au dispositif global de sécurité du site Ils deviennent des acteurs de première intervention sur le terrain. 6. Une infirmerie comme dispositif stratégique La présence d’une infirmerie fonctionnelle au sein du Parc constitue un impératif structurel. Elle doit permettre : la prise en charge immédiate des urgences médicales la stabilisation des cas critiques (dont crises respiratoires) la coordination avec les évacuations sanitaires la disponibilité de matériel de premiers soins la présence de personnel qualifié en urgence Sans ce dispositif, la chaîne de sécurité reste incomplète. 7. Des issues de secours insuffisamment structurées Un dispositif patrimonial sécurisé exige également : des voies d’évacuation identifiées et accessibles une signalisation claire et permanente des points de regroupement sécurisés des procédures d’évacuation connues et testées une coordination avec les services de secours Ces éléments demeurent insuffisamment consolidés dans l’architecture actuelle du site. 8. Une feuille de route existante mais non appliquée Le projet PAST avait défini une stratégie complète autour de l’AGP : a) Structuration institutionnelle reconnaissance légale de l’AGP clarification des responsabilités ministérielles stabilisation budgétaire b) Organisation opérationnelle corps technique spécialisé contrôle des accès et des flux mise en œuvre du plan UNESCO c) Encadrement des acteurs locaux accréditation des guides et intervenants gestion des activités économiques mécanismes de médiation des conflits 9. Une gouvernance financièrement viable mais inachevée Le modèle initial reposait sur : financement public appui international taxation touristique structurée fonds dédié à la gestion du Parc Cette architecture visait une autonomie progressive aujourd’hui non réalisée. 10. Repenser urgemment la gouvernance du Parc Les mesures prioritaires incluent : réactivation immédiate de l’AGP sur base légale régulation stricte des flux touristiques mise en œuvre du plan de gestion existant renforcement de la sécurité et des infrastructures intégration formelle des acteurs locaux La Citadelle Laferrière, le Palais Sans-Souci et l’ensemble du Parc National Historique représentent bien plus qu’un ensemble patrimonial : ils incarnent une mémoire nationale structurante. Mais un patrimoine sans gouvernance devient une vulnérabilité systémique. Le drame du 11 avril 2026 révèle une réalité centrale : ce n’est pas seulement le site qui est en danger, mais le modèle de gestion lui-même. Les outils existent, les diagnostics sont établis, les solutions sont connues. L’enjeu est désormais celui de la décision, de la continuité institutionnelle et de l’action effective. Maxime Daniel ETIENNE Ancien élève du Collège la Ferrière de Milot.

Date : 17-Apr-2026
Auteur : Maxime Daniel ETIENNE
Actualité

25 000 gourdes pour une vie : arrestations, révocations et démission après le drame de la Citadelle

Les autorités judiciaires ont confirmé plusieurs interpellations dans le cadre de l’enquête. Le maire de Milot, Wesner Joseph, a été arrêté et placé en garde à vue. Cinq agents de la police municipale Jhon Coxllee alias Myson, Genové Octavien, Altidor Arly, Louis Max Andy et Césaire Wilner Billy sont également interpellés. Deux employés de l’ISPAN, Wilfrid César et Valmyr Techlin, figurent aussi parmi les personnes arrêtées. Le directeur départemental de l’ISPAN, Achile Néat, initialement interpellé, a été libéré de manière irrégulière avant de prendre la fuite, selon les informations judiciaires. Sur le plan administratif, le ministère de la Culture et de la Communication a révoqué deux responsables : le directeur départemental de l’ISPAN et un cadre du ministère jugé défaillant dans la gestion de la crise. Dans le même contexte, Jean Garry Denis, directeur général du ministère de la Culture et de la Communication, a présenté sa démission dans un climat de fortes tensions institutionnelles. Le gouvernement maintient une indemnisation de 250 000 gourdes (≈ 1 913 USD) par victime, en attendant les conclusions de l’enquête. Le gouvernement maintient une indemnisation de 250 000 gourdes (≈ 1 913 USD) par victime, en attendant les conclusions de l’enquête.Mais au-delà des chiffres et des procédures, une réalité s’impose : la chaîne institutionnelle a réagi après la catastrophe, jamais avant. Arrestations, révocations, démission et compensation financière composent désormais le schéma standard de gestion du drame. Un schéma où l’urgence remplace la prévention, et où la sanction arrive toujours après le silence des morts. À la Citadelle Laferrière, ce ne sont pas seulement des responsabilités individuelles qui sont mises en cause, mais une architecture entière de gouvernance incapable d’anticiper ses propres risques. Et dans cette séquence désormais familière, une constante demeure : L'état ne prévient pas toujours les catastrophes mais il excelle à en organiser la gestion après coup.

Date : 17-Apr-2026
Auteur : Maxime Daniel ETIENNE
Économie

Investissement de 10,2 millions de dollars : ALPLA s’implante dans la zone franche de CODEVI

Ouanaminthe, 15 avril 2026 — L’État haïtien mise sur l’investissement étranger pour relancer son appareil productif. La signature de la convention d’établissement d’ALPLA HAITI S.A., pilotée par le ministère du Commerce et de l’Industrie dirigé par James Monazard, formalise un projet industriel de plus de 10,2 millions de dollars dans la zone franche de CODEVI. Selon les autorités, cet investissement s’inscrit dans une politique visant à redynamiser le tissu industriel national et à renforcer les chaînes de valeur locales. Le choix de CODEVI, située à la frontière haïtiano-dominicaine, repose sur son positionnement stratégique et son potentiel d’expansion industrielle. Le gouvernement entend également utiliser ce projet comme un signal adressé aux partenaires internationaux, dans un contexte marqué par l’instabilité sécuritaire et les incertitudes économiques. L’objectif est clair : restaurer la crédibilité d’Haïti en tant que destination pour les investissements productifs. Au-delà des retombées financières, les autorités mettent en avant les perspectives de création d’emplois et de transfert de compétences. L’introduction de nouvelles normes industrielles pourrait contribuer à améliorer la compétitivité du secteur manufacturier haïtien à moyen terme. La concrétisation du projet implique plusieurs institutions publiques, notamment le Centre de Facilitation des Investissements (CFI), la Direction générale des zones franches et la Commission interministérielle des investissements, appelées à faciliter les procédures administratives. Reste que plusieurs défis persistent. L’insécurité, les déficits en infrastructures et les contraintes énergétiques constituent des facteurs de risque majeurs. La capacité de l’État à garantir un environnement stable sera déterminante pour assurer la mise en œuvre effective de cet investissement et en maximiser les retombées économiques.

Date : 17-Apr-2026
Auteur : Maxime Daniel ETIENNE
Actualité

Dessalines : la démission qui expose le silence de l’État

Marchand-Dessalines, 15 avril 2026. La démission de Dunord Siléus, effective depuis le 6 avril, intervient dans un contexte d’insécurité extrême marqué par les attaques répétées de Kokorat San Ras et Gran Grif. Dans sa lettre, l’ex-maire dénonce un « silence complice » de l’État, après des mois de violences : commissariat incendié, localités attaquées, populations déplacées. Malgré un ultimatum lancé au gouvernement, aucune réponse concrète n’a été apportée. Cette démission met en évidence une réalité préoccupante : face à la progression des groupes armés, l’absence d’actions efficaces fragilise davantage les autorités locales et laisse la population sans protection. À Dessalines, la violence avance. Et l’État recule. Mais au-delà des faits, un constat s’impose avec brutalité : ce vide de réaction n’est plus perçu comme une simple lenteur administrative, mais comme une faillite opérationnelle. Pendant que les gangs structurent leur emprise, l’autorité publique donne l’impression d’un système figé, incapable de reprendre le contrôle d’un territoire qui lui échappe progressivement. Dans ce climat, l’inaction devient elle-même un facteur d’aggravation. Elle installe la peur, normalise l’insécurité et affaiblit davantage la confiance déjà fragile entre citoyens et institutions. À mesure que l’État tarde à agir, ce sont d’autres forces qui imposent leur loi. La démission de Dunord Siléus dépasse le cadre local. Elle sonne comme une alerte nationale : lorsque l’État ne répond plus, il cède du terrain — et avec lui, une part de sa légitimité. Reste à savoir si ce signal sera enfin entendu, ou s’il se perdra, lui aussi, dans le silence.

Date : 17-Apr-2026
Auteur : Maxime Daniel ETIENNE

A LA UNE

Les soixante-dix ans des relations haïtiano-taïwanaises : entre dépendance et ambiguïtés stratégiques

A- Mise en contexte Les relations entre Haïti et la République de Chine (Taïwan) ont été etablies en 1956 sous la Présidence du général Paul Eugène Magloire. En effet, après une visite à Washington et au Capitole, ce dernier s'était distingué par sa voix en faveur de l'anticommunisme international. Alors, en pleine période de Guerre Froide (1947-1989), ses positions étaient bénéfiques pour les États-Unis, qui pouvaient compter sur lui dans leurs luttes contre les soviétiques. L'opposition de Magloire à l'expansion du communisme a rayonné dans tout le Pacifique, jusqu'à être entendue par le général Tchang-Kai chek, Président d'alors de la République de Chine (Taïwan) et grande figure asiatique de la lutte anti-communiste. C'est bien dans ce contexte que les relations haïtiano-taïwanaises ont évolué dès le début, incrites dans un cadre idéologique mutuel qui est le combat contre le communisme, soutenu grandement par les Américains. Ces relations, malgré le départ de Magloire, s'alignaient encore sur la même voie idéologique avec l'élection de François Duvalier (1957-1971), qui est celle de combattre les communistes. De fait, Papa Doc se montrait acide contre Cuba et de sa Révolution (1959) où il a été l'artisan incontournable ayant consacré l'expulsion de Cuba dans l'Organisation des États Américains en 1962. Haïti, sous l'ère de François Duvalier, par l'intermédiaire de son Ambassadeur, Carlet R. Auguste, accrédité auprès des Nations-Unies, a mené des plaidoyers dans le but de chasser des Nations-Unies les représentants légitimes de la Chine nationaliste pour les remplacer par la République de Chine (Taïwan). Les positions d'Haïti en faveur de Taïwan ont facilité la signature d'un Traité d'amitié à Port-au-Prince, le 25 février 1966, où les deux États s'accordent à travailler au renforcement de leurs liens et à la promotion de leurs intérêts. Ces liens seront toutefois renforcés avec la signature d'Accords d'Amitié et de Coopération dans les domaines agricole ; commercial ; culturel, technique et scientifique ; économique et financier ; respectivement en 1972, en 1974 et en 1983. Ces vingt-cinq dernières années, environ sept accords et mémorandum dans les domaines de coopération économique et d'infrastructures ont été signés. Il faut signaler que malgré l'exclusion de Taïwan de l'Organisation des Nations-Unies et de son remplacement par la République Populaire de Chine (la Grande Chine), Haïti continue d'apporter son soutien à Taïwan. B- Relations haïtiano-taïwanaises : enjeux, retombés et rupture L'engagement d'Haïti auprès de Taïwan depuis des décennies s'accompagne d'enjeux majeurs questionnant ainsi par plus d'un, avisé sur les questions géopolitiques, la stratégie diplomatique d'Haïti sur la scène internationale. Dans le cadre des relations entre Haïti et Taïwan, les enjeux ne sont pas les mêmes. En effet, la République de Chine défend sa reconnaissance internationale du côté d'Haïti. De fait, toute rupture avec Haïti serait un coup géopolitique fatal pour l'île Formose. L'idée, c'est d'éviter tout rapprochement entre Haïti et la République Populaire de Chine (la Grande Chine). Cependant, pour Haïti, cette relation de coopération doit nécessairement répondre aux exigences constantes d'un souci de développement. L'enjeu pour Haïti est foncièrement économique avec probablement des retombés très significatives. Si pour certains observateurs, Taïwan a beaucoup apporté à Haïti sur le plan économique avec des projets en termes d'infrastructures agricoles (financement de l'Organisme de Développement de la Vallée de l'Artibonite/ODVA) ; routières (construction du boulevard Toussaint Louverture/Route de l'Aéroport) ; sanitaires (construction de l'OFATMA des Cayes) ; sociales (construction de logements sociaux dans la zone de l'aviation et financement du programme de cantine scolaire) ; éducatif et culturel (l'octroi des bourses d'excellence académique pour Taïpei, construction de bâtiments scolaires, financement de centres culturels comme la Ciné Triomphe au Champs-de-Mars), pour d'autres, les relations haïtiano-taïwanaises ne peuvent se résumer à une dynamique d'offrir à Haïti ce dont elle a besoin (assistanat). En d'autres termes, cette relation s'inscrit dans un modèle Nord-Sud axé sur une logique de dépendance permanente pour la survie de la population haïtienne. Au contraire, celle-ci devrait-être une stratégie avec des mécanismes pouvant assurer l'autonomie d'Haïti, en lui dotant de moyens nécessaires pour sa relève économique. Les adeptes de cette vison ont souvent opposé la coopération taïwanaise et la coopération de la République Populaire de Chine à travers le monde, où cette dernière s'avérait la mieux bénéfique pour Haïti, de par ses résultats en Amérique latine et en Afrique. Pour eux, le fait qu'Haïti soit alignée sur Taipei, c'est une incompréhension, jusqu'à même parler d'ambiguïtés stratégique, surtout par rapport à la position américaine sur la question taïwanaise qui nous influence tant depuis ces dernières années et qui nous empêche de revoir notre position sur Taïwan et en même temps d'analyser l'offre diplomatique de Pékin. Ainsi, Haïti devrait opter définitivement pour la coopération avec la République Populaire de Chine. En somme, les relations entre Haïti et Taïwan ont toujours été très appréciées par les dirigeants des deux pays. Cependant, après ces soixante-dix années de coopération, elles devraient-être analysées, évaluées et même questionnées par rapport aux objectifs de développement durable sur lesquels Haïti devrait se fixer. D'abord sur le plan politique, ce qui exige une volonté politique orientée vers le renforcement institutionnel et structurel afin de résoudre les problèmes liés au développement national. Ensuite, sur le plan socio-économique, qui consiste à créer les conditions nécessaires pour attirer, convaincre et profiter pleinement du plein potentiel de développement de Taïwan à travers un cadre de coopération redéfini prenant en compte les capacités d'attraction économique de chaque région du pays. Enfin, sur le plan académique et culturel, il s'agit de promouvoir un cadre de coopération d'échange adapté aux besoins nécessaires du pays. Par exemple, l'octroi des bourses d'études d'excellence dans des domaines relatifs aux sciences dures et à la formation professionnelle. Ce qui pourrait contribuer au renforcement de la coopération entre Haïti et Taïwan. Bibliographie - Arthus Wein Weibert, Duvalier à l'ombre de la Guerre Froide : Les dessous de la politique étrangère d'Haïti(1957-1963), Port-au-Prince, édition l'imprimeur, 2014, 389 pages. - Auguste R. Carlet, La voix d'Haïti à l'ONU. de 1959 à 1967. Vol I, Port-au-Prince, Imprimerie Henri Deschamps, 1980, 192 pages. - Charles Etzer, Le pouvoir politique en Haïti de 1957 à nos jours , Paris, édition Karthala, 1994, 440 pages. - Louis J. Guy-Marie, La Coopération haïtiano-taïwanaise : un modèle de coopération Nord-Sud , Port-au-Prince, édition BNH, 2017, 190 pages.

Citadelle Laferrière, Sans-Souci, Ramiers : gouvernance absente d’un patrimoine mondial sous pression structurelle

Le drame du 11 avril 2026 à la Citadelle Laferrière s’inscrit dans cette dynamique de rupture structurelle, où les défaillances organisationnelles remplacent progressivement les mécanismes de prévention. 1. Un patrimoine mondial sans gouvernance stable Le Parc National Historique s’étend sur environ 25 km² et dépasse la simple fonction touristique. Il s’agit d’un espace complexe combinant enjeux culturels, environnementaux, économiques et communautaires. Entre 2018 et 2022, l’Autorité de Gestion du Parc (AGP), mise en place dans le cadre du projet PAST financé par la Banque mondiale, avait instauré une coordination interinstitutionnelle impliquant plusieurs acteurs publics. Cette structure constituait un cadre opérationnel de gestion intégrée. Depuis 2022, cette architecture s’est interrompue sans mécanisme de remplacement équivalent, laissant le Parc sans pilotage institutionnel stable. 2. Une dégradation progressive des dispositifs de contrôle L’absence de gouvernance s’est traduite par une accumulation de vulnérabilités : dégradation de sites historiques et risques d’incendie vols d’objets patrimoniaux exploitation anarchique du territoire flux touristiques non régulés conflits entre acteurs locaux insuffisance des dispositifs de sécurité pressions environnementales croissantes Ces éléments traduisent une perte progressive de contrôle institutionnel. 3. Le 11 avril 2026 : une crise de gestion révélée L’afflux massif de visiteurs à la Citadelle, sans limitation de capacité ni dispositif de régulation, met en évidence une défaillance structurelle majeure. Un site de cette importance exige normalement : quotas d’accès définis circuits touristiques organisés surveillance permanente protocoles d’urgence opérationnels coordination interinstitutionnelle active L’absence de ces éléments transforme le site en espace à risque accru. 4. Une altitude déterminante et un enjeu sanitaire sous-estimé La Citadelle Laferrière est située à environ 910 mètres d’altitude sur le massif du Nord. Cette configuration géographique implique des contraintes physiologiques réelles, notamment pour certains profils de visiteurs : personnes asthmatiques individus atteints de troubles respiratoires chroniques visiteurs à faible capacité cardio-respiratoire L’effort prolongé de montée, combiné à l’altitude et aux conditions climatiques, peut provoquer des détresses respiratoires si aucune assistance médicale n’est disponible. 5. Guides touristiques : vers un profil hybride Le rôle des guides ne peut plus se limiter à la transmission historique. Il doit intégrer une dimension de sécurité opérationnelle. Les guides doivent désormais être : formés à l’histoire et à la médiation culturelle capables d’encadrer les flux touristiques formés aux premiers secours et aux situations d’urgence aptes à identifier les signes de détresse médicale intégrés au dispositif global de sécurité du site Ils deviennent des acteurs de première intervention sur le terrain. 6. Une infirmerie comme dispositif stratégique La présence d’une infirmerie fonctionnelle au sein du Parc constitue un impératif structurel. Elle doit permettre : la prise en charge immédiate des urgences médicales la stabilisation des cas critiques (dont crises respiratoires) la coordination avec les évacuations sanitaires la disponibilité de matériel de premiers soins la présence de personnel qualifié en urgence Sans ce dispositif, la chaîne de sécurité reste incomplète. 7. Des issues de secours insuffisamment structurées Un dispositif patrimonial sécurisé exige également : des voies d’évacuation identifiées et accessibles une signalisation claire et permanente des points de regroupement sécurisés des procédures d’évacuation connues et testées une coordination avec les services de secours Ces éléments demeurent insuffisamment consolidés dans l’architecture actuelle du site. 8. Une feuille de route existante mais non appliquée Le projet PAST avait défini une stratégie complète autour de l’AGP : a) Structuration institutionnelle reconnaissance légale de l’AGP clarification des responsabilités ministérielles stabilisation budgétaire b) Organisation opérationnelle corps technique spécialisé contrôle des accès et des flux mise en œuvre du plan UNESCO c) Encadrement des acteurs locaux accréditation des guides et intervenants gestion des activités économiques mécanismes de médiation des conflits 9. Une gouvernance financièrement viable mais inachevée Le modèle initial reposait sur : financement public appui international taxation touristique structurée fonds dédié à la gestion du Parc Cette architecture visait une autonomie progressive aujourd’hui non réalisée. 10. Repenser urgemment la gouvernance du Parc Les mesures prioritaires incluent : réactivation immédiate de l’AGP sur base légale régulation stricte des flux touristiques mise en œuvre du plan de gestion existant renforcement de la sécurité et des infrastructures intégration formelle des acteurs locaux La Citadelle Laferrière, le Palais Sans-Souci et l’ensemble du Parc National Historique représentent bien plus qu’un ensemble patrimonial : ils incarnent une mémoire nationale structurante. Mais un patrimoine sans gouvernance devient une vulnérabilité systémique. Le drame du 11 avril 2026 révèle une réalité centrale : ce n’est pas seulement le site qui est en danger, mais le modèle de gestion lui-même. Les outils existent, les diagnostics sont établis, les solutions sont connues. L’enjeu est désormais celui de la décision, de la continuité institutionnelle et de l’action effective. Maxime Daniel ETIENNE Ancien élève du Collège la Ferrière de Milot.

25 000 gourdes pour une vie : arrestations, révocations et démission après le drame de la Citadelle

Les autorités judiciaires ont confirmé plusieurs interpellations dans le cadre de l’enquête. Le maire de Milot, Wesner Joseph, a été arrêté et placé en garde à vue. Cinq agents de la police municipale Jhon Coxllee alias Myson, Genové Octavien, Altidor Arly, Louis Max Andy et Césaire Wilner Billy sont également interpellés. Deux employés de l’ISPAN, Wilfrid César et Valmyr Techlin, figurent aussi parmi les personnes arrêtées. Le directeur départemental de l’ISPAN, Achile Néat, initialement interpellé, a été libéré de manière irrégulière avant de prendre la fuite, selon les informations judiciaires. Sur le plan administratif, le ministère de la Culture et de la Communication a révoqué deux responsables : le directeur départemental de l’ISPAN et un cadre du ministère jugé défaillant dans la gestion de la crise. Dans le même contexte, Jean Garry Denis, directeur général du ministère de la Culture et de la Communication, a présenté sa démission dans un climat de fortes tensions institutionnelles. Le gouvernement maintient une indemnisation de 250 000 gourdes (≈ 1 913 USD) par victime, en attendant les conclusions de l’enquête. Le gouvernement maintient une indemnisation de 250 000 gourdes (≈ 1 913 USD) par victime, en attendant les conclusions de l’enquête.Mais au-delà des chiffres et des procédures, une réalité s’impose : la chaîne institutionnelle a réagi après la catastrophe, jamais avant. Arrestations, révocations, démission et compensation financière composent désormais le schéma standard de gestion du drame. Un schéma où l’urgence remplace la prévention, et où la sanction arrive toujours après le silence des morts. À la Citadelle Laferrière, ce ne sont pas seulement des responsabilités individuelles qui sont mises en cause, mais une architecture entière de gouvernance incapable d’anticiper ses propres risques. Et dans cette séquence désormais familière, une constante demeure : L'état ne prévient pas toujours les catastrophes mais il excelle à en organiser la gestion après coup.

Investissement de 10,2 millions de dollars : ALPLA s’implante dans la zone franche de CODEVI

Ouanaminthe, 15 avril 2026 — L’État haïtien mise sur l’investissement étranger pour relancer son appareil productif. La signature de la convention d’établissement d’ALPLA HAITI S.A., pilotée par le ministère du Commerce et de l’Industrie dirigé par James Monazard, formalise un projet industriel de plus de 10,2 millions de dollars dans la zone franche de CODEVI. Selon les autorités, cet investissement s’inscrit dans une politique visant à redynamiser le tissu industriel national et à renforcer les chaînes de valeur locales. Le choix de CODEVI, située à la frontière haïtiano-dominicaine, repose sur son positionnement stratégique et son potentiel d’expansion industrielle. Le gouvernement entend également utiliser ce projet comme un signal adressé aux partenaires internationaux, dans un contexte marqué par l’instabilité sécuritaire et les incertitudes économiques. L’objectif est clair : restaurer la crédibilité d’Haïti en tant que destination pour les investissements productifs. Au-delà des retombées financières, les autorités mettent en avant les perspectives de création d’emplois et de transfert de compétences. L’introduction de nouvelles normes industrielles pourrait contribuer à améliorer la compétitivité du secteur manufacturier haïtien à moyen terme. La concrétisation du projet implique plusieurs institutions publiques, notamment le Centre de Facilitation des Investissements (CFI), la Direction générale des zones franches et la Commission interministérielle des investissements, appelées à faciliter les procédures administratives. Reste que plusieurs défis persistent. L’insécurité, les déficits en infrastructures et les contraintes énergétiques constituent des facteurs de risque majeurs. La capacité de l’État à garantir un environnement stable sera déterminante pour assurer la mise en œuvre effective de cet investissement et en maximiser les retombées économiques.

POLITIQUE

Diplomatie en vitrine, nation en ruine : l’éternel théâtre de la sécurité annoncée

Le Premier ministre haïtien Alix Didier Fils-Aimé a de nouveau échangé avec un haut responsable des Nations Unies sur la crise sécuritaire qui étouffe le pays. Les mots sont connus : “coordination”, “renforcement”, “urgence”, “rétablissement de l’autorité de l’État”. Un vocabulaire devenu rituel, presque mécanique. Mais derrière cette grammaire institutionnelle, une question persiste, lourde et insistante : que change réellement cette succession de rencontres ? Une politique de l’annonce permanente Haïti semble enfermée dans une dynamique où l’action se dilue dans la communication. Chaque réunion promet une intensification de la lutte contre les groupes armés. Chaque communiqué annonce une reprise en main des axes stratégiques. Pourtant, ces axes restent, jour après jour, sous contrôle de la peur. Les structures sécuritaires sont évoquées, les mécanismes internationaux sollicités, les partenariats renforcés… mais la réalité territoriale, elle, demeure inchangée. Le pays continue de vivre sous fragmentation armée, où l’État apparaît davantage dans les discours que dans l’espace physique. Poétique d’un État absent Il y a dans cette répétition diplomatique quelque chose d’étrangement silencieux. Comme si les mots avaient remplacé les actes. Comme si les réunions avaient pris la place des reconquêtes. Haïti avance avec des communiqués comme boussole, mais sans terrain comme ancrage. Elle parle de sécurité dans des salles climatisées, tandis que ses routes restent des lignes de danger. La souveraineté est proclamée, mais elle circule rarement au-delà des textes officiels. Une transition suspendue Le gouvernement affirme vouloir créer les conditions d’élections “libres et crédibles”. Mais cette ambition démocratique repose sur une condition préalable : la sécurité effective. Or, cette sécurité reste hypothétique, fragmentée, intermittente. Dans ce contexte, l’écart entre le discours et l’exécution devient structurel. Ce n’est plus un retard. C’est un mode de gouvernance perçu comme une gestion de crise sans résolution visible. Le doute comme seul résultat tangible À force de réunions, de déclarations et de promesses répétées, une forme de scepticisme s’installe. Non pas un scepticisme abstrait, mais concret, nourri par l’expérience quotidienne.Le pays écoute encore les annonces. Mais il attend désormais autre chose : des résultats mesurables, visibles, irréfutables. Sans cela, la diplomatie sécuritaire risque de devenir un rituel sans effet, un langage sans transformation, une promesse sans prise sur le réel.

Que peut-on attendre de la Force de Répréssion des Gangs en Haïti

La République d’Haïti connaît une crise multidimensionnelle depuis plusieurs années qui est caractérisée par l’effondrement de l’État, la montée en puissance des gangs armés et une paralysie démocratique persistante dans le pays. Dans ce contexte, la mise en place d’une nouvelle force qui est connue sous le nom de « Force de Répression des Gangs (FRG) », autorisée par la Résolution 2793 (2025) du Conseil de sécurité des Nations Unies, fait l’objet de notre analyse et suscite un débat fondamental : une intervention sécuritaire renforcée peut-elle compenser les déficits politiques et institutionnels structurels du pays ? En effet, la situation sécuritaire en Haïti s’est profondément dégradée depuis la fin des années 2010, avec une intensification notable après 2021 surtout à l’accession au pouvoir du Premier Ministre Ariel Henry. De plus, les gangs armés contrôlent aujourd’hui une grande partie de la capitale et imposent leur autorité sur des quartiers entiers. Selon plusieurs rapports, jusqu’à 80 à 90 % de la Capitale est sous influence de groupes armés, qui exercent des fonctions quasi étatiques, notamment en matière de sécurité, de taxation et de contrôle des flux économiques du pays (Brussels : ICG, 2024). Cette dynamique correspond à ce que certains chercheurs qualifient d’« insurrection criminelle », dans laquelle des acteurs non étatiques concurrencent ou défient directement l’autorité publique (Robert Muggah et al, 2023). Dans une perspective inspirée de Thomas Hobbes, cette situation peut être interprétée comme un retour à l’« état de nature », caractérisé par l’absence d’autorité souveraine capable de garantir la sécurité dans la cité (Hobbes, 1651). Cependant, les données disponibles montrent que la violence généralisée en Haïti a des conséquences humanitaires majeures, notamment des déplacements internes massifs, une augmentation des violences sexuelles et l'effondrement des services publics. En outre, des organisations internationales et nationales font état d'une augmentation significative des violations des droits de l’homme, en particulier dans les zones contrôlées par les gangs. Il convient de noter qu'Haïti n'a pas organisé d'élections depuis 2016. Cette absence prolongée d'élections a entraîné une crise profonde de légitimité politique. Dans la perspective de Max Weber, l’autorité politique à l’ère contemporaine repose sur la reconnaissance de sa légitimité légale-rationnelle (Weber, 1922). Or, en Haïti, cette légitimité est aujourd’hui fortement contestée, fragilisant la capacité de l’État à gouverner efficacement le pays. L’absence des exercices électoraux et la faiblesse des institutions traduisent une rupture du contrat social, correspond au sens de Jean-Jacques Rousseau (Rousseau, 1762). Car, la souveraineté populaire ne s’exprime plus, laissant place à une fragmentation du pouvoir et à une montée de la violence. Face à la gravité de la situation, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté plusieurs résolutions majeures notamment la Résolution 2699 (2023), autorisant une mission multinationale d’appui à la sécurité ; la Résolution 2692 (2023), prolongeant le mandat du Bureau Intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) et enfin Résolutions 2793 (2025), renforçant le dispositif sécuritaire qui aboutit à la Force de Répression des Gangs (FRG). Ces résolutions reconnaissent que la situation en Haïti est critique et constitue une menace pour la paix et la sécurité internationales (Nations Unies, 2023). Ce changement est principalement dû à l'échec de la Mission Multinationale d’appui à la Sécurité (MMAS) dirigée par le Kenya, qui était censée apporter une réponse rapide à la crise en Haïti. Cependant, son déploiement s'est heurté à des difficultés majeures. Tout d’abord, il y avait un manque important de personnel. En second lieu, le financement des partenaires internationaux s'est avéré insuffisant, malgré leurs engagements envers la mission. Troisièmement, la mission a eu un impact limité sur la dynamique des gangs, ce qui, en termes d’évaluation, signifie que nous ne pouvons pas faire état d’une satisfaction de la part de la population. Par conséquent, cet échec relatif confirme l’analyse de Samuel Huntington selon laquelle la stabilité politique dépend d’institutions solides ; en leur absence, les interventions sécuritaires restent fragiles (Huntington, 1968). Avec l’adoption de la résolution 2793 (2025), une nouvelle force a été mise en place pour faire face à nouveau à la situation sécuritaire en Haïti. Selon cette résolution, la FRG se distingue par un effectif plus important, un mandat plus proactif et une structure opérationnelle améliorée sur le terrain. Plus précisément, cette force vise à neutraliser les gangs et à rétablir un niveau minimum d’ordre public en Haïti. Cela ne nous empêche toutefois pas de prédire ce qui nous attend sur le terrain. À première vue, cette réponse semble incomplète. Car malgré ces avancées, plusieurs défis persistent aujourd'hui : la coordination avec des institutions nationales fragiles et la dépendance totale vis-à-vis du financement de la communauté internationale. De plus, compte tenu de l'absence de consultation des citoyens, il existe un risque de rejet par la population. En soutenant la démarche d’Hannah Arendt, la violence ne peut se substituer durablement au pouvoir légitime ; elle ne peut que le soutenir temporairement (Arendt, 1970). Pour être très précis, voici ce que l’on peut attendre de la Force de Répression des Gangs à court terme. Premièrement, elle pourrait contribuer à réduire la capacité opérationnelle des gangs, qui gagnent du terrain de jour en jour. Ensuite, sécuriser certaines régions clés et ouvrir des routes importantes comme le grand Nord et le grand Sud pour améliorer le transport des biens et services dans le pays. Finalement, le plus gros défi reste l’organisation des élections qui est en retard depuis environ cinq (5) ans dans le pays. Il existe en effet des contraintes structurelles qui empêcheront une stabilité effective dans le pays. Cependant, sans réformes politiques profondes, son impact restera limité. La stabilisation d’Haïti passe par l’organisation d’élections crédibles, la reconstruction des institutions et le rétablissement de la confiance du public. Comme le souligne Robert Dahl, une démocratie effective repose sur la participation, la compétition et l’inclusion éléments encore largement absents en Haïti (Dahl, 1971). En définitive, la Force de Répression des Gangs représente une initiative plus ambitieuse que les interventions précédentes visant à résoudre la crise sécuritaire en Haïti. Cependant, son efficacité dépendra largement de facteurs qui dépassent son mandat, tels que la volonté politique, la reconstruction institutionnelle et le retour à l'ordre constitutionnel en Haïti qui fait défaut depuis l'assassinat du président Jovenel Moïse. La question fondamentale n'est pas simplement une question de sécurité. Elle est au contraire profondément politique, car sans le renouvellement du contrat social, aucune intervention, aussi vigoureuse soit-elle, ne peut garantir une paix durable en Haïti. Bibliographie • Arendt, Hannah. On Violence. New York: Harcourt, 1970. • Dahl, Robert. Polyarchy: Participation and Opposition. New Haven: Yale University Press, 1971. • Hobbes, Thomas. Leviathan. London, 1651. • Huntington, Samuel. Political Order in Changing Societies. New Haven: Yale University Press, 1968. • International Crisis Group. Haiti’s Gang Crisis. Brussels, 2024. • Nations Unies. Conseil de sécurité. Résolutions 2692 (2023). • Nations Unies. Conseil de sécurité. Résolutions 2699 (2023). • Nations Unies. Conseil de sécurité. Résolutions 2793 (2025). • Rousseau, Jean-Jacques. Du contrat social. 1762. • Weber, Max. Économie et société. Paris: Plon, 1922. • Institute for Justice & Democracy in Haiti. Human Rights and the Rule of Law in Haiti. 2026.

Vers les prochaines élections : le RCMH se positionne sur l’échiquier politique haïtien

À l’approche d’éventuelles consultations électorales, la scène politique de Haïti continue de s’élargir avec l’arrivée de nouvelles structures partisanes. Dans une note de presse rendue publique le 12 mars 2026 à Port-au-Prince, le Rassemblement des Citoyens en Mouvement d’Haïti (RCMH) a annoncé son inscription officielle au registre électoral, conformément au décret électoral en vigueur. Selon le document signé par le président du parti, Péguy Jean, et son secrétaire général, Chesnel Pierre, cette reconnaissance administrative ouvre la voie à la participation du RCMH aux prochaines joutes électorales prévues dans le pays. Cette étape marque une avancée importante pour cette formation politique qui ambitionne de s’implanter durablement dans le débat public haïtien. Le RCMH se positionne idéologiquement dans la mouvance de la social-démocratie moderne, une orientation politique qui vise à concilier le dynamisme de l’économie de marché avec un haut niveau de justice sociale. Dans sa déclaration, le parti affirme vouloir promouvoir une participation citoyenne active et contribuer à la bonne marche de la société haïtienne, tout en favorisant la solidarité communautaire et la formation des jeunes aux valeurs démocratiques. Parmi ses priorités, la nouvelle formation politique met l’accent sur la bonne gouvernance, la justice sociale et la réforme progressive des institutions. Le RCMH prône notamment une économie mixte régulée, une démocratie à la fois politique et sociale, ainsi que le recours à la négociation collective comme mécanisme de régulation des relations économiques et sociales. Dans un contexte national marqué depuis plusieurs années par l’instabilité institutionnelle, la méfiance envers la classe politique et l’absence d’élections régulières, l’émergence de nouveaux partis constitue un signal de recomposition du paysage politique. Le RCMH affirme vouloir incarner un renouveau en proposant une approche réformiste visant à « civiliser le capitalisme » plutôt qu’à le remettre totalement en cause.

Partenaires

Partenaire de RTVHaiti
Partenaire de RTVHaiti
Partenaire de RTVHaiti
Partenaire de RTVHaiti